La Communauté Historia introduit un recours auprès du Conseil d'État après un permis autorisant une démolition à Enghien
La bataille autour de l'ancien hôtel de maître du n° 5 de la rue du Doyen à Enghien prend une tournure judiciaire. Ce lundi 12 octobre, l'ASBL Communauté Historia et des riverains ont saisi le Conseil d'État pour demander la suspension en extrême urgence et l'annulation du permis délivré le 10 septembre dernier. Celui-ci autorise la démolition de la demeure et la construction de 33 logements. Selon le communiqué de l'association, le promoteur aurait annoncé à la Ville une démolition dès ce mercredi 14 octobre. Les requérants entendent donc faire suspendre le permis avant que le bâtiment ne disparaisse.
Au cœur du recours : la valeur patrimoniale de cette demeure, que la Ville aurait, selon Historia, réduite à un "chancre urbain". L'association rappelle que le noyau du bâtiment remonterait au XVIIe siècle et qu'il conserve plusieurs éléments remarquables, dont un escalier d'honneur à balustres, des plafonds de stuc, une porte Louis XV et une charpente en chêne. La Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles la juge "parfaitement restaurable", tandis que l'Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) souligne ses "qualités patrimoniales indéniables".
L'ASBL conteste également les arguments avancés pour justifier la démolition, notamment la présence d'amiante, de mérule et les problèmes de stabilité. L'association relève que l'étude de stabilité du promoteur ne constaterait aucun défaut structurel majeur et estime que les dégâts seraient notamment liés à un chéneau bouché.
L'avis de l'AWaP au centre du recours
Autre grief : l'avis de l'Agence wallonne du Patrimoine. Selon Communauté Historia, celui-ci était obligatoire, puisque le bâtiment figure à l'inventaire du patrimoine. Rendu le 10 juin, il aurait été défavorable et assorti de conditions, notamment l'enregistrement des caves avant toute démolition et une évaluation archéologique de la parcelle. Or, dénonce l'association, cet avis est renseigné comme non transmis dans le dossier de permis et ses conditions n'y figurent pas. L'association s'interroge également sur les règles urbanistiques appliquées au centre ancien d'Enghien, protégé depuis 1976.
La conservation de certains éléments ne convainc pas davantage les opposants. Selon Communauté Historia, il est prévu de réutiliser la porte dans un mur et les cheminées pour l'aménagement des boîtes aux lettres. Pour l'association, ces éléments ne suffisent pas à préserver l'intérêt architectural du bâtiment. Avant d'engager la procédure, l'ASBL affirme avoir proposé au promoteur de conserver le corps central de la demeure et d'étudier un projet conciliant restauration, architecture contemporaine et logements. L'association dit n'avoir reçu aucune réponse. Le Conseil d'État devra donc désormais examiner les demandes introduites.
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