“La Reconquista”, la pépite de Jonás Trueba que le public français a failli ne jamais voir en salles
En 2016, quatre ans avant “Eva en août”, le cinéaste espagnol tournait une comédie sentimentale enchanteresse. Elle est enfin sortie en France début 2026. Pour une séance de rattrapage, à voir sur Ciné+ Festival.
À Madrid, Manuela (Itsaso Arana) et Olmo (Francesco Carril) se retrouvent après s’être aimés à l’adolescence. Photo Arizona Films Distribution/Los Ilusos Films
Par Michel Bezbakh
Publié le 21 septembre 2026 à 20h00
Mis à jour le 21 septembre 2026 à 20h31
Il s’est passé quelque chose d’assez troublant, en début d’année. Juste après la diffusion sur Arte de Los Años nuevos, l’émouvante série de Rodrigo Sorogoyen qui raconte un couple sur dix ans, surgissait au cinéma La Reconquista, un film espagnol avec le même acteur, Francesco Carril, interprétant un certain Olmo retrouvant la première fille qu’il a aimée, quinze ans plus tôt. Avec sa mise en scène similaire, cette errance dans Madrid en temps réel ou presque, ce même sujet des amours contrariées, on avait le sentiment de regarder le onzième épisode de la série. Or non seulement ce film n’est pas du même auteur, mais il était sorti en Espagne il y a dix ans, sans jamais parvenir jusqu’à nous.
C’est seulement avec son film suivant, Eva en août, que la France a découvert Jonás Trueba à l’été 2020. Il faut remercier le festival de la Roche-sur-Yon, qui, en octobre 2019, a montré une première fois ce trésor au public français. Enfin, à une poignée de spectateurs, parmi lesquels Bénédicte Thomas, la directrice d’Arizona Distribution : « Je sors de la salle un peu en lévitation, et je tombe sur Jonás Trueba assis sur un trottoir. Nous avons discuté et je lui ai dit que je voulais distribuer son film. »
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Peu après, c’est le confinement. L’occasion pour elle de creuser la filmographie du cinéaste et de découvrir cette Reconquista de 2016. « Je me suis dit : c’est celui-ci qu’il faut montrer tout de suite ! Mais j’avais déjà programmé la sortie d’Eva en août. » Ce sera pour plus tard, et même pour bien plus tard, car Jonás Trueba est productif, il tourne un film par an. « J’avais peur que les droits ne soient achetés par d’autres », se souvient la distributrice, mais, cinq ans plus tard, La Reconquista n’a toujours pas trouvé preneur en France. Son auteur, en revanche, a gagné en popularité, Septembre sans attendre (2024) a même été sélectionné à Cannes.
Début 2026, le Centre Pompidou consacre une rétrospective au cinéaste de 44 ans ; Bénédicte Thomas y voit enfin l’occasion de sortir La Reconquista. Plus de cinquante mille personnes rattrapent alors cette pépite « totalement hors marché, hors festival, hors radar ». Et l’on finira de remonter le temps l’an prochain, avec l’édition par Arizona d’un coffret vidéo regroupant toutes les œuvres de Jonás Trueba, dont ses trois premiers longs.
La Reconquista, lundi 21 septembre à 20h50 sur Ciné+ Festival.
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