"L'été 2026 restera dans l'Histoire": le récit des trois mois où la France a affronté canicules, sécheresse et mégafeux
Records de température, sécheresse inédite, milliers d’hectares brûlés: les épisodes extrêmes se sont enchaînés cet été. Derrière ces records, il y a aussi des vies bouleversées: victimes de la canicule, habitants évacués en urgence, pompiers mobilisés pendant des jours ou familles confrontées à la perte de leur maison: ils racontent à BFM cet été hors-norme.
"Sa mort a été aussi violente que silencieuse". Marianne*, 60 ans, est morte seule chez elle dans la nuit du 28 juin, en pleine vague de canicule. Sa sœur Claire, raconte ce traumatisme à BFM. Marianne, lourdement handicapée, a été retrouvée inanimée dans son petit appartement près de Poitiers (Vienne) alors qu'elle vivait dans un HLM mal isolé qui s'est transformé en "bouilloire thermique". Ses fenêtres et ses volets étaient fermés, et le thermomètre affichait plus de 40°C chez elle lorsqu'elle a été trouvée sans vie.
Depuis plus de dix ans, Marianne vivait avec les séquelles de traitements très lourds prescrits après plusieurs opérations du dos. Selon Claire, ces médicaments avaient aussi perturbé sa capacité à réguler sa température. Mais dans cet appartement mal isolé, cette vulnérabilité a rendu la chaleur est devenue un piège mortel.

Une situation qui nourrit aujourd’hui la colère de sa sœur. Claire dénonce "des conditions de logement indignes" et "un système de santé qui n’est plus en mesure d’accompagner les personnes vulnérables". "Ça a décuplé ma colère contre les personnes qui sont censées gérer cette crise. Ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’elle soit partie toute seule dans de telles conditions. Elle n’était plus capable de se rendre compte de sa réalité de vie", dénonce aujourd'hui sa sœur.
"On ne s’attendait pas à un été aussi hors-norme"
Cette chaleur avait commencé à s’installer bien avant le début de l’été, dès la fin du mois de mai. Le printemps n'est même pas terminé que les températures s'envolent sur une grande partie du pays. Les records de températures tombent les uns après les autres, et Météo-France déclenche ses premières alertes. Anthony Ferry, présentateur météo sur BFMTV, se souvient de ce premier signal:
"Ça a vraiment commencé dès le mois de mai, avec cette canicule précoce. Les prévisionnistes nous expliquaient qu’on se dirigeait vers un été plus chaud que la normale, mais on ne s’attendait pas à un été aussi hors-norme".
Pourtant, très vite, la quasi-totalité du territoire dépasse les 30°C et, le 26 mai, la température moyenne atteint un niveau jamais enregistré si tôt dans l’année. Une vigilance canicule est alors déclenchée en plein mois de mai, une première depuis la création du dispositif en 2004. Et ce n’est que le début: "Ce sont des jours difficiles", prévient Emmanuel Macron le 18 juin, appelant les plus vulnérables à "la plus grande vigilance".
Cette fois, les températures restent élevées même les nuits, qui restent souvent au-dessus de 20°C. Juin 2026 devient ainsi le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, avec jusqu’à 72 départements placés simultanément en vigilance rouge au plus fort de l’épisode.
Dans les grandes villes, la chaleur devient alors difficile à fuir. À Paris, certains passent ainsi leurs soirées dans les parcs, comme aux Buttes-Chaumont ou au parc André-Citroën. "Il fait extrêmement chaud chez nous. Il y a de l’air chaud qui remonte de partout: dans les rues, dans le métro, c’est un peu invivable", témoignait Mathilde au micro de BFMTV.

