La montagne : clim naturelle depuis toujours
EN IMAGES - Quand le thermomètre s'affole en plaine, il suffit parfois de prendre un peu de hauteur. Au-delà des quelques degrés gagnés, la montagne offre un luxe devenu rare : le calme. Trois destinations pour respirer autrement.
«La montagne, ça vous gagne » : ce vieux slogan n’est jamais plus vrai qu’en été. En hiver, la promesse est facile à comprendre. La neige, le ski, les chalets, les feux de cheminée : chacun peut imaginer le décor et les plaisirs qui l’accompagnent, même sans avoir jamais chaussé une paire de skis.
L’été, c’est plus difficile. On peut décrire les pâturages qui remplacent les pistes, les torrents libérés par la fonte des neiges, les sommets découpés dans un ciel d’une netteté presque irréelle. On peut parler de la fraîcheur de l’air, du parfum des sapins, du silence des chemins. Mais tout cela se raconte moins bien que cela ne se ressent. Il faut être là, regarder une vallée s’ouvrir au détour d’un sentier, entendre les cloches d’un troupeau dans le lointain et constater que, depuis plusieurs heures, on n’a même plus pensé à sortir son téléphone.
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La montagne accomplit ce petit miracle : on y consulte moins son écran qu’ailleurs, certainement moins qu’au bord d’une piscine ou sur une plage. Sans même avoir décidé de se déconnecter, on marche, on pédale, on observe. Le relief impose son rythme et ramène naturellement au réel.
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Avec les canicules à répétition, l’altitude est probablement appelée à devenir plus que jamais un refuge. C’est une excellente nouvelle pour les villages de montagne, mais presque une menace pour ce qui fait aujourd’hui leur principal charme estival : le calme, l’espace, la douceur des relations entre vacanciers et cette disponibilité tranquille des habitants. Il faudrait que la montagne gagne davantage de visiteurs sans perdre son âme. Pari — très — difficile…
Nous vous proposons pour cet été trois façons très différentes de la découvrir.
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Le Val d’Arly, la vallée qui ne fait pas de bruit
Entre Albertville et Megève, on traverse souvent le Val d’Arly sans savoir exactement où il commence ni où il se termine. La route se glisse entre les gorges, grimpe vers les cols et dessert une succession de villages — Flumet, Saint-Nicolas-la-Chapelle, Notre-Dame-de-Bellecombe, Crest-Voland, Cohennoz et La Giettaz — moins célèbres que leurs voisins, mais peut-être plus attachants pour cette raison même.
Coincé entre les Aravis, le Beaufortain et le massif du Mont-Blanc, le territoire rassemble quatre stations-villages, réparties entre 900 et 2 600 mètres d’altitude. Le mot « station » paraît pourtant presque trop imposant en été. Ici, pas de grand front de neige bordé de résidences. Les fermes, les chalets d’alpage et les troupeaux occupent toujours le paysage. Le tourisme n’a pas remplacé l’agriculture : il cohabite avec elle.
Le Val d’Arly offre tous les plaisirs de la montagne estivale, avec quelque chose en plus : le sentiment d’avoir découvert une adresse que les autres ne connaissent pas encore. Il y a peu de circulation, peu de foule et très peu de raisons de se presser. Dans les villages, les conversations continuent au milieu de la rue. Sur les chemins, on croise souvent davantage de vaches que de randonneurs. Ce calme n’est pas un manque d’animation. Il est précisément ce que l’on était venu chercher.
Saint-Nicolas-la-Chapelle, un village pour ralentir
Saint-Nicolas-la-Chapelle, posé face au mont Charvin, donne immédiatement le ton. Quelques maisons entourent une église ; les prairies commencent derrière les dernières façades et, le matin, les sonnailles remontent depuis les pâturages avant même que le village ne soit complètement réveillé.
Sur la petite place, le Chalet Appart’Hôtel L’Eau Vive tient davantage de la maison de montagne que de l’hôtel classique (à partir de 100 euros la nuit pour deux en été). Ses huit logements disposent d’une cuisine et permettent de vivre à son rythme, dans un appartement simple, confortable et fonctionnel. On descend dîner ou prendre un verre, puis on retrouve son logement comme si l’on disposait, pour quelques jours, de son propre pied-à-terre savoyard.
