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L'évêque de Namur à la Septennale de Fosses-la-Ville : "saint Feuillen a été un porte-voix et un missionnaire de la "bonne nouvelle"

En jambes, l'évêque de Namur, ne redoutant pas de mouiller sa robe. Avant de faire sa joyeuse entrée dans la collégiale de Fosses, Mgr Fabien Lejeusne avait cheminé à la suite de Gertrude et de sa Marche. Au départ de l'église de Le Roux, une procession inédite d'environ sept kilomètres sous le soleil, juste derrière les "Charlotte" qui ont assuré le ravitaillement. Entrée remarquée donc, d'un homme qui semble vouloir vivre l'événement au plus près, à savoir le 1400 e anniversaire de la naissance de Gertrude de Nivelles, à entame de la Saint-Feuillen.

Au moment d'ouvrir cette messe pontificale, il a pleinement goûté au phénomène des marches folkloriques de l'Entre-Sambre et Meuse, il a vu les cantinières oeuvrer plus qu'à leur tour. Il a admiré le faste de ces cortèges chatoyants qui repeignent chaque été ces jolies contrées rurales. Sa présence là, à Le Roux, puis Fosses, il ne l'aurait jamais cru possible encore un an plus tôt. Il se fait que son ordination à la tête du diocèse de Namur-Luxembourg, en décembre, a précédé de quelques mois l'ouverture de l'année septennale à Fosses. Un coup de bol assurément.

A l'heure où son patron Léon XIV descendait les Champs Elysée à Paris, lui marchait derrière Gertrude, sur le bitume, et se familiarisait aux joies du folklore. Folklore? On va voir qu'il ne considère pas ces marches comme folklorique, hormis peut-être les costumes qui les habillent de pied en cape.

A l'autel de la collégiale, le nouvel évêque a prend plein les yeux l'éclat des armes de la paix, l'embonpoint des drapeaux chargés de médailles, l'extravagance des coiffes napoléoniennes.

Il est présent pour donner du coffre, du souffle et du sens à l'événement septennal. Dans son homélie, l'évêque de Namur s'arrête moins sur la figure figée du saint que sur l'homme en mouvement, le moine irlandais, celui qui, au péril de sa vie, n'écoutant que sa foi ardente, a quitté sa terre natale et franchi les mers pour apporter la sainte Trinité au-delà des frontières.

Feuillen, ce disciple et ce porte-voix

"Saint Feuillen a pris cette mission et son exigence à la lettre, tel un disciple. Annoncer l'Evangile, et l'existence d'un ressuscité, s'est imposé à lui. Ce fut plus fort que lui. Il a été un missionnaire de l'Évangile. D'abord, un disciple, parce qu'il vit de la vie même du Christ, ensuite un missionnaire parce que, sur la recommandation du Christ même, il traverse les frontières, les mers pour annoncer cette bonne nouvelle."

Pour l'évêque de Namur, le fait que Feuillen ait payé de sa propre vie le fait de prendre au sérieux ce commandement que le Christ donne à ses disciples (allez par toute la Terre annoncer cette bonne nouvelle, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit) permettent de comprendre la dévotion que lui vouent les Fossois.

"Ce n'est pas une promenade de santé que d'être chrétien. Vous qui marchez depuis je ne sais combien de temps sur cette terre, vous le savez : se mettre à la suite du Christ et, aujourd'hui, à la suite de sainte Gertrude et de saint Feuillen, ce n'est pas simple, ce n'est pas reposant, et ça fait mal aux pieds." Rires dans l'assistance.

"Nos marches ne sont pas du folklore, elles sont le fruit du don de la vie de saint Feuillen" L'évêque de Namur, Mgr Fabien Lejeusne

Un sourire traverse l'assemblée lorsque Fabien Lejeusne évoque les ravitaillements de la journée.

L'évêque édifie l'assemblée conquise aux deux conditions nécessaires pour annoncer cette bonne nouvelle: "Il faut un missionnaire, un porte-voix, et il faut une terre hospitalière. L'hospitalité de (la future) sainte Gertrude a fait que Feuillen n'a pas traversé les mers en vain. Si nous sommes là ce soir, c'est que sa mission a porté du fruit. Nos marches ne sont pas du folklore, elles sont le fruit du don de la vie de saint Feuillen, qui s'appuie lui même sur le don de la vie du Christ même " dit-il, non sans humour.

