Le lidar chinois s’impose dans l’automobile américaine, mais à quel prix ?
Tech
Un laboratoire lié au gouvernement américain examine les capteurs lidar chinois utilisés dans l'auto. Derrière le prix cassé, la question sécurité devient très concrète.
En bref
- Les lidars chinois, devenus très abordables, attirent les constructeurs américains malgré les inquiétudes liées à leur dépendance technologique.
- Un laboratoire fédéral américain examine leurs risques potentiels, notamment en matière de cybersécurité, d’espionnage et de perturbation des véhicules autonomes.
- Les États-Unis encadrent déjà certaines technologies chinoises dans l’automobile, mais le lidar reste largement autorisé, laissant un débat de sécurité ouvert.
Les capteurs lidar chinois coûtent désormais si peu que l’industrie auto américaine regarde forcément dans leur direction. Et c’est justement là que ça se complique. Un laboratoire dépendant du Department of Energy vérifie en ce moment si cette technologie pourrait ouvrir un problème de sécurité bien plus large sur les routes américaines.
Le lidar chinois, tentation low cost sous haute surveillance
Il y a dix ans, un lidar pouvait grimper jusqu’à 75.000 dollars. Aujourd’hui, certains modèles tombent à quelques centaines de dollars, soit quelques centaines d’euros. L’écart change tout pour les constructeurs, surtout dans l’autonomie, où ce capteur reste précieux pour lire l’environnement immédiat d’un véhicule avec une définition élevée.
Des groupes américains regardent donc de près les offres de Hesai et RoboSense. Rivian, par exemple, prévoirait une version de son R2 avec lidar intégré au toit. Son patron RJ Scaringe avait même expliqué en mars à Reuters que la marque discutait activement d’une production aux États-Unis en s’appuyant sur de la techno chinoise, possiblement via une coentreprise. Avant que le directeur financier ne précise ensuite qu’il n’était pas question d’internaliser le développement. Ambiance.
Un labo fédéral regarde de près les failles possibles
L’examen est mené par l’Idaho National Laboratory, d’après deux personnes au fait du dossier. Le labo aurait indiqué que les travaux sont financés par une entreprise, ou plusieurs, issues des secteurs du véhicule électrique et autonome. Impossible, pour l’instant, de savoir lesquelles.
Plusieurs groupes cités comme intéressés par le lidar chinois, de General Motors à Ford, en passant par Lucid Motors, Nuro, Uber, Kodiak ou Rivian, ont assuré ne pas connaître cette revue. Nvidia, Zoox et Aurora n’ont pas répondu. Quant à l’Idaho National Laboratory, le labo refuse de commenter. Clairement, le sujet est sensible.
Espionnage, backdoors, panne à grande échelle: ce qui inquiète
La pression politique monte. La sénatrice Tammy Baldwin pousse avec le sénateur Ted Budd un texte centré sur la protection des infrastructures. Le représentant John Moolenaar, lui, soutient une autre proposition visant à interdire ces capteurs, avec la peur de backdoors capables de renvoyer des données vers des intérêts chinois. Même alerte chez Raja Krishnamoorthi, qui parle depuis des années de collecte d’informations sensibles ou de perturbation des systèmes.
Omer Keilaf, patron d’Innoviz, distingue deux couches de risque. D’abord la chaîne d’approvisionnement, si tout un stack de conduite autonome dépend d’une techno jugée stratégique par Pékin. Ensuite la cybersécurité pure: des capteurs qu’on pourrait désactiver à grande échelle, ou des données lidar très détaillées qu’on pourrait compresser puis transmettre via une puce cellulaire.
Et il y a un précédent, petit mais parlant. Début 2024, des clients de Hesai ont vu leurs véhicules autonomes cesser de fonctionner pendant une journée entière à cause d’un bug lié au 29 février 2026. Pas un sabotage. Mais une démo très concrète de ce qu’une panne large peut provoquer.
Des règles existent déjà, mais le trou dans la raquette reste là
Pour l’instant, les entreprises américaines ont le droit d’utiliser du lidar fabriqué en Chine. Le Department of Defense a bien placé Hesai et RoboSense sur sa liste 1260H, ce qui limite leur accès aux contrats militaires américains. Et en 2025, le Commerce Department a interdit le matériel de connectivité chinois dans les voitures particulières vendues aux États-Unis.
Mais pas le lidar, ni les autres capteurs de conduite autonome. Résultat, le vrai débat ne fait que commencer.
Jordan Servan
Spécialiste Tech
Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.
Une erreur dans cet article ?Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.
Sujets
Lisez Begeek en priorité sur Google
Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.
Ajouter à mes sourcesNewsletter
Chaque soir à 19 heures, l'essentiel de l'actualité sélectionné par la rédaction de Begeek. Cinq minutes de lecture et zéro bruit.
Je m'abonne gratuitementÀ découvrir
La suite, sélectionnée pour vous.