L’impasse étatiste
Dette, impôts, normes, travail, réindustrialisation, Europe… Du grand débat des candidats à la présidentielle organisé par le Medef, une ligne de fracture très claire a émergé : les étatistes et les autres.
Côté étatistes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, bien sûr. « L’économie n’est pas hors sol, elle s’inscrit dans l’histoire d’un pays, l’identité économique de la France, qui s’appuie sur les entreprises, la nation, elle s’appuie sur l’État », a commencé la candidate RN. Un État qui aurait un rôle essentiel : « créer l’environnement le plus favorable à la création de richesse ».
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Alors oui, Marine Le Pen a montré devant les chefs d’entreprise réunis à Roland-Garros son meilleur visage pro-business. Réduire le train de vie de l’État. Instaurer une règle d’or budgétaire. Mais tout en promettant de revenir sur les retraites, pour un coût estimé par son propre camp à 9 milliards d’euros à terme. Autrement dit : réduire les dépenses, sauf quand il faut vraiment les réduire.
« Je crois à l’État, au retour de l’État »
Jean-Luc Mélenchon, lui, ne prend même pas cette précaution. « Je crois à l’État, au retour de l’État », a-t-il lancé, assurant très sérieusement que notre dépense publique était « dans la moyenne » des pays développés et que « si nous supprimons toutes les aides aux entreprises, il n’y a plus de déficit de l’État ».
La réalité est exactement inverse. En 2025, la dépense publique française a atteint 57,3 % du PIB. Les prélèvements obligatoires, 43,6 %. La dette, 115,7 %. Et malgré cette formidable machine à prélever et dépenser, le déficit atteint encore 5,1 % du PIB. Voilà l’impasse étatiste résumée en quatre chiffres : nous taxons beaucoup, nous dépensons davantage encore, nous empruntons la différence et, à chaque nouvelle crise, nous concluons qu’il faudrait… encore plus d’État.
Et contrairement à ce qu’affirme Jean-Luc Mélenchon, la France est tout sauf dans la moyenne : en 2024, ses dépenses publiques dépassaient de 7,5 points de PIB la moyenne de la zone euro.
Le problème est que ce logiciel n’est pas seulement celui des extrêmes. Face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal ou Bruno Retailleau portent, à des degrés divers, l’héritage de quarante ans durant lesquels droite, gauche et centre ont renoncé à remettre sérieusement en cause le périmètre de l’État.
L'Etat français n'a pas maigri depuis 2017, il s'est encore épaissi
Le macronisme en est la dernière illustration. Il a libéralisé à la marge : PFU, réforme du marché du travail, baisse de l’impôt sur les sociétés. Mais il a étatisé en grand : quoi qu’il en coûte, chèques, boucliers, subventions, planification. Au bout de neuf ans, l’État français n’a pas maigri. Il s’est encore épaissi.
Et surtout dans le social. La France consacre aujourd’hui 30,6 % de son PIB aux dépenses sociales publiques, contre 21,2 % en moyenne dans l’OCDE. C’est là que doit se produire la vraie rupture. Une rupture libérale.
Non pas supprimer l’État. Le recentrer. Cesser de lui demander de produire, subventionner, orienter, protéger de tout, compenser tout, réglementer tout. Un État libéral n’est pas un État faible. C’est au contraire un État qui retrouve de la force parce qu’il cesse de se disperser. Un État concentré sur ce que lui seul peut faire : la sécurité, la justice, la défense, la diplomatie, les frontières, la garantie des règles du jeu.
Et pour le reste, rendre de l’air à la société. Moins de dépenses. Moins de prélèvements. Moins de normes. Un système social qui protège ceux qui en ont réellement besoin sans décourager le travail, l’épargne et la responsabilité. Des entreprises que l’on commence par moins taxer au lieu de les surtaxer pour ensuite se féliciter de les « aider ».
La France n’a pas besoin du « retour de l’État ». Il n’est jamais parti. Il faudrait simplement qu’il apprenne enfin où s’arrêter.
Raphaël Legendre