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La folle histoire de Magda Fontanges (1/4) : l’ambitieuse femme de sous-préfet en Lozère devenue maîtresse de Mussolini et espionne nazie

Série "La folle histoire de Magda Fontanges" (1/4) – Madeleine Coraboeuf, alias Magda Fontanges, fut femme de sous-préfet de Marvejols en Lozère, actrice, journaliste, maîtresse du Duce et espionne nazie. Au commencement était une ambition débordante.

L’histoire est folle. Son héroïne peut-être aussi un peu. Comment l’ex-épouse du sous-préfet de Lozère fut-elle la maîtresse du dictateur italien Benito Mussolini ? Comment tenta-t-elle d’assassiner Charles de Chambrun, ambassadeur de France à Rome, descendant d’une longue lignée lozérienne ? Comment, amante de plusieurs ministres, se glissa-t-elle dans les secrets d’alcôve du pouvoir ? Comment devint-elle espionne pour le compte des nazis ? Et comment finit-elle par se suicider ?

Commençons par son nom : Madeleine Coraboeuf. Tout juste sortie de l’adolescence, lycéenne de 17 ans, elle rencontre son futur mari à la patinoire de La Roche-sur-Yon, où elle vit. Ils se marient en juin 1924. Elle vient d’avoir 19 ans. Yves Laferrière est de dix ans son aîné. Orpheline de mère à 7 ans, elle est la fille d’un peintre coté : l’atelier de Jean Coraboeuf, prix de Rome, est le rendez-vous du Tout-Paris mondain et politique. C’est lui qui, selon la presse de l’époque, favorise la promotion de son gendre, alors secrétaire général de préfecture, comme sous-préfet de Marvejols, en Lozère.

"Le Tout-Paris ressemble aux négociants de Marvejols comme le jour ressemble à la nuit", lit-on dans le magazine Qui ?, en janvier 1947, dans un portrait de celle qui est devenue entre-temps une sulfureuse intrigante. Car l’appétit de Madeleine était trop grand pour le Gévaudan. Son couple explose vite en vol. Direction Paris et une ambition débordante.


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Elle change de nom

Le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Aristide Briand est un ami de son père. Il la propulse dans le milieu artistique, actrice à l’Odéon. Elle change de nom comme on se glisse dans la peau d’un personnage. Ce sera Magda Fontanges, patronyme emprunté à Marie-Angélique de Fontanges, favorite de Louis XIV.

Elle joue aux côtés de Fernandel, en 1931, dans le film Pas un mot à ma femme. Mais pas assez douée, parfois sifflée, résume le magazine Qui ?, "elle se rabat sur le journalisme". Options mante religieuse et charmeuse de serpents politiques. "J’étais écœurée de constater que je n’avais rencontré que combines et bassesses", déclara-t-elle a posteriori. Beaucoup succombaient à ses charmes. L’un d’eux avait été plus prudent : "Je ne couche pas avec vous. Vous me faites peur. Mais le cœur y est".

L’intrigante n’hésitait pas à se transformer en maîtresse-chanteuse. Quand un amant-ministre éconduit veut récupérer ses lettres enflammées, il faut cracher au bassinet. Un homme aurait échoué à la conquérir : Alexis Léger, alias l’écrivain Saint-John Perse, alors secrétaire général du Quai d’Orsay, qui la poursuivit ensuite "de sa haine", dit-elle.

Magda Fontanges estimait avoir vécu avec Mussolini "le plus grand amour de sa vie".
Magda Fontanges estimait avoir vécu avec Mussolini "le plus grand amour de sa vie".

Le seul qu’elle aima follement, assurait-elle, ce fut le Duce, Benito Mussolini, fondateur du fascisme, empereur romain new look, dictateur italien vingt ans durant. Elle décrit "l’éclat incomparable de ses yeux, fascinant, je sens du feu couler dans mes veines". C’est en tant que journaliste qu’elle était parvenue à le rencontrer à Rome, après avoir usé de ses charmes pour convaincre tour à tour son amant, directeur de la rédaction de L’ami du peuple, de l’y envoyer, puis le ministre de la Guerre italien de lui autoriser une entrevue.

Ainsi naît une idylle. Le dictateur finit par se lasser, inquiet des détails qu’elle donnait sur sa vie privée. Et pas rassuré sur les rumeurs d’espionnage qui entouraient sa "Mata Hari de pacotille", comme la qualifiera plus tard Libération.

Pour une heure avec toi, je donnerais toute l’Éthiopie

Magda Fontanges voit dans cette répudiation la marque de l’ambassadeur de France à Rome. C’est lui qui aurait brisé "le plus grand amour de sa vie", Mussolini, affirmait-elle. Son nom, Charles de Chambrun, venu d’une noble lignée descendant du marquis de La Fayette et… marvejolaise ! La Lozère semble poursuivre Magda, elle qui y était arrivée presque par hasard en 1924 : le frère de Charles, Pierre, député et sénateur de la Lozère, a-t-il alerté son frère sur le tempérament de celle qui n’a fait qu’un passage éclair, mais tonitruant, en Gévaudan ?


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Elle tire sur l’ambassadeur

Selon V Magazine, le comte de Chambrun "avait révélé son passé orageux à Mussolini pour se venger d’avoir été repoussé". Aux grands maux les grands moyens : le 17 mars 1937, elle tire sur lui dans le train Paris-Amsterdam qui s’apprête à partir. Elle le touche d’une balle dans le dos. Son pistolet s’enraye. Elle est arrêtée. Il n’est que légèrement blessé. Elle ne sera condamnée qu’à un an de prison avec sursis. Elle pense s’infliger une peine à perpétuité en ingurgitant douze tablettes de barbituriques. Un lavage d’estomac plus tard, elle survit.
Les policiers trouvent chez elle 300 photographies de Mussolini, avec une dédicace signée Benito, "Per un’ora con te, darei tutta l’Etiopia". Pour une heure avec toi, je donnerais toute l’Éthiopie.