L’Europe pas en mesure de remplacer Starlink, mais prête à aider Kiev
L’Union européenne (UE) n’a pas les capacités technologiques pour remplacer Starlink, mais fera de son mieux pour aider l’Ukraine, qui se plaint d’un accès réduit au réseau satellitaire américain d’Elon Musk, crucial dans sa guerre contre la Russie.
« Starlink est vraiment indispensable pour l’Ukraine et, malheureusement, l’Europe ne peut pas remplacer cette capacité à court terme », a reconnu la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors d’un sommet européen vendredi à Bruxelles en présence du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Ces derniers jours, Kiev a déploré ne pas avoir été averti par ses alliés d’attaques russes imminentes après un ralentissement des services satellitaires qui lui sont fournis par SpaceX, l’entreprise du milliardaire Elon Musk, proche de Donald Trump.
Cette limitation « a été une surprise très désagréable et dangereuse », s’est plaint Volodymyr Zelensky présent à Bruxelles.
Plusieurs sources ukrainiennes ont affirmé mercredi que des terminaux utilisés notamment pour les communications sur le front et l’interception de drones, avaient vu leurs capacités restreintes dans la nuit, sans préavis.
Certaines capacités avaient été rétablies jeudi, selon des sources militaires. Mais l’accès n’est pas encore pleinement restauré, a assuré le président ukrainien à Bruxelles.
La constellation satellitaire de SpaceX, qui domine très largement le marché mondial des communications en orbite basse, sert à la fois à diffuser Starshield — service destiné aux militaires et utilisé par l’Ukraine pour ses communications avec le front et ses opérations de défense — et Starlink, réservé aux usages civils.
De son côté, Elon Musk a imputé tout ralentissement en Ukraine au gouvernement américain, et non à son entreprise.
Les Européens se sont montrés disposés vendredi à aider Kiev. Le premier ministre néerlandais Rob Jetten a souligné les contacts réguliers de l’UE avec les Américains « au sujet de l’importance d’une bonne connectivité en Ukraine ».
« Hier, j’ai également discuté avec le président français de la manière dont nous, en tant qu’Européens, pourrions fournir davantage de services de ce type », a indiqué le responsable néerlandais.
« Il nous faudra du temps pour disposer des mêmes capacités » que les Américains, a toutefois nuancé le premier ministre letton Andris Kulbergs.
« Nous en avons, mais pas suffisamment. C’est donc un sujet stratégique dont nous devons discuter », a-t-il dit juste avant de retrouver ses homologues européens.
L’UE dispose, avec le Français Eutelsat, d’un réseau de satellites en orbite terrestre basse, mais en nombre très inférieur à celui de Starlink : plus de 600 pour Oneweb (réseau opéré par le groupe français), contre plus de 10 000 en service au sein de SpaceX.
Des capacités européennes limitées
Oneweb fournit déjà des services de communication à l’Ukraine, mais Eutelsat reste discret sur les usages gouvernementaux et militaires qui en sont faits par Kiev.
En outre, les satellites de Starlink permettent des communications plus rapides, car ils orbitent à une altitude moindre que ceux de Oneweb.
Enfin, les terminaux Oneweb sont plus volumineux et plus coûteux que ceux de l’entreprise d’Elon Musk.
Tous ces éléments font que OneWeb n’est actuellement pas adapté pour assurer les liaisons avec les drones ou robots terrestres, selon la publication spécialisée Via Satellite.
Impossible donc pour l’Europe de proposer à Kiev une alternative à la hauteur des prestations actuellement assurées par Starlink.
Selon Volodymyr Zelensky, l’objectif n’est « pas un remplacement complet de Starlink » mais de collaborer, notamment avec la France, « afin d’obtenir des capacités supplémentaires », a-t-il dit à Bruxelles.
Cette affaire pourrait donner des ailes au projet Iris², future constellation de satellites que l’UE espère commencer à lancer en 2029, en vue d’une mise en service en 2030.
Ce service 100 % européen, auquel Eutelsat est étroitement associé, est censé renforcer justement l’autonomie stratégique de l’Europe pour ses communications sécurisées, et réduire le recours à des prestataires privés comme Starlink.
En attendant que ce projet soit opérationnel, l’UE a mis en service Govsatcom, un programme qui permet à ses membres de partager leurs capacités nationales, et se dit prête à l’ouvrir à Kiev. « Cela pourrait aider l’Ukraine à rester connectée », a assuré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne
Et en parallèle, Eutelsat a récemment commandé 669 satellites pour remplacer progressivement la flotte initiale de Oneweb.