L'oeil de la rédaction. L’édito. Écouter nos cœurs battre
Rédacteur en chef d'un jour, en marge de sa venue au Livre sur la Place de Nancy, l'écrivain Philippe Besson a commenté l'actualité de ce jeudi et offert son regard décalé : intimiste sur ses origines, piquant sur la politique, indifférent sur les thématiques de la musique classique ou du jazz. C'est un Philippe Besson méconnu qui s'est livré à nos journalistes, et qui nous confie ici, sa réflexion dans son édito.
Philippe Besson -
Hier à 21:44
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Résumons ce début de campagne présidentielle : Édouard Philippe s’est montré en train de préparer et de servir des frites pour espérer faire plus « proche des gens », Gabriel Attal effectue une tournée des bistrots, une bière à la main, pour la même raison, Marine Le Pen a proposé de geler les taxes sur le tabac qui tue, Jean-Luc Mélenchon a jugé urgent de permettre que des fillettes puissent porter de nouveau l’abaya à l’école, Éric Zemmour a regardé sa compagne Sarah Knafo lui voler la vedette dans une surenchère de populisme, et François Hollande a saturé l’espace médiatique tout en expliquant qu’il n’était pas candidat. Je vous rassure : aucun de ceux-là n’a parlé culture, absolument aucun n’a rappelé combien elle nous rend plus libres, plus éclairés, plus sensibles, combien elle crée du lien et enrichit nos vies. Cela ne doit pas les intéresser – du reste, leurs subsides ressemblent de plus en plus à une pièce jetée dans une soucoupe – ou pire, ils pensent que cela n’intéresse plus personne.
Une fenêtre ouverte
Il nous revient donc de leur démontrer chaque jour qu’ils se trompent. Pour cela, entrons dans un musée pour y être éblouis, poussons la porte d’une librairie pour humer les pages d’un livre, installons-nous dans une salle obscure pour écouter nos cœurs battre et nos consciences se réveiller, laissons-nous porter par une musique. De ce point de vue, le Livre sur la Place, dont la 48e édition s’ouvre ce vendredi à Nancy, contribuera, modestement et magnifiquement, à cette grâce puisque, trois jours durant, nous aurons la chance d’approcher la diversité de la création, d’entendre des penseurs de la transmission et de la réconciliation, de questionner les préjugés, nous regarderons le monde à travers une fenêtre ouverte. Avant d’aller, pourquoi pas, déguster des frites, car l’un n’empêche pas l’autre.