taraskuzio.com

Chronique des matières premières - La surproduction mondiale d'acier pèse sur l'Europe et le Brésil

C’est une mauvaise nouvelle pour l’industrie européenne : la production d’acier atteint des niveaux historiquement bas, et les exportations ont chuté d’un cinquième (20%). Le secteur sidérurgique européen est mal en point, pour des raisons internes et externes à l'UE, telles que la hausse des coûts de l'énergie ou la surproduction mondiale. 

Le secteur pâtit notamment du prix du gaz en Europe qui a bondi de plus de 140 % depuis le début de l’année. Le président du conseil d’administration d’ArcelorMittal Europe pointe un niveau de coûts dangereux qui rend les exportations « très problématiques », dit-il dans des propos rapportés par le Financial Times. En moyenne, elles ont chuté de 20 % sur le premier semestre. La baisse des ventes vers les États-Unis a atteint près de 30 %, selon le journal britannique. L'acier européen y est doublement pénalisé parce qu'à son prix, il faut ajouter 50 % de droits de douane imposés par l’administration Trump, rappelle Eurofer, l’organisation européenne de la sidérurgie.

Contrairement aux autres leaders asiatiques de l’acier, l’industrie européenne doit aussi faire face à des coûts d’investissement en hausse, pour décarboner son activité et produire de l’acier plus vert.

À écouter aussiQuestions d'environnement - Peut-on produire de l'acier propre?

La Chine dans le viseur

Quand on dit que l’acier européen peine à s’imposer sur le marché mondial, c'est en grande partie à cause de la concurrence redoutable de la Chine. Le pays a littéralement inondé le monde d’acier bon marché ces dernières années. En réaction, l'Europe et d'autres États ont répondu avec des droits anti-dumping pour protéger leur production nationale. Mais cela ne résout pas tout. Ces barrières douanières ont une conséquence indirecte : la production chinoise qui s'écoule moins en Europe est vendue ailleurs, cela fait autant de marchés en moins pour les exportateurs européens d'acier.

Cette année la production européenne, qui s'adapte en partie à la demande, devrait se redresser, grâce à des mesures commerciales prises par l’UE, après deux années de baisse, mais les niveaux de production d’il y a dix ans – 155 millions de tonnes en 2015 – appartiennent au passé, selon Eurofer.

À écouter aussiChronique des matières premières - Pourquoi la surcapacité de l'acier continue de peser sur les marchés mondiaux

La sidérurgie brésilienne inquiète

Une partie de la surproduction chinoise se reporte notamment au Brésil, pays qui, comme tous les marchés émergents, est plus enclin à accepter l'acier chinois à bas prix. Les autorités brésiliennes ont mis en place des mesures protectionnistes, qui devraient permettre de faire baisser les importations de 15 % cette année. Ces mesures sont cependant moins restrictives qu'ailleurs et les volumes qui arrivent dans le pays restent deux fois plus élevés qu'avant les années 2020.

Les sidérurgistes brésiliens se disent inquiets et demandent au prochain président qui sortira des urnes des mesures commerciales rapides et efficaces, pour contrer l'acier chinois mais aussi pour limiter les volumes d'acier d'Indonésie, de Malaisie, ou encore ceux du Vietnam qui a multiplié par cinq ses exportations au Brésil cette année. 

Le Brésil, comme l'Europe, souffre de la surproduction mondiale. Un forum mondial est même dédié à ces surcapacités sidérurgiques : ses 28 membres se sont réunis fin septembre pour adopter un nouveau cadre d'action. Selon l'OCDE, l'excédent de capacité sidérurgique par rapport à la demande devrait encore augmenter ces deux prochaines années et atteindre près de 750 millions de tonnes.

À lire aussiÉlections au Brésil: le duel Lula-Bolsonaro, un air de déjà vu