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La chasse aux champignons, l'appel des sous-bois

Alicia Dorey 24/10/2026 à 02:00, Mis à jour le 24/10/2026 à 02:01

La cueillette sauvage gagne les familles en quête d’une échappée ludique et savoureuse en pleine nature. Pharmacien et mycologue, Jean-Baptiste Cokelaer en a fait une philosophie, tout en rappelant les règles d’un jeu qui ne pardonne pas l’approximation.

Si l’expression « aller aux champignons » réveillera chez certains de tendres souvenirs d’enfance de balades au milieu des bois, voilà bien un loisir qui aurait pu basculer dans l’oubli – en raison de l’absence de transmission d’un savoir qui ne laisse aucune place à l’improvisation, risque léthal oblige. Contre toute attente, la cueillette sauvage, popularisée par quelques chefs et répondant à un besoin accru de déconnexion, fait à nouveau des émules auprès des nouvelles générations.

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« Cueillir des champignons reste une activité qui n’est pas soumise à l’intelligence artificielle, ­faisant appel à tous nos sens », affirme Jean-Baptiste Cokelaer, pharmacien passionné de mycologie et organisateur de cueillettes auprès du grand public. Certaines applications de reconnaissance vendent toutefois la promesse d’identifier un cèpe à partir d’une simple photo, mais l’expert n’y croit qu’à moitié : « Pour nommer les choses et satisfaire sa curiosité, pourquoi pas. Pour consommer, c’est encore trop utopique. » Et pour cause : la couleur réelle, l’odeur et le velours d’un chapeau échappent encore au règne de l’écran.

Tradition et douceur de vivre

C’est un herbier imposé par un profes­seur qui a créé le déclic chez Jean-Baptiste Cokelaer. Puis vient l’officine, où il renoue avec une tradition qui s’étiole, celle du pharmacien capable d’identifier une cueillette. Mais les bois ne s’improvisent pas : « Il n’y a pas d’autodidacte en matière de champignons. » Partir seul, un guide sous le bras, est la première erreur à ne jamais commettre. Mieux vaut rejoindre une société mycologique, faire valider chaque panier, prévenir ses proches avant de s’éloigner ainsi que vérifier la météo et la saison.

À la maison, la patience devient l’ennemie, avec un organisme vivant qui « continue de vivre dans le panier. Brossez-le au lieu de le laver, parez-le au couteau, et ne l’oubliez jamais au réfrigérateur ». La cuisson aussi est décisive, notamment pour la morille, toxique lorsque consommée crue. Reste l’essentiel, qu’aucun algorithme n’est aujourd’hui en mesure d’offrir : « Même lorsque l’on ne trouve rien, quoi de mieux que de se promener en forêt, d’apprendre des choses et de redevenir humain. Il y a des règles, mais surtout du bonheur à partager. »

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Passionné de botanique, le pharmacien Jean-Baptiste Cokelaer nous invite avec son ouvrage de 360 pages à la cueillette.

© Les Éditions de La Martinière

La tartine de champignons au beurre miso et noisettes de Florent Ladeyn

« La cueillette est l’un des rares moments où je suis seul. C’est un vrai luxe », raconte le chef flamand. Elle le ramène à sa forêt de prédilection, celle des pique-niques en famille d’il y a trente ans.

Pour 2 personnes

Couper 250 g de champignons sauvages comestibles et les cuire 20 minutes dans un filet d’huile, à feu moyen, jusqu’à légère coloration (ajouter un fond d’eau s’ils accrochent). Pendant ce temps, griller 2 grandes tranches de pain au levain et torréfier à sec 1 poignée de noisettes concassées. Mélanger 20 g de beurre ramolli et 1 cuillère à café de miso blanc, puis l’ajouter aux champignons avec 1 petite gousse d’ail hachée 2 minutes à feu doux. Dresser sur le pain, parsemer de noisettes, et de persil ou de ciboulette, selon les goûts. Inutile de saler, le miso s’en charge.

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Florent Ladeyn, le chef de l'Auberge du Vert Mont à Boeschepe, restaurant étoilé Michelin, du Bloempot et du Bierbuik-Bloemeke à Lille.

© DR

Les cèpes de Sologne rôtis, brebis et sabayon des sous-bois de Christophe Hay
Le chef de Fleur de Loire cueille en Sologne depuis l’enfance. « La cueillette nous apprend à respecter le rythme de la nature et à prendre ce qu’elle nous offre. » Cèpes, girolles… « Chaque champignon a sa personnalité et raconte quelque chose de son terroir. »

Pour 8 personnes
Couper 4 cèpes bouchons en deux. En tailler 3 autres en dés, les faire tomber dans 20 g de beurre avec une gousse d’ail, ajouter du cerfeuil et de la ciboulette. Garder un cèpe pour les copeaux.
Pour le sabayon, monter 3 jaunes d’œufs, 1 c. à soupe de jus de champignons réduit et du sel à feu doux, incorporer 120 g de beurre clarifié hors du feu, finir avec 1 c. à soupe de crème, 0,5 c. à café de miel, 1 c. à café de vinaigre de vin rouge et du poivre. Rôtir les demi-cèpes au beurre noisette, dresser sur la duxelles (hachis de champignons) avec les copeaux crus et le sabayon, et râper 50 g de fromage de brebis sec.

La daube de cèpes à la mode landaise d’Hélène Darroze
Cette recette divisait ses grands-mères : Louise la voulait au vin blanc sec, Charlotte au moelleux. La cheffe de Marsan se souvient : « Cette gentille querelle nous a parfois fait rire aux larmes. »

Pour 6 personnes
Nettoyer 1 kg de cèpes, hacher les queues, couper les têtes en gros morceaux. Faire revenir 6 échalotes ciselées et 200 g de jambon de pays haché dans 60 g de graisse de canard. Ajouter 2 gousses d’ail puis les queues de cèpes, et laisser compoter 10 minutes. Mouiller avec 75 cl de vin blanc sec (ou moelleux, selon les goûts), ajouter 1 bouquet garni, et réduire de moitié. Pendant ce temps, dorer les têtes de cèpes à la poêle, les agrémenter avec du sel et du piment d’Espelette. Verser 1 l de bouillon de volaille dans la cocotte, ajouter les cèpes rôtis et cuire près d’une heure à feu doux.

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La daube de cèpes de la cheffe Hélène Darroze.

© DR

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