« Le Corset » : Louis Clichy restitue avec finesse, poésie et aquarelles l’atmosphère rurale des années 1980
« Le Corset », un film d’animation de Louis Clichy. EDDY CINEMA, BESIDE PRODUCTIONS, REGULAR PRODUCTION, FRANCE 3
Pour aller plus loin
A chaque année sa perle de l’animation française. « Arco », d’Ugo Bienvenu, la saison dernière, puisait chez d’illustres anciens, de Mœbius à Miyazaki, pour affirmer sa belle singularité. « Le Corset », aujourd’hui, place Louis Clichy, après deux « Astérix » en animation 3D cosignés avec Alexandre Astier, en digne héritier de… Raymond Depardon et Sempé. Direction la Beauce au mitan des années 1980. Tandis que ses parents et son grand frère se démènent pour maintenir leur ferme à flot et se laissent convaincre de troquer l’élevage de bêtes pour la culture intensive de céréales, Christophe, 11 ans, le cadet de la famille, a la caboche qui fait la tour de Pise. En proie à une scoliose carabinée, il se voit contraint de porter un corset en métal. Pas de quoi faciliter son entrée dans l’adolescence, déjà compliquée par la relation avec son père taiseux qui voit d’un drôle d’œil son intérêt soudain pour les grandes orgues de l’église, dont il apprend à jouer. Entre son foyer, la musique et Clara, une forte tête avec laquelle il fait les quatre cents coups, le cœur de Christophe balance. Et le nôtre chavire.
Comme tout grand auteur populaire, Louis Clichy sait que plus on parle sincèrement de ce que l’on connaît, plus on s’adresse à tout le monde. Ainsi du burlesque minimaliste d’une séance de photos de classe à l’infiltrante mélancolie charriée par les gouttes de pluie éparses d’un début d’averse, les émotions que convoque « le Corset » sont universelles alors même que le film s’appuie sur les souvenirs de jeunesse de Clichy et s’ancre dans une campagne française rythmée par « la Valise RTL » et par l’église du village, d’où s’échappe le « Requiem » de Fauré (scène à tomber). Il y a une finesse, un alliage de poésie et de modestie rare dans la manière dont Clichy restitue l’atmosphère d’alors, renoue avec le temps de l’ennui et des rêveries propres à une enfance rurale sans smartphone. Aux mutations sous-jacentes du monde agricole répondent les joies et tristesses de l’adolescence, ses non-dits, colères et élans frémissants qu’épousent le style crayonné, en esquisses expressives, des personnages et les décors en aquarelles de bleus, blancs et orangés. Récit d’apprentissage drolatique et poignant, « le Corset » prouve, après « Vingt dieux » et « Petit paysan », quel fertile terreau de cinéma notre ruralité peut être.
Par Nicolas Schaller