La sécheresse de 1976 : 'La première manifestation d’un événement extrême lié au réchauffement du climat' - RTBF Actus
C’est ce qui frappe le climatologue et géographe de l’ULiège, Sébastien Doutreloup, en entendant le récit sonore de L’Histoire continue et les archives de 76, c’est la surprise d’une population confrontée à un événement alors totalement isolé. On ne parle pas de réchauffement climatique, mais des aléas de la météo.
Les records de température maximale et minimale ont depuis été largement dépassés, mais la canicule de 1976 reste, à ce jour, la plus intense jamais enregistrée en Belgique si l’on considère la durée et l’anomalie cumulée des températures. "Le réchauffement agissait déjà à ce moment-là". Avec le recul, 1976 peut même être considéré comme :
La première manifestation d’un événement extrême lié au réchauffement du climat
Sébastien Doutreloup, climatologue et géographie de l’ULiège
Les épisodes extrêmes vont se rapprocher par la suite : après les sécheresses de 2017, 2019, 2020 et 2022, notre été 2026 vient s’ajouter à la série. Une répétition qui constitue un signe indubitable du réchauffement climatique, précise le scientifique.
1976 fut également une année exceptionnelle par l’ampleur de la pénurie d’eau disponible. Cinquante ans plus tard, malgré un été à nouveau marqué par la chaleur et une période de sécheresse estivale assez longue, la Belgique n’a pas connu une situation comparable. "L’hiver, c’est vraiment une saison où les nappes se rechargent" rappelle la professeure d’hydrologie Aurore Degré. Avec un hiver sans pluie en 1976, "on a démarré avec des stocks qui étaient déjà en déficit et on a évidemment consommé, comme on le fait chaque été, en prélevant dans les nappes".
La gestion de la ressource a évolué depuis également, permettant d’éviter les pénuries généralisées qui avaient marqué l’été 1976. "Ce qu’on ignore peut-être, c’est qu’il y a toute une série de communes qui étaient alimentées cette année-ci par des adductions d’eau, soit des aqueducs qui ont été reconstruits, soit par des transports de camions. […] Les châteaux d’eau ont été remplis par des camions cet été 2026".
Pour nos deux experts, l’adaptation ne peut donc pas reposer uniquement sur des solutions techniques. Alors qu’on pensait il y a 50 ans que l’épisode de sécheresse vécu n’était qu’une crise avant un retour à la normale, on n’a plus cette excuse aujourd’hui, fait remarquer Sébastien Doutreloup. "On sait qu’on va vers des années plus sèches… 1 année sur 3 sera extrêmement sèche. La question fondamentale, c’est : comment va-t-on faire pour avoir le plus d’eau possible ?"
Pour le climatologue, c’est une évidence : "il faut stocker l’eau qui tombe en hiver pour pouvoir l’utiliser en été". Cela passe par des sols plus perméables, capables de laisser les précipitations s’infiltrer et d’alimenter les nappes, mais aussi par la nécessité d’éviter le ruissellement. Parmi les solutions envisagées : restaurer la matière organique des sols, cette "éponge" qui retient l’eau, reméandrer les cours d’eau, repenser nos paysages…
Le défi concerne également les villes, souligne Aurore Degré. L’imperméabilisation des territoires empêche l’eau de s’infiltrer. Il faut donc repenser l’aménagement, limiter la bétonisation, mais aussi revoir nos anciens bâtis pour redonner de la place aux zones capables de retenir et infiltrer l’eau.
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