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La fermeture d’un autre pavillon au cégep de Saint-Laurent sème…

Au moment même où Québec tarde à dévoiler un portrait mis à jour de l’état de vétusté des établissements d’enseignement supérieur dans la province, le cégep de Saint-Laurent, devenu malgré lui le symbole de ce manque d’entretien chronique, a dû fermer in extremis un autre de ses pavillons « par mesure préventive », a appris Le Devoir. Une situation qui bouleversera la rentrée de plus de 2000 étudiants et de nombreux membres du personnel.

« À la suite d’une recommandation d’experts en bâtiment reçue aujourd’hui, nous devons procéder à la fermeture immédiate du pavillon C par mesure préventive et afin d’assurer la sécurité de notre communauté », indique une communication acheminée mardi soir par la direction générale de l’établissement public montréalais à l’ensemble de son personnel. Le cégep avait entamé cet été des travaux de réfection des murs extérieurs de ce pavillon, qui accueille notamment des étudiants en génie électrique et mécanique ainsi que ceux rattachés au programme des Sciences de la nature.

« Par conséquent, les locaux, bureaux et salles de classe ne sont plus accessibles et ce pour une durée indéterminée », ajoutait le courriel, dans lequel la direction générale se dit consciente « que cette situation imprévue s’ajoute à une période déjà bien remplie et qu’elle peut susciter des préoccupations ».

Des rencontres ont d’ailleurs eu lieu depuis, ce mercredi, afin d’informer de cette situation les employés du personnel technique ainsi que les enseignants qui seront directement touchés par cette mesure. C’est lors d’une de ces rencontres que le vice-président du Syndicat des employés de soutien du cégep de Saint-Laurent, Jess Corneau, a appris que le « problème structurel » à l’origine de cette fermeture pourrait prendre des années à être consolidé.

« Ça nous préoccupe énormément », confie au Devoir M. Corneau, joint mercredi après-midi. « On se demande ça va être quoi l’impact sur la qualité de travail » du personnel, mais aussi sur les étudiants concernés. « La qualité des cours va en prendre un coup », appréhende-t-il, en soulignant le risque que cette fermeture soit compensée par la tenue de davantage de cours de soir ou en ligne.

La fermeture de ce pavillon s’ajoute d’ailleurs à celle, en décembre 2023, du pavillon B, qui accueillait des locaux administratifs et certaines salles de classe. Une partie du pavillon A a ensuite dû, elle aussi, être évacuée en raison des travaux devant y avoir lieu. Ce qui a incité le cégep de Saint-Laurent à louer à la fin de l’année 2024 une partie des anciens locaux de l’Office national du film, situés à une vingtaine de minutes de marche du campus principal.

Or, la fermeture du pavillon C est plus difficile à compenser simplement en louant des locaux dans un autre bâtiment, puisqu’il comprend plusieurs laboratoires destinés aux étudiants en sciences, de même que d’imposantes machines – difficiles à déménager – qui sont essentielles à l’apprentissage des étudiants dans des techniques en génie, relève M. Corneau. « La machinerie, ce n’est pas déménageable », lance le représentant syndical.

« Le cégep évalue actuellement plusieurs scénarios afin de relocaliser, en présentiel, les activités prévues dans ce pavillon. Tous les cours sont maintenus pour la rentrée scolaire et les scénarios retenus seront communiqués à notre communauté dans les meilleurs délais », a pour sa part répondu au Devoir la direction du collège.

Un bilan inconnu

La plus récente mise à jour de l’état de vétusté du réseau collégial faisait état d’un déficit de maintien des actifs, au cégep de Saint-Laurent, de 20,5 millions de dollars. Or, tant pour ce cégep que l’ensemble des immeubles du réseau de l’enseignement supérieur, les données disponibles n’ont pas été mises à jour depuis janvier 2024.

En mars 2025, Le Devoir révélait l’intention de la ministre Pascale Déry, alors à l’Enseignement supérieur, de revoir la méthode de calcul des besoins en entretien des cégeps et des universités afin d’offrir, cette année, un portrait « fidèle à la réalité » de l’état de ceux-ci.

Ce projet prend toutefois du retard, le ministère de l’Enseignement supérieur ayant confirmé au Devoir cette semaine que la publication de ce « nouveau portrait de l’état du parc immobilier » est maintenant prévue pour l’an prochain, dans le cadre du dépôt du prochain budget.

« L’envergure du parc immobilier des cégeps et des universités explique le délai requis pour mener à terme un audit rigoureux et fiable » dans chacun de ces bâtiments, a justifié le ministère.

Il sera donc impossible de savoir, à temps pour la prochaine campagne électorale provinciale, si l’état des cégeps de la province s’est dégradé depuis 2024. Le bilan actuellement disponible fait état de 65 % d’immeubles du réseau collégial jugés en mauvais état. Ceux-ci nécessiteraient des investissements de 700,5 millions de dollars.

Un bilan qui ne s’est sans doute pas amélioré depuis, même si on ne le sait pas « de source sûre », a d’ailleurs prévenu mercredi le président de la Fédération des employées et employés de services publics, Frédéric Brun, en marge d’une conférence de presse à Montréal. « On n’a pas vu d’investissements dans les cégeps qui permettent de dire que ça a permis de freiner le fait que des infrastructures se détériorent. »