taraskuzio.com

Musique | La pluie s’invite en conclusion du festival Osheaga

« Votre imperméable sera votre meilleur ami », ont souligné aux festivaliers les organisateurs du festival en début d’après-midi dimanche. Les fans détrempés de Lorde, la plus importante tête d’affiche de cette 19e édition du festival Osheaga, en savent quelque chose, la météo maussade gâchant quelque peu la dernière journée du festival ayant attiré au parc Jean-Drapeau 151 000 spectateurs en trois jours, « la deuxième édition parmi les plus achalandées de notre histoire, après celle de 2023, avec Billie Eilish en tête d’affiche », clamait, à l’heure des bilans, Daniel Glick, directeur concerts et événements chez Evenko.

Daniel Glick est de l’aventure entreprise par Nick Farkas en 2006, il y a 20 ans — mais l’édition anniversaire sera pour l’an prochain —, l’édition pandémique de 2022 étant considérée comme apocryphe par l’organisateur Evenko. « C’est sûr qu’on se met de la pression sur nous-mêmes parce qu’on veut que cette vingtième édition soit vraiment, vraiment bonne », confie Nick Farkas, qui cherche encore à mettre sous contrat deux des têtes d’affiche de l’édition 2027 du festival, né modestement, mais gavé d’ambition, sur la plaine du parc Jean-Drapeau il y a 20 ans.

« À la blague, je dis qu’on a plus d’employés sur le site aujourd’hui — 4000 — que de billets vendus lors de la première édition » de cet événement, qui se définit moins par une direction musicale définie que par la richesse de l’expérience qu’il propose, estime Nick Farkas. « Une bonne expérience pour les fans et une bonne expérience pour les artistes, ça a toujours été ce sur quoi on met l’accent, même au début lorsqu’il n’y avait personne au festival. »

Seule la journée du vendredi, avec Twenty One Pilots en tête, n’affichait pas complet. Autrefois majoritairement fréquenté par des festivaliers de l’extérieur du Québec, Osheaga vend aujourd’hui ses billets à quasi-parité entre les mélomanes d’ici et ceux de l’Ontario ou du nord-est des États-Unis.

Quant au concert surprise d’Angine de Poitrine en début de soirée samedi, la direction du festival confirme que l’entente avait été signée en mai dernier, à la faveur du désistement d’un artiste. Ainsi, un mois seulement après avoir attiré une foule record au Quartier des spectacles pour son concert à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), les musiciens québécois les plus hauts sur l’affiche de cette édition du festival doublaient la mise.

Ils repoussent aussi plus loin l’horizon de ce qu’un band expérimental issu de la scène indépendante québécoise peut accomplir tout en demeurant fidèle à ses idéaux artistiques. En fin de journée samedi, la plaine du parc Jean-Drapeau était noire (avec des picots blancs) de monde venu pour voir de près, ou de loin, le phénomène rock de l’heure, qui a présenté une version écourtée du concert gratuit le mois dernier au centre-ville. On applaudit… ou on forme un triangle en l’air avec nos mains.

Angine de Poitrine a ainsi lancé notre trajectoire d’un samedi rock à Osheaga, trajectoire dont seule la Britannique Little Simz nous a fait dévier en début de soirée à l’autre bout du site, quoique ses premières chansons aient éclaté de rythmes bruts, assénés par un efficace, mais classique, orchestre (basse, batterie, guitare).

Juste après elle, vers 19 h et sur la scène voisine (de la Vallée), le joyau crasseux de la soirée, les Suédois de Viagra Boys, mené par l’Américain d’origine Sebastian Murphy, bedaine tatouée en évidence, verres fumés sur le nez, canette de bière à la main. Et devant lui, le premier mosh pit dont nous avons été témoins durant cet Osheaga : ce fut brutal et dansant, le coup de botte au visage que nous espérions. Leur punk « boosté » par des solos de saxophone fouette le festivalier suintant, dans les jambes et dans le cœur — en présentant Troglodyte, Murphy a évoqué la menace des « fascistes » et lancé un appel à « libérer la Palestine ».

Cette belle soirée ne s’est pas arrêtée là : après le retour des vétérans écossais Franz Ferdinand, le groupe hardcore américain Turnstile a foulé la scène encore chaude du passage des Viagra Boys. Le groupe a lancé son tour de chant de la même manière qu’il ouvrait l’excellent album Never Enough, avec son étonnante chanson-titre gavée de synthés, presque pop.

Trompeuse introduction ! Dès T.L.C. (Turnstile Love Connection) tirée de Glow On (2021), Turnstile a enfoncé la pédale hardcore jusqu’à la fin de sa case horaire, et rebelote le mosh pit ! Une grosse douzaine de titres, les bombes Mystery et Blackout gardées pour la finale avec Birds du dernier album, un Brenan Yates (chanteur de son état) qui, toutes les deux chansons, s’enquérait du bien-être de son public, particulièrement ceux des premiers rangs qui se percutaient comme des boules de billard. Si on hésite à savoir qui de Viagra Boys ou de Turnstile a offert le concert de la journée, on penchera pour les seconds en raison de cette totale communion ressentie entre les musiciens et l’auditoire, ce genre de célébration du rock et de son exaltant pouvoir qu’on ressent lors des beaux moments de musique.