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Le gouvernement Trump a discrètement retiré certains droits de…

En annonçant mardi soir sa toute dernière riposte commerciale envers le Canada, le gouvernement de Donald Trump en a aussi profité pour faire disparaître certains biens canadiens de la liste des produits qu’il surtaxe.

« J’apprécie que mon gouvernement ait annoncé qu’il exempte le sel de route et le ciment des droits de douane américains », s’est réjoui la sénatrice du Maine, Susan Collins, dans un message sur les réseaux sociaux mardi soir.

La politicienne sonnait l’alarme ces derniers jours sur les conséquences économiques désastreuses de ce dernier chapitre de la guerre commerciale. Son État frontalier achète un grand nombre de ses produits essentiels au Canada. La petite ville mainoise de Frenchville risquait ainsi de devoir payer 10 000 $ en surtaxe pour étendre du sel sur ses routes cet hiver, dit-elle. Une entreprise locale avait estimé que les droits sur le ciment pouvaient faire gonfler ses coûts d’opérations de 150 000 $ chaque mois.

Voilà que ces biens figurent dans une courte liste hétéroclite de produits canadiens que Washington renonce finalement à surtaxer. Les rouleaux industriels de papier de toilette, certains sucres, le plomb et les cannes à pêche, notamment, pourront aussi passer la frontière librement dès le 15 septembre.

La Maison-Blanche a subtilement inclus ce détail dans la seconde annexe de l’une des cinq proclamations publiées mardi, au premier jour de l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et quelque 700 produits.

Le Canada « va être correct »

La réponse américaine de mardi a principalement retenu l’attention pour déclarer l’interdiction complète de l’entrée aux États-Unis de certains produits canadiens à la fin du mois, surtout des produits alcoolisés, des produits laitiers industriels et des motocyclettes. D’autres articles s’ajoutent aussi à la liste des biens victimes de droits de douane de 50 % justifiés par l’article 338 de la Loi sur les tarifs de 1930.

« C’est comme si c’est du vent, c’est comme si c’est rien », commente Geneviève Dufour, professeure titulaire à l’Université d’Ottawa, au sujet du blocage de produits canadiens qui étaient déjà soumis à de lourds droits de douane. « Un tarif de 50 %, c’est déjà comme interdire. Ça a un effet dissuasif [pour les consommateurs] au-delà de 15 %. »

Ce n’est pas le ministre des Finances du Canada qui va la contredire. « On va être correct », a réagi François-Philippe Champagne mercredi devant une audience albertaine. Il voulait dire par là que la dernière réplique américaine est loin de porter un coup fatal à l’économie du pays. « Toute décision au sud de la frontière aura des effets sur les deux [pays]. C’est pourquoi vous voyez la liste qui est ajustée dans certaines proclamations », a-t-il ensuite analysé devant les journalistes.

En 2025, le spectre d’une guerre commerciale annonçait d’ailleurs de possibles pénuries de papier hygiénique aux États-Unis, puisque ce pays en produit moins qu’il en consomme.

Une tequila imaginaire

L’ancien délégué commercial canadien Rambod Behboodi y voit la preuve que le gouvernement Trump a reçu des plaintes de l’industrie alors même qu’il nie officiellement que la facture de ses droits de douane est refilée aux consommateurs de son pays. « C’est une reconnaissance importante de la réalité commerciale et économique de l’intégration continentale », estime celui qui travaille aujourd’hui comme avocat-conseil principal chez BLG.

Il fait remarquer que les États-Unis bannissent la tequila produite au Canada. Seul embêtement : il s’agit d’un produit à appellation contrôlée et fermenté exclusivement dans certaines localités de l’État mexicain de Jalisco ; le Canada n’a donc pas le droit d’en produire.

« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de biens [visés par les nouveaux droits de douane américains] que l’on ne produit simplement pas au Canada », confirme Geneviève Dufour.

Les deux experts estiment que les modifications à la liste des produits canadiens surtaxés démontrent le peu de rigueur dont a fait preuve le gouvernement américain lorsqu’il a annoncé une vague de droits de douane de 50 % sur des produits jusqu’ici protégés par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, provoquant la surprise générale de ce côté-ci de la frontière en juillet.

Le gouvernement Carney a répliqué le mois suivant en imposant des droits de douane d’un montant égal à des biens américains choisis strictement sur la liste des produits surtaxés du côté américain. Le bureau du ministre Champagne n’a pas voulu préciser si le retrait des droits de douane américains sur certains produits modifierait sa propre réplique.