Le malaise n'excuse pas la violence
La situation se tend. Le mouvement s'étend. Et les incidents se multiplient, gravement parfois. Depuis plusieurs jours, des élèves francophones manifestent contre les mesures d'économie annoncées dans l'enseignement. À Liège, puis à Mons, Charleroi et ailleurs, des rassemblements ont été émaillés de jets de projectiles, de dégradations et d'affrontements avec la police. Un engin pyrotechnique a même atterri dans la cour d'une école primaire de Hannut, touchant une quinzaine d'enfants.
Vitres brisées, poubelles incendiées...: la situation dégénère autour du mouvement des élèves à LiègeCes débordements sont injustifiables. Il serait toutefois un peu facile de réduire cette mobilisation à ces violences. Car derrière des slogans excessifs et des informations parfois approximatives, il y a une inquiétude. Des enseignants dénoncent leur charge de travail, les pénuries de professeurs compliquent les apprentissages, certaines écoles sont dans un état préoccupant et les étudiants voient leur minerval ou abonnement Letec augmenter après une longue stabilité. Dans cette ambiance pesante, il est crucial de rappeler que, non, cette génération n'est pas sacrifiée. Non, son avenir universitaire n'est pas menacé. Non, l'enseignement francophone n'est pas abandonné. Le financement par élève reste particulièrement élevé. Et les économies décidées doivent précisément permettre de préserver la qualité de notre enseignement.
Mais, à l'évidence, cette colère dépasse les seules réformes de l'enseignement et elle ne s'apaisera que par le dialogue. Et sûrement pas en dispensant des leçons de morale. Chaque génération a connu ses tourments et incertitudes. Dans le climat anxiogène actuel, les jeunes peinent à se projeter: la guerre est revenue en Europe, l'intelligence artificielle bouleverse leurs perspectives professionnelles, la dette publique s'alourdit, le dérèglement climatique inquiète et les réseaux sociaux leur renvoient en permanence les images les plus inquiétantes.
Il appartient aux responsables politiques, aux enseignants, mais aussi aux parents, de prendre le temps de les écouter, de reconnaître leurs angoisses. Sans les amplifier. Il faut aussi leur rappeler que rien ne justifie les dégradations et les violences. Et méfions-nous de ceux qui, sur les réseaux sociaux et ailleurs, instrumentalisent cette inquiétude. Transformer un malaise en colère peut très mal finir.
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