Une terre hospitalière

Pour l'évêque, Gertrude, sa mère Itte et Grimoald 1er, qui fut maire du palais du royaume mérovingien d'Austrasie, de 643 à 657, sont les figures de l'hospitalité sans lesquelles le voyage de Feuillen serait demeuré sans lendemain.

Au VIIe siècle, quand Feuillen et ses compagnons de route débarquent sur le continent, nous sommes dans une Gaule post-romaine, au temps des royaumes mérovingiens. C'est dans ce monde-là, hostile et violent, où prévaut la loi du plus fort, que les chemins de Feuillen et de Gertrude se sont croisés.

"On a beau annoncer l'Évangile, il faut des âmes, des oreilles, des cœurs, et une intelligence pour recueillir cette bonne nouvelle (...) et, grâce à Feuillen et Gertrude, vous êtes là, nous sommes là, fruits de cette annonce de l'Evangile."

Dans les rues étroites de Fosses, les marcheurs se sont élancés à la lueur des flambeaux.
Dans les rues étroites de Fosses, les marcheurs se sont élancés à la lueur des flambeaux. ©Pierre Wiame

La phrase prend une résonance particulière dans cette collégiale où, quatorze siècles plus tard, la mémoire de cette rencontre entre un moine irlandais et une abbesse mérovingienne issue de la très haute aristocratie, continue de fédérer les générations.

Le propos quitte les siècles passés pour revenir à la vie présente, à ce que chacun peut emporter du sacrifice du missionnaire Feuillen, et de tous ceux qui ont pris sa suite, au-delà des murs de la collégiale. "Notre terre de Belgique, elle a donné des missionnaires au monde. Ils sont nombreux à être allés, vraiment, jusqu'au bout du monde", dit-il, sans citer personne. "Aujourd'hui, voyez comme l'histoire est belle: nous avons la joie et le bonheur d'accueillir de nouveaux missionnaires. C'est cela, l'histoire de la vie selon saint Feuillen : une parole donnée qui nous emmène toujours plus loin que là où nous pensons aller."

Une seule mitre émerge du cortège aux flambeaux et des coiffes d'inspiration napoléonienne. L’évêque de Namur, Fabien Lejeusne, entouré de ses confrères et des confrères de Feuillen, ont accompli un cour tour de ville.
Une seule mitre émerge du cortège aux flambeaux et des coiffes d'inspiration napoléonienne. L'évêque de Namur, Fabien Lejeusne, entouré de ses confrères et des confrères de Feuillen, ont accompli un cour tour de ville. ©Pierre Wiame
La procession est revenue s'éteindre sur la place du Chapitre, au pied de la collégiale, sous le bleu du soir.
La procession est revenue s'éteindre sur la place du Chapitre, au pied de la collégiale, sous le bleu du soir. ©Pierre Wiame

Au terme d'une bonne heure de célébration, les portes s'ouvrent sur la nuit. Les flambeaux s'allument. Marcheurs et pèlerins s'en partagent les flammes, qui se multiplient et finissent par former un cortège s'en allant battre les murs de ses tambours. Les marcheurs s'engagent dans les rues de Fosses tandis que les flammes font danser leurs ombres sur les murs et dans l'obscurité.

Sous une lune voilée, le cortège se fond dans la ville. Les pas, les tambours, les voix et les lumières composent peu à peu une scène d'un autre âge, comme il y a 7 ans, comme il y a 14 ans, comme il y a 21 ans.

La première soirée de cette Septennale s'achève ainsi dans la nuit, avec déjà cette sensation que Fosses s'apprête à vivre une Saint-Feuillen grandiose.

Comme n'importe quel autre marcheur et pèlerin de Feuillen, le personnage de Napoléon, alias Cédric Falque, a participé à la procession aux flambeaux. Un grand soir.
Comme n'importe quel autre marcheur et pèlerin de Feuillen, le personnage de Napoléon, alias Cédric Falque, a participé à la procession aux flambeaux. Un grand soir. ©Pierre Wiame

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