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Crue au Népal : le défi de la gestion des risques naturels

Le réchauffement climatique a probablement joué un rôle dans la crue catastrophique au Népal, mais le spécialiste des dangers naturels Michel Jaboyedoff, pointe aussi les faiblesses de l'État en matière d'aménagement du territoire et de surveillance scientifique.

Le gouvernement népalais insiste en parlant de la responsabilité du changement climatique, "ce qui n'est certainement pas faux, mais il enlève un petit peu sa responsabilité", indique Michel Jaboyedoff, géologue, spécialiste des dangers naturels, professeur à l'Institut des sciences de la Terre de l'Université de Lausanne.

"Le gouvernement est assez faible et n'impose pas beaucoup de règles, notamment du point de vue de la planification territoriale", développe l'expert dans l'émission Tout un monde de la RTS. "Il y a beaucoup de problèmes parce qu'on a vu qu'il y a beaucoup de maisons qui sont dans le lit de la rivière, en fond de vallée".

>> L'interview de MIchel Jaboyedoff dans Tout un monde :

Des crues soudaines ont frappé le Népal. [KEYSTONE/AP - DAR YASIN]KEYSTONE/AP - DAR YASIN

Après la crue meurtrière au Népal, comment prévenir le risque dans l'Himalaya? / Tout un monde / 8 min. / aujourd'hui à 08:12

"Le Népal doit se prendre en main. Il faudrait créer un centre de recherche népalais qui soit financé par l'extérieur. Mais il faut vraiment des moyens pour qu'on crée cette culture à la fois scientifique, technique et de communication vis-à-vis des populations", explique Michel Jaboyedoff.

Pour rappel, le désastre intervient presque un an jour pour jour après le soulèvement, réprimé dans le sang, de la jeunesse du pays contre la corruption, qui a précipité la chute du gouvernement précédent.

>> Lire à ce suje : L'ex-Premier ministre du Népal arrêté six mois après les manifestations meurtrières dans le pays et Le rappeur devenu maire de Katmandou remporte les élections législatives du Népal

Un territoire immense à surveiller

La prévention se heurte aussi à l'immensité de l'Himalaya - 600'000 km2 contre 25'000 km2 pour les Alpes suisses.

L'imagerie par satellite permet une surveillance périodique, mais il faut des investigations locales et mettre en place une cartographie de l'Himalaya pour identifier les zones à risques et "mettre des instruments là où c'est sensible". Or, cela demande beaucoup de moyens et "c'est quelque chose de très difficile", prévient le spécialiste des dangers naturels.

Appel à la justice climatique

De son côté, le gouvernement népalais attribue la responsabilité de la catastrophe au réchauffement de la planète, qui accélère la fonte des glaciers dans toute la chaîne de l'Himalaya. Le Premier ministre Balendra Shah s'exprimera ce mois-ci devant l'Assemblée générale annuelle des Nations unies à New York pour plaider la cause de la "justice climatique".

Le Népal réclame une compensation financière et fait notamment appel au tout nouveau Fonds de l’ONU pour pertes et dommages en lien avec le climat.

>> Les explications de Tout un monde sur la justice climatique :

Le Fonds pour les pertes et les dommages de l'ONU est un mécanisme de financement climatique créé en 2022 lors de la COP27. [Sweet Crude Report]Sweet Crude Report

Comment fonctionne la "justice climatique" réclamée par le Népal? / Tout un monde / 6 min. / aujourd'hui à 08:13

Propos recueillis par Eric Guevara-Frey

Adaptation web: cab

Une région très exposée au réchauffement

Selon une étude du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), une organisation qui s’occupe de développement durable dans les régions montagneuses de l’Hindou Kouch et de l’Himalaya, les quelque 56’000 glaciers de la région ont fondu à un rythme 65% plus élevé entre 2011 et 2020 qu’au cours de la décennie précédente. Ils pourraient perdre jusqu’à 80% de leur volume d’ici la fin du siècle.

La fonte des glaciers au Népal entraîne la formation de lacs proglaciaires. Il s’agit de bassins délimités par des barrages naturels constitués de glace ou de débris rocheux. Un glissement de terrain ou un tremblement de terre est susceptible de provoquer l’effondrement soudain de ces barrages, avec pour résultats des inondations (en anglais Glacial Lake Outburst Floods ou GLOF) et des dégâts dévastateurs pour les villages, les routes, les ponts, les centrales hydroélectriques et autres infrastructures.

Plus de 1400 morts

La crue meurtrière du 26 août, causée par l'effondrement d'un glacier et de roches, a fait au moins 1410 morts et 5651 disparus en Chine et au Népal. Dans le petit pays himalayen de 29 millions d'habitants, le mur d'eau, de glace et de débris qui a détruit plusieurs vallées de la région, a fait 1367 morts et 5132 personnes sont portées manquantes.

Miraculé après dix jours sous terre, l'ouvrier népalais Sanjay Sah espère encore retrouver des amis vivants

Le détachement de la masse de roche et de glace s'est produit à environ 5200 mètres sur la face nord du massif du Langtang Lirung. Les débris ont dévalé la montagne en empruntant la vallée de la rivière Lhende Khola, située environ 20 kilomètres en amont du poste-frontière de Gyirong/Rasuwagadhi, effaçant complètement la frontière sino-népalaise à cet endroit.

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