Le Majestic fête ses 100 ans : un siècle au cœur de la légende cannoise
Difficile d’imaginer la Croisette sans sa silhouette immaculée. Depuis cent ans, le Majestic fait partie du paysage cannois. Face au palais des Festivals, il a vu défiler les plus grandes stars, traversé les époques et accompagné l’essor de Cannes jusqu’à devenir l’un des hôtels les plus célèbres au monde.
L’histoire commence en 1920. L’hôtelier visionnaire Henri Ruhl, déjà à l’origine du Carlton à Cannes et du Ruhl à Nice, rachète l’ancien hôtel Beau Rivage et la propriété attenante, la Villa des Enfants. Son ambition : construire un palace monumental à la hauteur du développement fulgurant de la French Riviera. Le Beau Rivage est rasé en 1924. Deux ans plus tard, le 1er février 1926, le Majestic ouvre ses portes. Imaginé par l’architecte parisien Théo Petit - qui s’est déjà illustré en concevant le Normandy à Deauville -, le bâtiment impressionne immédiatement.
Au sein du palace, 250 chambres avec salles de bains, des escaliers monumentaux en marbre de Carrare, des sols en marbre rouge des Pyrénées et des salons décorés par le peintre Francis di Signori, l’un des artistes les plus en vue de l’époque. Dès son inauguration, il s’impose d’emblée comme le symbole d’un nouvel art de vivre mondain sur la Côte d’Azur.
Henri Ruhl profite pourtant très peu de son œuvre : quelques mois seulement après l’ouverture, l’endroit est repris par François André, qui fait entrer son neveu Lucien Barrière dans l’aventure pour le seconder. Le point de départ d’une saga familiale qui se poursuit encore aujourd’hui.
Au fil des décennies, le Majestic évolue sans jamais perdre son identité. Le bâtiment central est agrandi dès 1928 par les architectes Charles Nicod et Émile Molinié. En 1965, deux étages supplémentaires sont créés sous les combles. À la fin des années 1990, sous l’impulsion de Martha Barrière, veuve de Lucien, un nouveau bar d’inspiration égyptienne voit le jour. Parallèlement, Jacques Garcia repense entièrement la décoration des chambres. En 1999, nouvelle transformation avec quarante nouvelles chambres, une piscine ornée de mosaïques réalisées par les verriers de Murano et un jardin-terrasse ouvert sur la Croisette.
Il faudra attendre 2010 pour que le projet imaginé des décennies plus tôt par Théo Petit soit enfin achevé, après un chantier colossal de plus de quatre ans. Avec la construction de l’aile ouest menée par l’architecte Renaud d’Hauteserre, le palace retrouve sa silhouette symétrique en « U » voulue dès les années 1920, couronnée de deux coupoles identiques et symétriques.
Un tour de force qui respecte profondément l’identité cannoise. « L’attraction de la Croisette s’exerce principalement grâce à son patrimoine architectural, ses façades Belle Époque et Années folles qui racontent si bien son histoire », souligne à l’époque l’architecte.
Le Festival comme accélérateur de légende
Photo : Majestic - Groupe Barrière / DR
Le Majestic doit aussi son prestige au cinéma. Depuis la création du Festival de Cannes en 1946, le palace vit au rythme du septième art. Idéalement situé face au Palais, il accueille chaque année les plus grandes stars mondiales.
Durant la quinzaine, les suites se métamorphosent en espaces de rencontres confidentielles ou en salons d’essayage pour les grands couturiers.
Le palace cultive cet héritage : la suite Michèle Morgan rend hommage à l’icône du cinéma français, la suite Mélodie rappelle le tournage sous la coupole du film d’Henri Verneuil, Mélodie en sous-sol, avec Jean Gabin et Alain Delon, dont plusieurs scènes mythiques ont été immortalisées ici même.
Un siècle après son ouverture, le palace continue d’écrire son histoire. Après la rénovation des chambres et suites avec vue mer signée Isabelle Stanislas en 2025, c’est la partie culinaire qui a été entièrement repensée. En 2026, le restaurant Beefbar s’installe au bord de la piscine, succédant au mythique Fouquet’s. Et à partir de 2029, c’est encore un vaste chantier qui s’annonce avec des travaux qui devraient durer plusieurs années…
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