Le début de l’horreur: il y a 30 ans, Marc Dutroux était arrêté à Marcinelle
Rétrospective
Il y a 30 ans, Marc Dutroux est arrêté à Marcinelle (Charleroi). L’opération a eu lieu le 13 août 1996 à la suite de témoignages et d’informations recueillis par les enquêteurs. Le 15 août, Sabine Dardenne (12 ans) et Laetitia Delhez (14 ans), kidnappées par l’ancien repris de justice alors âgé de 39 ans, sont retrouvées vivantes dans sa maison. Les deux jeunes victimes étaient détenues dans une cache aménagée dans la cave.
M.CZ
Source: belga
2 août 2026, 20:02
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Deux jours plus tard, une nouvelle découverte frappe le pays: les corps sans vie de Julie Lejeune et Mélissa Russo sont découverts enterrés à Sars-la-Buissière (Hainaut), dans le jardin d’une autre propriété appartenant à Dutroux. Les dépouilles d’An Marchal et Eefje Lambrecks, deux adolescentes flamandes disparues en août 1995, seront exhumées le 3 septembre 1996 près d’un chalet situé à Jumet, à côté d’une autre habitation du pédocriminel.
Très vite, l’affaire déclenche une onde de choc nationale et internationale, révélant au grand public de graves dysfonctionnements dans les institutions judiciaires et policières belges. Il est notamment apparu que Marc Dutroux, déjà condamné par le passé pour des agressions sexuelles, bénéficiait d’une liberté conditionnelle au moment des faits. Plusieurs signaux d’alerte et informations à son sujet avaient été négligés ou mal exploités par les enquêteurs.
Face à ces révélations, le peuple belge se mobilise massivement. Le dimanche 20 octobre 1996, plus de 300.000 personnes participent à Bruxelles à la “Marche Blanche”, exigeant justice pour les victimes et une réforme profonde du système judiciaire. Il s’agit du plus grand rassemblement en Belgique depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le procès à Arlon
Le procès de Marc Dutroux et de ses complices, qualifié de “procès du siècle”, s’ouvre devant la cour d’assises d’Arlon le lundi 1er mars 2004, après huit ans d’enquête particulièrement complexe. Les audiences durent plus de trois mois et suscitent une couverture médiatique exceptionnelle.
Le mardi 22 juin 2004, le verdict tombe: Marc Dutroux est reconnu coupable d’enlèvements, séquestrations, viols et meurtres. Il est condamné à la réclusion à perpétuité. Michelle Martin, son épouse, est condamnée à trente ans de prison pour complicité. Michel Lelièvre, autre complice reconnu, écope de 25 ans de réclusion. Enfin, Michel Nihoul, accusé d’avoir pris part aux enlèvements, est acquitté de ces charges mais écope néanmoins de cinq ans de prison pour trafic de drogue et association de malfaiteurs.
Les réformes institutionnelles
L’affaire Dutroux agit comme un électrochoc sur la société belge, provoquant d’importantes réformes institutionnelles. À la suite de la Marche Blanche, le Premier ministre de l’époque, Jean-Luc Dehaene, s’engage à réformer la justice et à sanctionner les responsables des dysfonctionnements. Il annonce notamment la création d’un centre national pour enfants disparus, devenu Child Focus.
Une commission parlementaire est également constituée dans la foulée. Ses auditions, diffusées en direct à la télévision, captivent jusqu’à 700.000 téléspectateurs. Ses conclusions mettent en évidence des lacunes et des dysfonctionnements dans l’enquête, notamment un manque de coordination et une concurrence préjudiciable entre les différents services de police. L’organe formule des recommandations pour réorganiser l’appareil judiciaire.
C’est la brève évasion de Marc Dutroux en 1998 qui accélère véritablement les réformes. Cet incident provoque la démission immédiate des ministres de la Justice, Stefaan De Clerck, et de l’Intérieur, Johan Vande Lanotte.
Dans les mois qui suivent, le paysage sécuritaire belge est profondément remanié. Une police intégrée à deux niveaux (locale et fédérale) remplace l’ancien système fragmenté des polices communales et de la gendarmerie. La loi Franchimont modernise la procédure pénale en renforçant considérablement les droits des victimes, qui peuvent désormais solliciter des compléments d’enquête et être entendues lors des procédures de libération conditionnelle. En 1999, un Conseil supérieur de la justice est instauré pour garantir l’indépendance de la magistrature.
Un tribunal d’application des peines est par ailleurs créé en 2007 pour superviser l’exécution des condamnations.
Toutefois, certaines réformes annoncées ne se sont jamais concrétisées, à l’image de l’école de la magistrature. Quant aux sanctions disciplinaires promises à l’encontre des responsables des dysfonctionnements, elles sont restées lettre morte : les procédures engagées n’ont débouché sur aucune sanction effective, que ce soit en raison de l’absence de fautes avérées, de la prescription des faits ou de vices de procédure liés au non-respect des droits de la défense.
Une nouvelle enquête qui s’éternise
Si l’arrestation de Marc Dutroux remonte à trois décennies, le détenu fait toujours l’actualité depuis sa cellule de la prison de Nivelles. Le mercredi 31 juillet 2024, une perquisition y a permis de mettre la main sur quatre enveloppes contenant environ 200 photos de femmes nues, dont certaines pourraient représenter des mineures.
Deux ans plus tard, l’enquête est toujours en cours, une lenteur que Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, peine à comprendre. S’impatientant de l’absence de résultats après avoir sollicité le parquet du Brabant wallon, il s’en est ouvert sur les réseaux sociaux. L’incompréhension domine quant à la présence de ces clichés dans un espace aussi sécurisé. “Soit on a affaire à des policiers incompétents, soit on ne veut pas nous dire la vérité”, s’indigne-t-il. “J’ai l’impression de revivre le même genre de situation que quand les petites ont été enlevées en juin 1995.”
Marc Dutroux a de son côté affirmé que quelqu’un aurait délibérément placé ces images dans sa cellule pour le harceler. Alors qu’en juin 2025, le parquet estimait disposer de suffisamment d’éléments pour requérir son renvoi devant le tribunal correctionnel pour détention d’images d’agressions sexuelles sur mineurs, de nouvelles investigations ont relancé l’affaire. Une expertise graphologique a notamment été ordonnée pour déterminer si les annotations présentes sur certaines photos ont été rédigées par lui.
Dans l’attente des conclusions de ces expertises cruciales pour identifier d’éventuelles complicités extérieures, la défense de Marc Dutroux a elle aussi évolué. Après dix ans passés à le représenter, Me Bruno Dayez a pris sa retraite. La défense du condamné à perpétuité est désormais assurée par un groupe de trois à quatre avocats ayant choisi, pour le moment, de rester dans l’anonymat médiatique.