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L’objectif de « zéro enfant à la rue » est un échec, leur nombre a augmenté de 42 % depuis 2022

Quatre ans après la promesse « zéro enfant à la rue » faite par le gouvernement d’Emmanuel Macron, le nombre de mineurs sans logement fixe est en constante augmentation : + 42 % depuis 2022, + 9% depuis l’année dernière.

Quatre ans après la promesse « zéro enfant à la rue » faite par le gouvernement d’Emmanuel Macron, le nombre de mineurs sans logement fixe est en constante augmentation : + 42 % depuis 2022, + 9% depuis l’année dernière.  UMIT DONMEZ / ANADOLU VIA AFP

Dans la nuit du 18 au 19 août 2026, 2 355 enfants sont restés sans hébergement après un appel au 115, le numéro d’urgence destiné aux personnes sans abri. Une soirée banale, qui sert de valeur étalon au 8e baromètre annuel que l’Unicef consacre aux « enfants à la rue ». Saturé, l’hébergement d’urgence ne plus répondre aux besoins des familles, alors que dans le même temps, la pénurie de logements abordables bloque les sorties, dénonce l’association, qui rappelle qu’enseignants, parents d’élèves et bénévoles colmatent les brèches, jusqu’à l’épuisement.

A 14 ans, Era connaît le poids concret de cette défaillance. Elle a raconté son histoire à la conférence de presse de l’Unicef qui s’est tenue ce mercredi 26 août. Après avoir quitté un pays d’Europe de l’Est qu’elle préfère ne pas nommer, elle est arrivée à Lyon il y a deux ans, avec ses parents et ses deux sœurs. Elle a un temps été accueillie par des proches, avant que la famille ne se retrouve à la rue. Durant plusieurs mois, l’école a été leur refuge nocturne. Il fallait partir tôt le matin et revenir tard, pour attendre qu’une personne ouvre le bâtiment pour se doucher et partager un unique matelas.

Son récit reflète l’échec de l’Etat sur ces dix dernières années. Parmi les enfants laissés sans solution, 514 ont moins de trois ans et 173 moins d’un an. Quatre ans après la promesse « zéro enfant à la rue » faite par le gouvernement d’Emmanuel Macron, le nombre de mineurs sans logement fixe est au contraire en constante augmentation : +42 % depuis 2022, +9 % depuis l’année dernière.

26 000 enfants vivent dans des hôtels inadaptés

Les conséquences commencent avant la naissance. Selon une étude du Samu Social de Paris, une femme enceinte sans logement peut connaître jusqu’à 36 lieux de vie entre le début de sa grossesse et les premières semaines du bébé. Résultat : la mortalité néonatale est huit fois supérieure à la moyenne nationale. Toutefois, le recensement reste incomplet : il écarte les familles qui n’appellent plus le 115, celles vivant en squat ou en bidonville, ainsi que de nombreux mineurs non accompagnés. Dormir dehors n’est que la forme la plus visible de la crise. Plus de 26 000 enfants vivent avec leur famille à l’hôtel, souvent sans cuisine, ni espace pour travailler. Les déménagements successifs entraînent chez ces jeunes fatigue, isolement et ruptures scolaires ou médicales.

À Lyon, le collectif Jamais sans toit, collectif de parents et d’enseignants venant en aide aux sans-abris, recensait 386 enfants sans hébergement, dont 24 bébés, contre 113 en 2022. Cette année, 147 élèves ont dormi dans des établissements occupés. Cagnottes et ventes de gâteaux ont rapporté plus de 103 000 euros pour financer hôtels et nourriture. « Mais ce n’est pas notre rôle ! », rappellent les parents mobilisés.

L’Éducation nationale répond aux collectifs et associations que l’hébergement ne relève pas de sa compétence. Une frontière difficilement tenable quand l’élève arrive après une nuit dans une voiture, un gymnase ou une école. Comment apprendre sans sommeil et nouer des liens lorsque chaque journée commence par la recherche d’un abri ? Les associations demandent à l’institution de protéger ses élèves au-delà des murs scolaires.

Une crise du logement aiguë

Pour Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité, cette impasse résulte de choix politiques. Le parc national d’hébergement d’urgence – les places financées par l’Etat, stabilisé autour de 203 000 places – reste insuffisant et pourrait en perdre 10 000 faute de crédits. Les structures ont reçu tardivement des budgets en baisse, jusqu’à 10 % à Paris et en Île-de-France. Confrontées à l’inflation et à des besoins croissants, certaines réduisent leur activité et l’on demande aux travailleurs sociaux d’interrompre les suivis et de remettre des personnes dehors.

Cette saturation vient surtout du manque d’habitations accessibles. Près de 330 000 personnes sont sans domicile et 2,9 millions de ménages attendent un logement social. La construction aidée a reculé, tandis que 30 500 expulsions locatives avec le concours de la force publique ont été enregistrées en 2025, un record. Les avancées du plan Logement d’abord, qui installe les sans-abri dans un domicile stable plutôt que de prolonger l’urgence, n’ont pas compensé ce repli.

L’Unicef et la FAS réclament le maintien des 203 000 places, puis la création de 10 000 autres, dont 2 500 pour les femmes enceintes ou sortant de maternité. Elles demandent aussi un budget 2027 « sincère », calculé dès le départ selon les dépenses réelles, davantage de logements très sociaux, aux loyers les plus faibles. Et un plan pour les territoires ultramarins comme Mayotte et la Guyane, plus durement touchés.

Par  Cyriaque de Laage