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Le cauchemar de la BCE se rapproche: devoir sauver la France de la crise de sa dette pour éviter la propagation à la zone euro

Publié aujourd'hui à 20h00

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La BCE risque d'être entraînée dans le tourbillon des problèmes du marché obligataire français, alors que la hausse des rendements augmentent la pression sur les responsables pour qu'ils agissent.

C'est le dilemme auquel la BCE ne voulait pas être confrontée: que son nouvel outil de stabilisation monétaire, créé en 2022, ne finisse par financer le déficit public d'un État membre, ici la France... Ce qui est contraire à sa politique.

Alors que le "spread", l'écart de rendement entre obligations allemandes et françaises à 10 ans, a atteint son plus haut depuis 2011 ce vendredi, provoquant une légère panique, les spéculations vont bon train afin de savoir si la BCE va dégainer ou non son arme méconnue, l'instrument de protection de la transmission (ou IPT).

Cet outil a en effet été créé en 2022 pour venir en aide à l'Italie, en pleine crise obligataire. Au départ, il a été conçu pour garantir une application homogène de la politique monétaire européenne dans toute la zone euro et éviter une "fragmentation" entre les différents Etats, c'est-à-dire des écarts de taux d'intérêt trop importants entre eux.

Comment? En permettant à l'institution d'acheter des obligations d'État lorsqu'elle juge les dynamiques de marché "injustifiées et désordonnées", constituant une menace pour la transmission de la politique monétaire dans l'ensemble de la zone euro.

La question de venir en aide à la France, dont les taux frôlent les 5% pour la première fois en 2012 se pose donc. D'autant que beaucoup craignent que la situation ne se propage à d'autres États de la zone euro.

"L'élargissement de la propagation est justifié compte tenu de la position budgétaire et de l'incertitude politique", a déclaré Piet Christiansen, stratège en chef à la Danske Bank, à Bloomberg.

"Mais c'est aussi ce qui complique la vision du marché sur la BCE. Si cela entrave la transmission de la politique monétaire, c'est un travail pour la BCE. Si ce n'est pas le cas, laissons le marché fixer le prix des conducteurs sans intervenir.", a-t-il ajouté

Problème: si la France connaît une hausse de ses taux obligataires c'est en partie dû à la dégradation de ses finances publiques menée par sa propre politique. Or, le rachat d'obligation ne peut intervenir que pour soutenir un marché déréglé pour des raisons "injustifiées". Lui venir en aide pourrait s'apparenter à un financement de la dette ciblé, incompatible avec les règles de la BCE.

Mais plusieurs experts sont convaincus que l'institution n'aura pas d'autre choix que d'utiliser son IPT.

Jusqu'à présent, les décideurs politiques n'ont donné aucune indication de s'ils sont prêts à agir ou non. Interrogé sur sur la question, le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, a déclaré cette semaine que le seul objectif de la BCE était la stabilisation de l'inflation autour de 2%.

Pendant ce temps, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, s'exprimant le mois dernier à Dublin à un moment où l'écart obligataire était plus étroit, semblait optimiste face à la pression exercée sur la France, tout en insistant sur le contexte plus large.

Cette position peut devenir plus difficile à maintenir s'il y a des signes que la situation de la France se répercute sur les pays voisins dont les niveaux d'endettement sont tout aussi élevés. L'Italie a également vu ses écarts sur les obligations allemandes augmenter, bien qu'ils soient encore à un niveau beaucoup plus bas que par le passé.

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