"L'IA oubliez la pour la randonnée" : le verdict sans appel des guides de montagne
Refuges inexistants, dénivelés invisibles, kilomètres fantaisistes. Les experts de la montagne sont clairs : l'IA n'est pas un outil adapté à la préparation d'une randonnée...
Fin juillet, un agent du parc national des Pyrénées accueille deux randonneuses épuisées et complètement perdues. La raison de leur détresse ? Leur itinéraire, généré par ChatGPT, était entièrement faux. Elles ne se trouvaient même pas dans la bonne vallée.
« Rien n'était au bon endroit, les temps de marche ne collaient pas. Tout est faux » résume simplement l'agent. Cet été, Julien Vignasse, responsable de secteur au parc, a dû remettre sur le droit chemin une trentaine de personnes dont les cartes IA ne menaient nulle part.
Refuges fantômes et dénivelés invisibles
Jonathan, ingénieur toulousain de 45 ans, a frôlé la même mésaventure. En préparant sa randonnée dans les Vosges avec Mistral, il a découvert que l'IA lui suggérait des refuges inexistants, situés sur des cols qui n'existaient que dans les hallucinations de l'algorithme.
Quelques mois plus tard, il retente l'expérience avec un itinéraire plus simple, en vacances avec son fils. Il demande à Mistral de ne pas excéder 12 kilomètres par jour. L'IA accepte… mais le résultat affiche 27 kilomètres par étape. Même sur les bords de Loire, cela ne fonctionne pas.
Le grand problème : les IA génératives sont mauvaises pour la montagne. Elles peinent à prendre en compte la difficulté du terrain, le dénivelé, ou à convertir correctement des kilomètres en heures de marche. Elles hallucinent, tout simplement.
Le message des guides : oubliez votre téléphone
François-Eric Cormier, accompagnateur en montagne et membre de la compagnie des guides de Chamonix, a un conseil simple et basique : « L'IA, on l'oublie pour la randonnée et la préparation de la randonnée. Surtout pour la génération de cartes. Ça ne fonctionne pas. C'est se mettre en danger. »
Au-delà de la sécurité, il observe une tendance plus large depuis une décennie : les randonneurs marchent le nez sur leur téléphone. Ils ne lèvent plus la tête. Ils ne voient pas les bouquetins à droite, pas le gypaète barbu à gauche, ces magnifiques vautours des Alpes dont la touffe de plumes sous le bec ressemble à une barbe noire.
Quel dommage, vraiment, de parcourir les montagnes sans les voir.