À quelques kilomètres, Notre-Dame-de-Bellecombe propose une autre expression de la montagne villageoise. La Ferme de Victorine occupe une ancienne exploitation où les vaches restent visibles derrière une baie vitrée (menu à partir de 36 euros ; compter de 36 à 70 euros par personne, hors boissons). Le décor est profondément montagnard, mais la cuisine évite le folklore et l’avalanche de fromage fondu. Les produits savoyards sont traités avec précision dans cette table récompensée par un Bib Gourmand Michelin.
Le festival Slowly Val d’Arly résume bien l’esprit de la vallée. Marchés de producteurs, démonstrations de fabrication du reblochon, rencontres avec des artistes, promenades et ateliers se succèdent dans les différents villages. Le mot « slowly » pourrait sembler fabriqué pour les besoins de la communication touristique. Il correspond pourtant assez exactement à ce qui se passe ici : on ralentit parce que le territoire ne pousse jamais à faire autrement. La carte postale est aussi un espace de travail.
Des restaurants qu’il faut mériter
Dans le Val d’Arly, certaines des meilleures tables ne sont pas installées au bord de la route. Il faut accepter quelques lacets, une piste étroite et parfois le doute d’avoir pris la bonne direction.
Pour rejoindre l’Alpage des Avenières, au-dessus de Saint-Nicolas-la-Chapelle (compter environ 30 à 40 euros par personne), la voiture quitte la vallée et s’engage sur une route de montagne. À mesure que l’on monte, les maisons disparaissent, les prés occupent tout l’espace et le panorama s’ouvre sur les Aravis, le Beaufortain et le Mont-Blanc.
Le restaurant occupe un ancien chalet d’alpage. On y sert des grillades, des salades et des desserts maison sur une terrasse dont la vue suffirait presque à constituer le menu. On ne déjeune pas devant la montagne, mais au milieu d’elle. Et personne ne vient vous rappeler qu’une autre table attend.
La même sensation accompagne une sortie en VTTAE depuis La Giettaz, peut-être le plus montagnard des villages de la vallée. Accrochée au pied des Aravis, « La Giett’ » se serre autour de son église tandis que les routes repartent immédiatement à l’assaut des pentes.
Le vélo à assistance électrique permet de suivre ces chemins sans posséder les jambes d’un champion. Il ne transforme pas pour autant la sortie en promenade motorisée. Il faut pédaler, absorber les pierres, maintenir sa trajectoire et négocier les passages les plus raides. L’assistance retire une partie de la souffrance, pas l’effort ni le plaisir d’avancer.
Vers 1 600 mètres, l’Auberge du Plan Rebord apparaît dans un ancien chalet d’alpage, face au Mont-Blanc. La cuisine, plus ambitieuse que ne le laisserait penser l’isolement du lieu, mêle truite, viande, légumes travaillés, desserts maison et incontournables beignets de pommes de terre.
À Flumet, Le Toî du Monde prolonge cette philosophie. Une ferme de 1886 a été transformée en écogîte, restaurant et café-concert. Une partie des légumes pousse dans le potager, les produits sont recherchés au plus près et les soirées rassemblent habitants et visiteurs autour de grandes tables. Le lieu est contemporain sans avoir gommé ce qu’il était.
Le Mont-Blanc à portée de terrasse
Depuis Le Plan de La Giettaz, les télésièges rejoignent la Tête du Torraz, à près de 1 930 mètres. L’hiver, les skieurs n’y voient qu’un point de passage. En été, l’ascension devient un spectacle. Suspendu au-dessus des prés, on observe les troupeaux, les chemins et les courageux qui ont choisi de monter à pied ou à vélo.
Au sommet, la vue s’étend à 360 degrés sur le Mont-Blanc, le Beaufortain et les Aravis. Une ancienne cabine de téléphérique rouge a été transformée en cuisine : c’est le Foodtruck 1930 (compter environ 20 à 30 euros par personne), où Yann Marangone fait préparer charcuteries, gaufres, farcement et beignets de pommes de terre.
Le Val d'Arly
© DR
On déjeune face au Mont-Blanc, installé dans un transat, avec la curieuse impression que le sommet est beaucoup plus proche qu’il ne l’est réellement. Le repas est simple. Le décor lui donne une tout autre dimension. Une fois arrivé là-haut, plus rien ne justifie de repartir. Réellement.
