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L'IA envahit le web moins vite que prévu : une page sur dix porterait sa trace

Un mot sur la méthode, parce qu'il conditionne la lecture des résultats. Open Pangram fonctionne comme un radar à tournures de phrases : il repère les motifs statistiques typiques des grands modèles de langage, sans jamais fournir de preuve formelle (d'où le conditionnel de rigueur, un texte humain très lissé pouvant déclencher l'alarme). L'échantillon se limite par ailleurs à l'anglais, ce qui laisse la question entière pour le web francophone.

Des comptages qui divergent, une tendance qui converge

Difficile de tirer des conclusions car, au-delà du focus porté sur le web anglophone, l'étude vient se poser aux côtés d'autres observations qui semblent toutes se contredire. Une analyse de la société Graphite créditait l'IA de 52 % du contenu écrit publié en ligne, un seuil symbolique dont nous avions détaillé les limites. Des chercheurs de Stanford et de l'Imperial College évaluaient de leur côté à 35 % la part des nouveaux sites générés ou assistés par IA à la mi-2025. Les périmètres diffèrent (contenu, sites, pages), les détecteurs aussi, et chaque équipe mesure au fond un morceau différent du même phénomène.

Sur la ligne du temps, le contraste le plus parlant reste celui d'Europol. L'agence européenne avançait en 2022 que jusqu'à 90 % du contenu en ligne pourrait être d'origine synthétique dès 2026 ; à l'échéance, le comptage du Pew en trouve neuf fois moins. La prophétie du web fantôme attendra, même si la pente reste raide : une page récente sur trois, contre une sur dix toutes époques confondues. Côté français, la bataille se joue déjà moins sur les pourcentages que sur les revenus, puisque les éditeurs de presse ont saisi l'Autorité de la concurrence contre les résumés dopés à l'IA de Google. La prose synthétique redessine l'économie du web avant même de le dominer, pendant que l'AI Act européen impose de son côté ses premières obligations de transparence sur les contenus générés.