Pour Anthony Ferry, c’est à ce moment que la situation bascule vraiment. "On allait toujours un peu vers l’inconnu. Chaque jour et chaque semaine, une nouvelle actualité nous tombait dessus et balayait la suivante." Quelques jours avant la vigilance rouge, une prévisionniste de Météo-France le prévient que "ce qui arrive vers nous est grave": "ça va sans doute être du niveau de 2003, voire le dépasser ", lui dit-on au téléphone.
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Une réalité aux allures de "surenchère"
À BFMTV, les journées s’allongent également pour les équipes du service météo, elles aussi en situation de crise: cartes à refaire, infographies, éditions spéciales, interventions en plateau... jusqu’à s’interroger sur le sens de leurs propres alertes, à force de répéter "c'est du jamais vu". "On avait l’impression de faire de la surenchère. Alors que c’était simplement la réalité!", raconte-t-il.
Dans les écoles, cette chaleur suffocante finit aussi par bousculer le calendrier de la fin d'année scolaire et met en lumière l'inadaptation des locaux pour garder la fraîcheur. À la fin du mois, plus de 1.300 écoles ferment ainsi leurs portes et plusieurs milliers d’autres sont contraintes d'aménager leurs horaires.
Dans les salles de classe, la chaleur devient difficile à supporter pour les enfants. À Issy-les-Moulineaux, certains parents doivent poser des congés pour garder leurs enfants, dont l'école est en surchauffe et n'a pas de ventilateurs ni de clim. On nous a parlé de 38°C dans les classes", racontait Céline fin juin à BFM. "C’est la galère. Il fait très chaud chez moi aussi, je ne peux pas vraiment télétravailler dans de bonnes conditions donc je vais devoir poser des congés qui n’étaient pas prévus."

À l’hôpital aussi, la chaleur commence à poser de sérieux problèmes, pour les patients comme pour les soignants. "On est très inquiets pour nos patients", témoigne début juillet Thierry Amouroux, porte-parole d’un syndicat d’infirmiers hospitaliers. Dans certains établissements hospitaliers, les températures dépassent les 35°C: "On est exténués", raconte-t-il, évoquant des journées de travail à "plus de 35, 40 degrés".
Polémique sur la climatisation
Ces températures relancent alors un débat longtemps sensible en France: faut-il climatiser davantage les lieux publics? Le RN monte au créneau et défend un plan pour équiper écoles, hôpitaux et Ehpad, tandis que les écologistes estiment que la climatisation ne doit être "ni un tabou, ni une réponse à tout".
Au gouvernement, des propos de la ministre de la Transition écologique suscitent la polémique. "Je suis horrifiée par les gens qui me disent 'Oh mais il n'y a qu'à mettre la clim' partout'. Très bien, on va mettre la clim' partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt? Vous croyez que ça va éviter une culture de ne pas exister? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons? Vous croyez que ça va éviter quoi? Rien", fustige la ministre. "Il faut forcément, bien évidemment, que les gens ne suffoquent pas, on est bien d'accord, mais ce n'est pas de l'adaptation au changement climatique" ajoute la ministre.
Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, plaide lui pour un "débat de bon sens": "La climatisation ne doit être ni un tabou idéologique ni une réponse automatique. Elle doit être utilisée là où elle protège réellement les personnes".
La sécheresse, la canicule et maintenant les feux
Après l'épisode exceptionnel du mois de juin, les vagues suivantes finissent par sembler presque moins impressionnantes. "L’intensité de la canicule de juin était tellement folle qu’elle a décrédibilisé, du moins banalisé, les vagues de chaleur suivantes", résume Anthony Ferry.
"On a vécu des journées, des semaines tellement incroyables qu'à un moment même les climatosceptiques se sont tus sur les réseaux sociaux, alors qu'en mai on se faisait taper dessus pour nos cartes rouges", poursuit le journaliste.
Mais à la chaleur s'ajoute la sécherresse, qui prépare le terrain aux incendies. Le 12 juillet, un incendie d'une ampleur inédite se déclare dans le massif de Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Le feu se propage rapidement dans la forêt et oblige plusieurs habitants à évacuer. Près de 2.000 hectares sont touchés en quelques jours. "On n’avait jamais vu un tel feu", reconnaît Emmanuel Macron. Le pire est pourtant encore à venir.

