La Cour des comptes alerte : 100 millions d'euros dépensés par l'État pour Microsoft, des économies possibles avec des logiciels libres
l'essentiel Malgré ses ambitions de souveraineté numérique, l’État reste largement dépendant des logiciels de Microsoft. Dans un rapport, la Cour des comptes pointe une facture de 100 millions d’euros par an pour les outils bureautiques et collaboratifs des ministères et estime qu’un recours accru aux logiciels libres permettrait d’économiser jusqu’à 65 millions d’euros chaque année.
Parler de souveraineté numérique, c'est bien ; la mettre en pratique, c'est mieux. Et cela est d'autant plus vrai en ce qui concerne l'État. Telle est la vision de la Cour des comptes qui vient de publier un rapport sur "Les outils bureautiques et collaboratifs au sein de l'État". À la suite d'une campagne d’initiative citoyenne menée en septembre 2024 par l'institution de la rue Cambon, celle-ci s'est intéressée aux suites bureautiques (traitement de texte, tableur, supports de présentation) et aux logiciels collaboratifs (messageries électroniques ou instantanées, visioconférences, partages de documents, etc.) dans les administrations centrales et déconcentrées de l’État. Ce qui représente rien moins que 860 000 postes de travail informatique.
Si l'étude ne couvre pas les opérateurs de l’État, ni les autres administrations publiques (organismes de sécurité sociale, hôpitaux et collectivités territoriales), elle dresse un état des lieux inédit des pratiques et des dépenses en matière d’outils bureautiques et collaboratifs et rappelle "la nécessité de fixer une stratégie plus ambitieuse vers des logiciels libres, gages d’économies budgétaires et de souveraineté numérique".
Car c'est bien là tout l'intérêt de pouvoir urgemment concilier indépendance numérique par rapport aux géants du logiciel américains comme Microsoft et économies budgétaires.
Microsoft Office règne presque sans partage
Premier constat : malgré la liberté laissée aux ministères pour choisir leurs équipements, Microsoft Office règne presque sans partage dans l'administration. La Culture et les Affaires sociales ont même généralisé Microsoft 365 dans le cloud. Matignon ne tolère pourtant ce choix qu'à titre temporaire, au nom de la souveraineté.
Cette dépendance à l'éditeur américain a un prix élevé selon la Cour. En 2025, les outils bureautiques et collaboratifs ont ainsi coûté quelque 100 millions d'euros, soit 50 % de plus qu'en 2021. Sur cette somme, 61 millions ont été consacrés aux licences logicielles, dont les quatre cinquièmes à Microsoft. S'y ajoutent 26 millions de prestations et 13 millions de dépenses de personnel. Des chiffres estimatifs, faute d'un suivi comptable rigoureux.
L'exemple de la Gendarmerie et de la Direction générale des finances publiques
Sur la période 2021-2025, la dépense annuelle moyenne atteint 378 euros par poste à la Culture, contre seulement 20 euros à l'Intérieur. Un écart de un à dix-neuf, lié notamment aux logiciels libres. La Gendarmerie et la Direction générale des finances publiques ont abandonné les suites sous licences payantes. Et la satisfaction des utilisateurs est, selon la Cour, globalement identique avec les logiciels libres et les solutions propriétaires. De quoi relativiser la prétendue supériorité de Microsoft.
L'État n'est d'ailleurs pas dépourvu d'alternatives. Depuis 2021, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) développe "La Suite", ensemble d'outils collaboratifs libres : Tchap pour les messages instantanés, Visio pour les réunions à distance, France Transfert pour les fichiers, auxquels s'ajoutent d'autres modules. Leur développement a coûté environ 40 millions d'euros. La Cour des comptes salue ces progrès, mais regrette le recours excessif aux freelances et le manque d'implication des entreprises françaises.
Comment changer d'échelle et faire des économies
Reste maintenant à changer d'échelle. Un recours plus systématique aux suites bureautiques libres installées sur les infrastructures publiques permettrait, selon la Cour, d'économiser entre 30 et 65 millions d'euros par an. À terme, choisir une alternative libre dans le cloud plutôt que Microsoft 365 ou l'offre Bleu pourrait éviter jusqu'à 130 millions d'euros de dépenses supplémentaires annuelles. Ces scénarios sont distincts et la transition ne sera ni immédiate ni gratuite.
Les Sages de la rue Cambon recommandent donc d'engager dès 2027 une stratégie commune à tous les ministères, avec un plan de migration vers des outils libres en cloud sur trois à quatre ans au maximum.