Autre atmosphère au Chalet-Hôtel du Mont-Charvin, au Cernix, sur les hauteurs de Cohennoz (à partir de 230 euros la chambre double en été, accès au spa compris). L’Eau Vive avait l’indépendance d’un appartement de village ; le Mont-Charvin retrouve les codes d’un hôtel de montagne plus enveloppant : chambres habillées de bois, salon avec cheminée, restaurant, jacuzzi extérieur et sauna panoramique.
Le soir, les montagnes remplissent les fenêtres. Après une journée de vélo, s’installer dans une eau chauffée à 36 degrés en regardant les sommets constitue une activité dont le caractère sportif est discutable, mais dont les bienfaits sont immédiats.
La montagne tenue en laisse
Dans les chemins de Covetan, la cani-rando propose une autre manière de découvrir le relief. Le principe paraît simple : un chien est relié au marcheur par une longe élastique attachée à une ceinture et l’aide dans les montées.
Dans les faits, chacun doit apprendre à marcher avec l’autre. Lorsque le chien accélère, il faut suivre. Lorsqu’il décide de s’intéresser à une odeur, la progression marque une pause. La promenade devient un exercice de coordination, une conversation sans paroles entre deux partenaires qui n’ont pas nécessairement, au départ, le même programme.
Sous les arbres, la température baisse encore de quelques degrés. Les clairières ouvrent des fenêtres sur les Aravis et l’animal fournit une assistance beaucoup plus vivante qu’un moteur électrique.
Le Val d'Arly
© DR
À Crest-Voland, Les Zinzins offre une table conviviale tournée vers la chaîne des Aravis (compter environ 20 à 40 euros par personne). En quelques jours, la vallée n’aura jamais tenté d’impressionner par des équipements gigantesques ou des hôtels spectaculaires. Elle aura offert autre chose : des villages encore habités, des fermes qui produisent, des tables dont les propriétaires sont souvent ceux qui vous accueillent, et une montagne que l’on n’a pas besoin de partager avec une foule.
Le Val d’Arly reste peu connu. Il faudrait presque souhaiter qu’il le demeure encore un peu. Son véritable privilège est de permettre d’entendre la montagne.
Val d’Isère, le grand vertige
À Val d’Isère, la montagne change d’échelle. À 1 850 mètres, les sommets se rapprochent, les vallées se resserrent et les paysages prennent une dimension plus minérale. La station internationale conserve pourtant une véritable atmosphère de village, avec ses maisons de pierre et de bois, ses toits de lauze, son clocher et les ruelles du vieux Val.
Lorsque la neige disparaît, les pistes deviennent des prairies et les terrasses retrouvent de l’espace. Le village s’étire le long de l’Isère jusqu’à La Daille et au Fornet, mais son centre reste suffisamment compact pour que l’on abandonne rapidement sa voiture.
Parmi une offre hôtelière abondante, Le Blizzard possède un avantage décisif : il est installé en plein cœur du village (compter autour de 290 euros la chambre double en été, selon les dates). Cette grande maison cinq étoiles ressemble à un chalet familial agrandi au fil des années, avec ses salons, ses cheminées, ses meubles chinés et ses chambres toutes différentes. À l’extérieur, une piscine chauffée fait face aux montagnes, complétée par un bain norvégien et un spa.
Le VTTAE constitue le meilleur moyen d’explorer les alentours. Les circuits passent le long de l’Isère, traversent les prairies et rejoignent les cascades du Fornet. Selon son niveau, on choisit les chemins roulants autour du village ou des tracés plus techniques, avec pierres, racines et longues descentes. Le moteur aide à remonter. Il ne choisit toujours pas la trajectoire à votre place.
Près du Fornet, l’Edelweiss illustre à merveille la métamorphose estivale des restaurants d’altitude. L’hiver, on s’y arrête entre deux pistes, pressé de manger avant de repartir. L’été, on vient spécialement jusqu’à lui. Sa terrasse domine la vallée et l’on découvre soudain toute l’ampleur d’un lieu que la vitesse du ski empêchait presque de voir.
Plus haut encore, la route du col de l’Iseran grimpe pendant près de 17 kilomètres jusqu’à 2 764 mètres. De nombreux cyclistes l’affrontent, courbés sur leur guidon. On partage sincèrement leur souffrance depuis la voiture, moyen moins glorieux mais nettement plus confortable de profiter des cascades, des névés et des paysages glaciaires. Au sommet, la végétation disparaît presque entièrement et la route semble suspendue entre deux vallées.