Quelques jours plus tard, le 21 juillet, un autre incendie démarre à Pontevès, dans le Var. Là encore, les flammes progressent rapidement, poussées par la sécheresse et le vent, et parcourent plusieurs milliers d’hectares. Plusieurs centaines de personnes sont évacuées et le feu ne sera officiellement éteint que le 19 août.
Dans le même temps, pour les habitants qui vivent près des massifs, le feu commence à se rapprocher en Gironde. Le 22 juillet, un incendie se déclare près de Saumos et progresse rapidement vers le nord, en direction du bassin d’Arcachon. À Saint-Jean-d’Illac, Jayson est en télétravail lorsqu'il voit alors les premières fumées arriver, alors qu'elles gagnent plusieurs communes de la métropole bordelaise.
"C’était une journée classique, grand ciel bleu. Et tout d’un coup vers 17h, une odeur de fumée irrespirable a rempli la maison", se souvient le jeune homme de 28 ans, encore traumatisé. "Le ciel est devenu jaune en l'espace de cinq minutes, on s’est tous mis à tousser et on ne voyait plus rien."

Deux heures plus tard, "il faisait nuit en plein jour, tout était gris et des cendres tombaient du ciel. Dans le jardin, des bouts de bois tombaient du ciel, comme du charbon, des épines de pin... C’était vraiment apocalyptique."
"Tout laisser derrière soi"
À ce moment-là, Jayson et sa famille se préparent simplement "au cas où", sans vraiment croire qu’ils vont réellement partir. Ils ferment les aérations, sortent les masques et mettent quelques affaires de côté: "jamais je n'aurais imaginé partir, ni aussi longtemps donc j’ai préparé uniquement les médicaments, deux t-shirts, deux pantalons, de quoi partir deux jours", raconte ce jeune juriste de profession, qui pense encore à ce moment-là que "ça va passer avec le vent". "On ne pensait pas qu’il se rapprochait aussi vite, et jamais on aurait pu imaginer qu’il allait arriver jusque chez nous."
Puis, dans la nuit du 24 au 25 juillet, le message FR-Alert tombe: il faut évacuer. A l'entrée de la Presqu'île du Cap Ferret, 23 communes sont concernées par les évacuations, soit au total 220.000 personnes, résidents et touristes, contraintes de quitter leur domicile ou leur lieu de vacances. Jayson doit donc faire partir ses parents, dont son père de 80 ans, handicapé et souffrant de problèmes respiratoires, mais aussi leurs deux chats et deux chiens. "L’alarme a sonné à 1 heure du matin, on est partis à 1h10. On a eu dix minutes pour mettre tout le monde en voiture, prendre les affaires et partir. Honnêtement, ça a été un véritable enfer, il n’y a pas d’autres mots."
Tout se fait dans la précipitation. "Pour mes parents, ça a été un stress immense. On pense forcément à l’humain d’abord avant le matériel, mais tout laisser derrière soi, c’est quand même une sensation particulière."
Le plus difficile reste alors de savoir où aller. "Il y avait des bouchons de dingue, certains étaient à l’arrêt depuis deux heures et demie, trois heures. Là, ça a été un vent de panique car on ne pouvait pas rester coincés sur cette route avec l'état de santé de mon père".

Des proches les accueillent finalement et les hébergent pendant une semaine. Loin de chez eux, l’attente commence. Pendant plusieurs jours, la famille suit l’évolution de l’incendie à distance, devant la télévision, sur les réseaux sociaux et grâce aux messages échangés dans un groupe d’habitants de Saint-Jean-d’Illac. "C’était très angoissant car on avait très peu d’informations sur l’état du quartier", se souvient-il.
Les pompiers "lessivés"
Les pompiers, mobilisés simultanément sur 32 fronts fin juillet, sont mis à rude épreuve: les flammes ont parcouru au moins 120.000 hectares depuis le début de la saison estivale, selon les estimations provisoires des autorités. Reçus mi-août par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, ils ont demandé plus de moyens mais "très déçus" à l'issue de cette rencontre, ils ont appelé à la mobilisation nationale fin septembre.
"On arrive au bout d'un système qui va exploser", alerte alors Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des pompiers volontaires, au lendemain de la mort de deux pompiers professionnels en intervention. "Certains sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d'un département à l'autre, dorment sur des lits picots entre les camions dans un hangar. Voire, entre deux interventions, repartent travailler chez leur employeur".
La question des capacités aériennes se pose également face à des incendies de plus en plus vastes et simultanés. Le 24 juillet, la France active le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, et reçoit des renforts de plusieurs pays européens. Au total, douze appareils viennent épauler les moyens français.

