« Le bilan est extrêmement positif » : le vice-président de la Fondation Prince Albert II revient sur 20 ans d’actions pour l’environnement avant le gala d’anniversaire ce vendredi à Monaco
Outil de la vision princière en matière de préservation de l’environnement et tribune pour la science, la Fondation Prince Albert II fête ses 20 ans, ce soir à l’Opéra Garnier, avec quelque 250 invités dont Richard Gere et Monica Bellucci. Apolitique, la FPA2 reste fidèle à sa feuille de route originelle qui est d’agir en faveur du climat, de la biodiversité, de la lutte contre la pollution et de l’accès à la ressource en eau.
Pas question d’élargir ses missions mais « de cibler notre action sur des thématiques précises », confirme Romain Ciarlet, vice-président depuis mars dernier. « Nous avons trois zones prioritaires qui sont la Méditerranée, les régions polaires et les pays les moins avancés. De manière générale, la fondation soutient autant de projets sur terre qu’en mer. »
Tour d’horizon.
La FPA2 fête ses 20 ans. 20 ans d’actions dans le sillage d’une parole souveraine toujours plus prégnante sur la scène internationale. Quel est votre bilan ?
Le bilan est extrêmement positif. D’abord du point de vue de la philanthropie, la Fondation a permis de débloquer des financements pour soutenir plus de 850 projets de natures très différentes : conservation, recherche, innovation, sensibilisation. Quand on les met bout à bout, l’impact est global et concret en faveur de la protection de l’environnement. La Fondation a aussi comme spécificité d’être la seule fondation présidée par un chef d’État en exercice. Compte tenu de l’engagement du Souverain, cela nous donne une capacité unique de plaidoyer et de mobilisation pour faire progresser des enjeux sur la scène internationale. Les vingt dernières années ont ainsi été jalonnées de grands succès, notamment pour la reconnaissance de l’océan comme un écosystème essentiel, sur les questions de climat et de biodiversité. La fondation a par exemple milité pour avoir un rapport du GIEC sur l’océan et la cryosphère qui sert aux décisions politiques. Plus récemment, il y a eu l’adoption et l’entrée en vigueur du traité BBNJ sur la haute mer, qui était une thématique prioritaire pour la fondation depuis de nombreuses années.
Loin des fondations poussiéreuses que l’on peut connaître, la FPA2 s’est imposée comme un catalyseur de synergies qui font notamment tomber les barrières entre secteurs public et privé…
C’est exactement cela. Le mot catalyseur nous correspond très bien. Il faut être conscient que les ressources de la philanthropie sont beaucoup plus limitées que les ressources qu’on trouve dans le privé ou dans le public. Cela n’a rien à voir. Mais la philanthropie peut créer des passerelles entre différentes parties prenantes du public, du privé, de la société civile. Et c’est exactement de cette manière que la fondation souhaite se positionner. Le mot d’ordre, c’est la collaboration. Dans le contexte actuel qui est très difficile et laisse peu de place au débat et aux questions environnementales, on se doit d’être particulièrement efficaces, d’affecter les ressources avec beaucoup de rigueur. On ne peut pas travailler en silos.
« On ne peut pas travailler en silos, particulièrement dans le contexte actuel qui est très difficile »
Et amener le sujet de l’environnement par le prisme positif des solutions, sans être anxiogène…
On est attaché à communiquer de manière positive de deux manières. D’abord en soutenant l’innovation, parce que les solutions existent et sont d’ailleurs portées très souvent par des entreprises. Avec ce regard sur les solutions, on voit des issues aux grands enjeux qui peuvent paraître insurmontables. Ensuite, il y a un deuxième angle qu’on a développé, qui est plus orienté vers l’art et la culture comme des vecteurs de sensibilisation. On essaie de se projeter dans des imaginaires où nous aurions réussi face aux grands enjeux du climat et de la biodiversité. C’est accueilli de manière très positive par le grand public.
Pour autant, il est important de communiquer sur la réalité de la situation. Le réchauffement climatique a été perçu pendant très longtemps comme une menace totalement invisible, totalement éloignée de nos préoccupations quotidiennes. On voit qu’il y a une multiplication des événements climatiques extrêmes — canicules, incendies, ouragans, inondations — et ils ont un coût humain, un coût économique. Il faut redoubler d’efforts pour y faire face et que ces enjeux occupent toute la place qu’ils méritent dans les débats internationaux et les médias.
Est-il plus facile de prendre par la main les partenaires privés ? Et comment veillez-vous à éviter le greenwashing ?
En tout cas, ils sont ouverts à essayer des solutions. De plus en plus d’entreprises ont à cœur de limiter leur impact, et ce malgré le contexte politique dans lequel on se trouve. On est sur la bonne voie. Il faut un dialogue, trouver des espaces de collaboration, et nous veillons rigoureusement à ce qu’il n’y ait pas de greenwashing, que ce soient réellement des engagements qui ont du sens et des résultats concrets.
« Quand on a ce regard sur les solutions, on voit des issues aux grands enjeux qui peuvent paraître insurmontables »
Vous soutenez de grandes œuvres comme de plus petites structures. Le Souverain a notamment multiplié les approches avec des communautés autochtones, premières victimes du changement climatique…
Exactement. D’ailleurs, on a à cœur de soutenir davantage les petites structures qui ont souvent plus de mal à récolter des financements malgré la qualité de leurs projets. Quant aux communautés autochtones et indigènes, elles ont un savoir ancestral dans la gestion des écosystèmes. On a des preuves scientifiques qui montrent qu’elles gèrent bien mieux les écosystèmes que tout autre système de gouvernance. Et pourtant, il y a très peu de financements climatiques qui leur sont distribués. Donc là, il y a un vrai enjeu. C’est pour cela qu’on a monté récemment l’Initiative Forêts et Communautés, qui a pour vocation de débloquer des financements.
Autre sujet majeur, la lutte contre la pollution plastique, notamment en Méditerranée…
La pollution plastique, c’est la pollution que l’on voit, qu’on constate. C’est la partie émergée de l’iceberg. On a développé la toute première initiative de la Fondation, Beyond Plastic Med (BeMed), qui a grandi au fil des années pour soutenir des actions de la société civile sur tout le pourtour méditerranéen. Un Business Club a d’ailleurs été ouvert et réunit de grandes sociétés comme Haribo, Carrefour ou des chaînes hôtelières, et sert de plateforme pour échanger les bonnes pratiques et les expériences. Cela porte ses fruits avec des résultats très concrets.