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« La mairie ne nous porte aucun intérêt » : entre Monaco et Roquebrune-Cap-Martin, le quartier de Saint-Roman témoigne un sentiment d’abandon

Le sentiment est partagé par une grande majorité des habitués du quartier. À Saint-Roman, où la Principauté et Roquebrune-Cap-Martin se rejoignent, ce sont principalement les commerçants qui mènent la fronde. Ils dénoncent un abandon de la part de la municipalité.

« Le quartier se meurt, lance Marjorie*, qui y travaille depuis plusieurs années. Autour de 2023, une pétition a récolté pratiquement 500 signatures pour déplorer l’absence d’action du maire et rappeler tous les engagements qu’il avait pris. Beaucoup de gens du quartier l’avaient signée, et même des habitants de Monaco. »

Dans ce secteur voisin du quartier La Rousse, où se profile une totale restructuration urbaine souhaitée par le Souverain, les raisons de ce mal-être sont multiples. À commencer par un manque de présence dénoncé du maire Patrick Cesari. « Ici, il a la réputation d’être absent », poursuit Marjorie. « On sent le quartier à l’abandon, la mairie n’y porte aucun intérêt, appuie Sébastien*. Le maire ne fait même plus semblant de faire l’effort de venir ici une fois tous les cinq ans avant les élections. »

Les apparitions de Patrick Cesari aux côtés d’Éric Ciotti alimentent les spéculations sur ses relations avec l’UDR. Le maire revendique surtout une fidélité de longue date à l’ancien président du Département.

Un mécontentement qui se ressent jusque dans les urnes. Aux dernières élections municipales, le premier édile, élu depuis 1995, a fait le moins bon score dans le bureau 11, situé à Saint-Roman. 70 voix au premier puis 90 au second tour. Loin des 200 à 300 bulletins recensés dans d’autres bureaux comme au quartier de Cabbé. C’est aussi dans ce même bureau que son adversaire Guillaume Contesse est le seul candidat à obtenir plus de voix que le maire sortant, premier et second tours confondus.

« Le stationnement reste le gros problème du quartier »

Dans ce quartier de Roquebrune-Cap-Martin voisin de Monaco, les professionnels pointent les difficultés de stationnement, les embouteillages et la perte d’attractivité.
Dans ce quartier de Roquebrune-Cap-Martin voisin de Monaco, les professionnels pointent les difficultés de stationnement, les embouteillages et la perte d’attractivité.
Jean François Ottonello / Nice-matin

Acerbes, les reproches résultent d’une longue attente de voir des projets se concrétiser. « Le stationnement reste le gros problème du quartier, pointe Jérémy, gérant de la Carrosserie des tennis. Il nous manque un véritable parking, cela ferait du bien aux commerces. » Un constat largement partagé par les autres fidèles du quartier.

« On voit beaucoup de voitures épaves qui ne bougent pas, s’agace Marjorie. Les plaques italiennes et monégasques restent garées indéfiniment puisqu’elles ne règlent pas leurs amendes. »

« Je comprends la mairie, on ne peut pas inventer des places pour se garer mais on aimerait que le quartier soit plus réglementé au niveau du stationnement, réclame Agathe*, une autre commerçante. Certains ne respectent pas la réglementation en toute impunité. »

La refonte de l’échangeur pour fluidifier la circulation ?

Artère stratégique à l’entrée Est de Monaco, l’avenue de France subit trop régulièrement - au goût de celles et ceux qui la fréquentent quotidiennement - des problèmes de circulation. « C’est horrible, grogne Marjorie. Dès qu’on a un contrôle à la frontière ou un imprévu, c’est la panique. » « On subit des bouchons tous les jours, surenchérit Sébastien. On met parfois une heure pour faire 500 mètres et c’est fatigant. »

Sur ce point, l’échangeur de Saint-Roman doit faire l’objet d’un réaménagement, discuté entre Monaco et Roquebrune-Cap-Martin. Un transfert de délégation de maîtrise d’ouvrage doit être assuré à la Principauté qui a déjà lancé un concours urbanistique qui devrait désigner un lauréat en début d’année prochaine.

« La Principauté poursuit les discussions avec la France concernant l’aménagement de l’échangeur Saint-Roman afin de déterminer un cadre juridique binational permettant de procéder à sa réalisation », a déclaré l’exécutif à Monaco-Matin.

Le projet de parking-relais sous cet échangeur a quant à lui été abandonné à la suite d’études géologiques notamment. Mais pourrait voir le jour ailleurs dans le quartier, laisse-t-on penser du côté de la mairie de Roquebrune. « On aimerait que cet échangeur soit mieux pensé, espère Sébastien. Il faut faire appel à des architectes spécialisés et repenser la circulation. Il y a de la place donc c’est possible. »

Une dynamique à retrouver ?

C’est l’autre inquiétude des habitués de Saint-Roman. Son activité, principalement concentrée sur l’avenue de France, a semble-t-il reculé ces dernières années. « On n’a plus de boucherie, plus de fleuriste, plus de bar-tabac, plus de café, liste à regret Sophie*, restauratrice. C’est devenu un lieu de passage. J’ai la chance de bien travailler parce que je suis installée depuis longtemps et j’ai des habitués mais les autres commerces disparaissent. »

En cause selon elle, le montant élevé des charges notamment. « Les murs sont devenus très chers à cause de la proximité avec Monaco. Seules les agences immobilières ont la possibilité de s’installer. »

Ces dernières sont justement pointées du doigt par plusieurs autres commerçants, jugées trop nombreuses et ne participant pas au dynamisme du quartier. « Une agence immobilière, personne n’y met les pieds sauf le jour de la signature d’un papier, ironise Sébastien. Je ne leur en veux pas mais elles n’attirent pas la population. »

« On n’a plus de commerces de proximité, s’inquiète Marjorie. Quand je suis arrivée ici il y a 20 ans, c’était vivant. Il y avait plein de commerces. Aujourd’hui c’est la désolation. » Une évolution dans le mauvais sens qu’a également constaté Agathe à travers la propreté du secteur. « J’ai connu ce quartier lorsqu’il était soigné. C’était beaucoup plus agréable qu’aujourd’hui. » Marjorie conclut : « On est un quartier à la frontière, on est la vitrine de Roquebrune-Cap-Martin avec le magnifique club de tennis mais nos rues sont sales, on sert de dépotoir. »

Sollicitée à plusieurs reprises ces dernières semaines, la mairie n’a pas souhaité préciser ses intentions pour le quartier à ce stade.

*Les prénoms des interlocuteurs ont été modifiés pour préserver leur anonymat