Val d'Isère
© DR
Le Refuge de Solaise, installé à 2 551 mètres dans l’ancienne gare du téléphérique, est présenté comme l’hôtel le plus haut de France (à partir d’environ 265 euros la chambre double en été). Il domine le village de 700 mètres et possède notamment une piscine intérieure de 25 mètres. Lorsque la télécabine s’arrête, le soir, le silence devient absolu.
La randonnée dans le Parc national de la Vanoise offre un autre visage de Val d’Isère. En montant vers le refuge du Fond des Fours, le sentier suit les torrents, franchit des passerelles et traverse les prairies d’altitude. Les marmottes apparaissent avec une fréquence telle que l’on finit par croire chacune chargée de surveiller quelques mètres du parcours.
Il faut enfin rejoindre la Ferme de l’Arsellaz, ancienne ferme familiale isolée au-dessus de la vallée du Manchet. Le chemin est difficile, parfois raide, mais la récompense attend sur la terrasse : charcuteries, omelette, fromage, tarte aux myrtilles et, surtout, un amphithéâtre de sommets. Ici, la montagne n’est plus un terrain que l’on cherche à descendre le plus vite possible. C’est un paysage dans lequel on apprend à rester.
Courchevel, après le départ des milliardaires
Courchevel n’est pas une station unique, mais une succession de villages répartis à différentes altitudes : Saint-Bon, Le Praz, La Tania, Courchevel Village, Moriond et, tout en haut, Courchevel 1850.
L’hiver, les regards convergent vers les hauteurs. Autour du Jardin alpin, Cheval Blanc, Les Airelles, les boutiques de luxe et les chalets invraisemblables forment le décor d’une enclave pour grandes fortunes. L’été, presque tout est fermé. Les portiers, les limousines et les clients ont disparu. Les façades sont impeccables, mais la station semble avoir coupé le moteur.
Cette Courchevel presque abandonnée possède une étrangeté certaine. Mais pour retrouver une vie de village, il faut redescendre au Praz, à 1 300 mètres.
Autour du lac, des ruelles et du clocher, les chalets ont conservé une identité montagnarde. Les marcheurs partent vers la forêt, les cyclistes préparent leurs vélos et quelques familles s’installent au bord de l’eau. Il y a peu de monde, parfois très peu. C’est exactement ce qui rend l’endroit agréable.
Parmi les rares hôtels ouverts en été, Les Peupliers occupe un emplacement idéal au bord du lac (à partir d’environ 250 euros la chambre double en été ; petit déjeuner et accès au spa inclus selon l’offre). La maison appartient à la famille Pinturault, également propriétaire de l’Annapurna. Elle conserve l’esprit d’un hôtel savoyard classique, avec du bois, des balcons, un spa et deux restaurants.
L'hôtel Les Peupliers
© DR
La Table de Mon Grand-Père propose une cuisine travaillée autour des produits de saison, des viandes et des poissons de lac ou de rivière (compter environ 65 euros par personne, hors boissons). Le Kiosque du Praz adopte un registre plus décontracté, avec grillades et plats d’été servis sur la terrasse. On y arrive après la randonnée ou le vélo, sans avoir besoin de changer d’uniforme.
Car l’expérience incontournable reste la montée vers le col de la Loze, à 2 304 mètres. Le Tour de France y est passé à plusieurs reprises et les derniers kilomètres, réservés aux cyclistes, multiplient les ruptures de pente.
Avec un vélo électrique, l’ascension devient accessible, mais pas entièrement facile. Il faut toujours pédaler, gérer la batterie et supporter les rampes les plus sévères. Au sommet, on se prend néanmoins en photo devant le panneau comme si l’on venait d’accomplir un exploit. On commande un verre ou une glace, très satisfait de soi, tout en regardant avec une admiration sans réserve ceux qui sont montés sans assistance.
Après l’effort, Aquamotion rassemble bassins intérieurs et extérieurs, hammams, saunas, jacuzzis, mur d’escalade et vague de surf sous un même toit. L’équipement paraît presque démesuré dans une station aussi calme, mais il permet de nager dehors face aux sommets et de récupérer des efforts de la journée.
Courchevel est alors presque l’inverse de ce qu’elle devient l’hiver. On ne vient plus pour voir et être vu, mais pour marcher, pédaler et respirer. Le plus grand luxe n’est plus le prix d’un chalet. C’est le silence autour. Comme partout à la montagne.