L’hôpital psychiatrique peut être un lieu de soins, de vie et d’apprentissage : à Nice, des étudiants en soins infirmiers et aides-soignants se forment dans l’enceinte de Sainte-Marie
Les étudiants se mêlent désormais aux soignants, aux patients et aux familles au centre hospitalier psychiatrique Sainte-Marie. L’établissement a réalisé des travaux pour rapatrier son IFSI-IFAS (Institut de formation aux soins infirmiers - Institut de formation des aides-soignants) de La Gaude dans son bâtiment séculaire de l’avenue Joseph-Raybaud de Nice.
Un retour aux sources, car il y était il y a une quinzaine d’années, mais il avait fallu le déménager à l’époque faute de place. Or, de l’espace a été récupéré sur le site à la faveur du projet de reconstruction, en cours, et dont la phase 2 - la dernière - s’achèvera en 2028.
La première rentrée des futurs soignants s’est étalée, selon les niveaux, au cours du mois de septembre 2026. Certains s’interrogeaient, à l’instar de Karim, qui raconte en toute honnêteté : « Franchement, oui, j’avais de l’appréhension, comme beaucoup d’autres camarades. Il y a un côté oppressant voire effrayant à l’idée de venir dans un hôpital psychiatrique. Mais je me suis immédiatement rendu compte que c’étaient des idées préconçues : on a une image totalement erronée de cette discipline et de ce lieu. Le fait d’avoir la possibilité de s’y confronter est très intéressant. »
Mateo, quant à lui, ne sait pas s’il travaillera dans le secteur à l’issue de sa formation, mais il admet qu’il n’aura « pas de crainte à y exercer, parce que j’aurais eu l’occasion de côtoyer médecins et malades pendant mon cursus ».
4 millions d’euros d’investissement
C’est justement l’une des raisons qui ont poussé Sainte-Marie à remettre dans ses murs l’IFSI-IFAS. « Il y a deux enjeux majeurs qui tournent autour de la déstigmatisation. D’abord, que les étudiants n’aient pas peur de s’intéresser à la psychiatrie, ne serait-ce que pour un stage. Ensuite, que nos patients et leurs familles voient que l’hôpital est ouvert sur l’extérieur, que c’est un lieu de vie et d’apprentissage. Le mélange de générations et de populations enrichit tout le monde, remarque Virginie Mouraret, directrice du CH Sainte-Marie Alpes-Maritimes. Nous avons reçu quelques appels de parents que nous avons rassurés et à qui nous avons proposé de venir pour voir les lieux. »
Emma Valles / Nice-matin
Sur un plan technique, l’établissement a investi 4 millions d’euros pour adapter les 2500 m2. « C’était un vrai tour de force. Il a fallu transformer d’anciens services de soins en salles de cours, de travaux pratiques, en amphithéâtres, commente Philippe Brunetto, directeur des services généraux. Les locaux datent de 1860, il a fallu les moderniser et les modifier radicalement. »
Un mannequin connecté à 80 000 euros
« Les parties cours et pratiques sont sur trois niveaux différents, ajoute la directrice des instituts, Magali Sanial. Nous avons investi dans du matériel technologique, de nouveaux ordinateurs, tableaux interactifs, etc. Et surtout, nous avons équipé une salle de simulation avec un mannequin connecté [un investissement de 80.000 euros]. Cet équipement permet aux étudiants de s’exercer, de répéter les gestes techniques afin d’être préparés lorsqu’ils seront en stage. Depuis la régie, dans la pièce mitoyenne, les formateurs préparent un scénario, paramètrent tout et grâce à une caméra et des micros ils peuvent enregistrer les réactions de chacun afin de débriefer dans un deuxième temps. »
Dans les autres salles de travaux pratiques, d’autres mannequins, basiques cette fois-ci qui vont servir, là encore, pour faire des exercices : comment soulever une personne, comment l’installer sur un fauteuil, où se placer lors des soins, etc.
Près de 500 étudiants
« Nous accueillons 491 étudiants au sein de l’IFSI-IFAS qui sont encadrés par 17 formateurs, indique la directrice. Les médecins de l’hôpital peuvent aussi intervenir sur des sujets spécifiques. »
« Nous dispensons un enseignement général, ajoute Virginie Mouraret. Mais évidemment, nous continuerons d’accueillir des stagiaires sur site, dans l’hôpital. Nous considérons que c’est un atout, encore une fois, pour leur faire découvrir la psychiatrie. Voire pour susciter des vocations. »