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Reportage France - La mort est mon métier: être légiste, c'est «être la parole des personnes décédées»[1/4]

En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Aujourd'hui, pour le premier épisode de notre série La mort est mon métier, Laurence Théault est partie à la rencontre d'une médecin légiste à Nancy, dans l'est de la France.

On pousse la porte de la salle d'autopsie du docteur Élodie Marchand. Dans une ambiance fraîche et bleutée, une table en inox, des instruments de chirurgien et une balance suspendue, destinée à peser les organes, occupent la pièce. Le docteur Élodie Marchand se présente en blouse verte, pantalon et sabots. Le médecin légiste explique que le corps du défunt est amené sur la table dans une housse réfrigérée et qu'il n'est pas lavé. « Justement, dans le côté médico-légal, il ne faut surtout pas que les corps soient altérés avant les constatations. Donc, ce sont des corps qui sont placés dans des housses qui sont scellées par la justice pour ne pas pouvoir altérer ces éléments. Et donc il est déposé en housse. Et la première chose qu'on fait, c'est briser le scellé de cette housse et ouvrir la housse pour faire les premières constatations dans l'état dans lequel le corps est arrivé ».

Dans une autopsie, les blessures sont bavardes

Dans le cadre d'une autopsie judiciaire. Imaginons un défunt virtuel, un jeune homme victime de plusieurs coups de couteau. La première étape de l'autopsie consiste à établir un descriptif précis : taille, couleur des yeux, longueur des cheveux. « Dans le cadre où on suspecte un homicide, comme par exemple pour ce jeune homme, les mains ont été placées dans des enveloppes en papier kraft pour justement préserver l'ADN éventuel de l'agresseur. Et donc, la première chose qu'on fait avant de toucher à tout ça, c'est d'aller faire les prélèvements au niveau des mains pour le côté génétique. »

Un médecin légiste fait parler les corps et les blessures sont bavardes. « Les plaies par arme blanche vont avoir aussi des spécificités, puisqu'elles vont souvent avoir des berges qu'on appelle nettes. Et qui vont donner, rien que cet aspect des berges, des indices également sur le type d'arme utilisée. Donc, si c'est plutôt un couteau avec un fil qui tranche, si c'est un couteau avec deux fils, type un poignard. »

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Être légiste, c'est passer son « temps à mesurer des choses »

Sur une table, alignés proprement, bistouris, ciseaux, pinces, écarteur, burin. « L'instrument indispensable de tout médecin légiste, c'est le mètre ruban ou le réglet. Parce qu'on mesure tout. On va mesurer des plaies, on va mesurer d'autres types de lésions, les ecchymoses. On va mesurer également même les cheveux d'une personne pour des critères d'identification. On passe notre temps à mesurer des choses. »

Loin des clichés que l'on voit dans les séries, un médecin légiste prélève bien des organes, mais ce n'est pas à coup de pic à glace. Le docteur Élodie Marchand précise qu'une longue incision de la base du cou au pubis est toutefois nécessaire pour l'autopsie. « Généralement, on ne va pas forcément prélever des organes en entier, sauf certains comme le cerveau ou le cœur, parce que toutes les zones sont importantes. Il y a des incisions qui sont réalisées. Il faut savoir qu'elles doivent être systématiquement refermées. Ça fait partie de nos obligations et du respect qu'on a pour les corps. »

« Apporter des réponses » suite à un décès

Ce métier change-t-il son rapport à la mort ? « Non, parce que moi, depuis toute petite, je suis bercée dans le côté anthropologie, paléontologie par mon père. Donc, j'ai très vite connu des squelettes étant toute petite. Donc, finalement, la mort n'est pas quelque chose qui a pu m'effrayer, me questionner. » Et l'une des choses que le docteur Élodie Marchand apprécie dans son métier : « C'est vraiment pouvoir être la parole des personnes décédées et apporter des réponses, en fait. Justement sur pourquoi et comment ces personnes sont mortes. »

Quand une autopsie est à la demande de la justice, le médecin légiste n'est ni du côté de l'accusation, ni de celui de la défense. Il est là pour établir une vérité scientifique.

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