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L’Europe rêve de repartir à la conquête de l’espace

Chaque dimanche nous accueillons Leila Abboud, cheffe du bureau de Paris pour le quotidien britannique le Financial Times, pour son édito éco.

Emmanuel Macron a récemment lancé à l'Europe un défi assez spectaculaire : envoyer, d’ici dix ans, un astronaute européen dans l’espace sans l’aide des Américains.
C’est ce qu’on appelle en anglais un “moonshot”, un pari technologique presque fou. Et cette fois, le mot est bien choisi.
Aujourd’hui, l’Europe en est incapable.
Elle n’a jamais pu envoyer seule ses astronautes dans l’espace.
Elle dépend des Américains ou, par le passé, des Russes.
Sophie Adenot, l'astronaute française, est en ce moment même à bord de la Station spatiale internationale grâce à Elon Musk.
Elle a décollé de Floride, à bord d’une fusée et d’une capsule de SpaceX.
Mais dépendre des Américains est devenu beaucoup plus risqué.
Donald Trump a bouleversé les priorités de la NASA et remis en cause des projets internationaux. L’Europe ne peut plus partir du principe que les Américains seront toujours là.
Elle doit rattraper son retard.
L’an dernier, les États-Unis ont réalisé presque 200 lancements pour mettre des satellites en orbite. L’Europe, une petite dizaine.
Et contrairement à SpaceX, l’Europe ne sait toujours pas récupérer et réutiliser ses fusées.

L’Europe devrait-elle jeter l'éponge ?

Non. Tout n'est pas perdu !
Evidemment, les Européens ne pourront jamais mettre les mêmes moyens que les Etats-Unis ou la Chine.
Mais ils peuvent néanmoins bâtir de la souveraineté dans quelques domaines clés. Comme la communications sécurisées et les lancements de fusées.
Il y a une nouvelle génération de start-up spatiales prometteuses en Allemagne, en France et en Espagne.
La semaine dernière, l’une d’entre elles, l’Allemande Isar Aerospace, a réussi son premier lancement en orbite.
Un exploit qui montre que le privé commence à décoller en Europe.
Plusieurs pays commencent aussi à investir. L’Union européenne veut mettre le paquet dans son prochain budget.
Il faut plus d'argent et d’aller plus vite.

A-t-on vraiment besoin d’aller dans l’espace vu les contraintes budgétaires de la France ?

L’aventure spatiale n’est pas simplement un rêve de gosse !
Quand Thomas Pesquet va dans l’espace, il porte avec lui toute une filière industrielle et scientifique.
Être à la pointe de la technologie spatiale a une valeur économique réelle.
Et puis il y a l’enjeu stratégique.
L’Ukraine ne pourrait pas se défendre contre la Russie sans les satellites Starlink d’Elon Musk.
La souveraineté a un prix.
L’Europe devrait être prête à le payer.
Et cette fois, l’Europe ferait bien de viser la Lune.