La Réserve fédérale américaine (Fed) remonte ses taux, quitte à agacer Donald Trump ?
Allait-il écouter les marchés financiers, qui tablaient sur une hausse des taux d'intérêt, ou alors Donald Trump qui lui n'est pas partisan d'un resserrement du coût du loyer de l'argent de nature évidemment à ralentir la croissance américaine ?
Tel était le dilemme auquel était confronté Kevin Warsh, nouveau président de la Réserve fédérale (Fed), entré en fonction il y a tout juste quatre mois. Le grand argentier américain a finalement tranché en optant pour la première option, quitte à agacer le locataire de la Maison-Blanche qui aura en novembre à défendre son bilan économique lors des élections à mi-mandat.
La première hausse des taux de l'ère Warsh
Hier, sur le coup de 20 heures, la Fed a effectivement annoncé une hausse des taux, la première de l'ère Warsh. Les taux directeurs ont ainsi été relevés d'un quart de point pour se situer dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %. La banque centrale américaine n'avait plus augmenté ses taux depuis l'été 2023.
Il était évidemment difficile d'agir autrement pour Kevin Warsh qui a fait de la lutte contre l'inflation l'une de ses priorités de son mandat. Rappelons que la Fed vise, dans ses statuts, à contenir l'inflation aux alentours de 2 %. On est assez loin du compte : en août dernier et sur une base annuelle, l'inflation s'affichait outre-Atlantique à 3,40 %. Sans réelle perspective d'amélioration sur ce front au vu de l'envolée des prix à la pompe pour les citoyens américains.
Les responsables monétaires s'attendent d'ailleurs à ce que 2026 s'achève avec une inflation de 3,7 % sur un an, selon la médiane de leurs projections, contre 3,6 % estimé lors de leur réunion de juin. La Fed envisage, dès lors, une autre hausse de ses taux d'intérêt d'ici la fin de l'année dans une fourchette entre 4 % et 4,25 %.
La décision de la Fed et de son président résonnait dès lors, aux yeux des investisseurs, comme un test de crédibilité de l'institution et d'indépendance face aux pressions du président américain. Est-ce à dire que Kevin Warsh pourrait à son tour – après Jerome Powell, son prédécesseur – commencer à subir les foudres médiatiques de Donald Trump ? L'avenir le dira… Mais comme le rappelaient nos confrères de l'AFP, la Maison Blanche a suggéré à plusieurs reprises ces dernières semaines que le comité monétaire de la Fed était peuplé par des éléments "antipatriotes" qui pourraient chercher à forcer la main de Kevin Warsh. Précisons cependant que la décision de la Fed de remonter les taux a été prise à l'unanimité de ses membres.
"L'inflation est trop élevée, depuis trop longtemps. Les risques d'inflation sont en hausse, tandis que ceux liés au marché du travail (NdlR : la lutte contre le chômage est l'autre priorité de la Fed) sont équilibrés", a expliqué Kevin Warsh lors d'une conférence de presse, justifiant la décision de la Fed. Entre nécessité de ralentir l'inflation et risque d'altérer la croissance économique, le nouveau "boss" de la Fed a donc choisi son combat. "C'était notre décision", a-t-il également jugé nécessaire de déclarer, pour battre en brèche l'idée d'une influence des marchés sur la décision de la Fed.
Un moment délicat
La décision de serrer la vis monétaire intervient, en tout cas, à un moment délicat sur les marchés financiers américains. Même si ce mercredi a été marqué par une petite détente obligataire – le taux américain à dix ans redescendait à 4,96 % – la défiance des investisseurs reste assez grande à l'égard de la dette américaine. Le seuil des 5 % avait été franchi en début de semaine, un niveau inédit depuis juillet 2007 et le début de la crise des prêts immobiliers "subprimes". Une crise qui rappelle évidemment de biens mauvais souvenirs…
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