Un renfort inédit est également engagé: un A400M, un avion militaire de transport habituellement utilisé pour acheminer des troupes et du matériel, est équipé pour la première fois d’un système lui permettant de larguer du retardant sur les feux. Une première qui relance, en creux, le débat sur les moyens dont dispose la France pour faire face à une telle situation de crise.
"On est traumatisés par ce qu'on a vécu"
Le 3 août, Jayson rentre enfin chez lui. Il reprend seul le chemin de sa maison, avec la peur de ce qu’il va retrouver. "Ça a été les larmes, l’appréhension: qu’est-ce qu’on va retrouver?" Mais sa maison est toujours debout. Un immense soulagement, alors que le feu a détruit 240 bâtiments en Gironde, dont 185 maisons dans au Porge.
Chez lui, les traces de l’incendie sont néanmoins partout. "Quand je suis rentré la première fois, l'odeur m'a pris au nez. C’était noir de cendres partout, jusque dans la piscine. On a eu l’impression que ça avait brûlé dans la maison, mais non c’était juste de la saleté." Il faut alors tout reprendre, pièce par pièce. "Avec mon compagnon on a dû absolument tout nettoyer de A à Z, pendant quatre jours non-stop".
"On nous a donné des consignes très strictes: pas de Karcher, pas d’aspirateur, parce que ça lève les particules en suspension. Donc on est arrivés avec des gants et du linge, on a aéré puis on a dû tout frotter à la main: le sol, les rebords de fenêtres".

Mais le plus difficile à effacer reste peut-être ce que l’incendie a laissé dans les esprits et chaque nouveau départ de feu à proximité suffit désormais à faire remonter l’angoisse chez Jayson et ses parents. "On y pense tous les jours. Désormais à la moindre fumée autour de chez nous, on commence à paniquer. On a les forêts à côté, on ne sait pas si demain ça ne va pas reprendre. C’est une angoisse quotidienne. Aujourd’hui, oui, on se dit qu’on est traumatisés parce qu’on l’a vécu."
Le plus grand feu en France depuis 1949
Ce traumatisme, Sébastien Lecornu y est confronté lorsqu'il se rend le mercredi 19 août au Porge. Il est accueilli sous les huées.
"Il y a de la colère, il y a de l'émotion, ça c'est bien naturel, les gens ont tout perdu, plus que ça", souligne le Premier ministre, venu annoncer une série de mesures pour soutenir les collectivités locales et la reconstruction après les incendies en Gironde et dans les Landes.
Lors de cette visite, il rejette par ailleurs les accusations de certains habitants, qui estiment que leurs maisons ont été "sacrifiées" pour protéger le Cap Ferret, très touristique. "On ne peut pas dire qu'on a confiance dans nos pompiers et en même temps donner à voir, parfois, quelques dérives un peu complotistes", lance-t-il.
Pour accélérer la reconstruction, les permis de construire des maisons pouvant être reconstruites à l’identique pourront être délivrés en moins d’un mois. En revanche, dans les zones jugées trop exposées au risque d’incendie, il pourrait ne plus être possible de reconstruire. Le gouvernement prévoit aussi davantage d’aides pour le relogement et autorisera l’installation de logements provisoires pendant trois ans.
Avec 42.000 hectares parcourus, l'incendie girondin, fixé le 1er août, est aujourd'hui considéré comme le plus grand en superficie en France depuis 1949. Mais il n’est pas un cas isolé: dans le Var, un autre incendie a parcouru 6.300 hectares et entraîné l’évacuation de quelque 6.000 personnes. Emmanuel Macron, qui s’y est rendu le 17 août, a promis aux communes touchées les "mêmes dispositifs" d’aide que ceux annoncés en Gironde et dans les Landes, tout en appelant à "tirer les leçons" de ces incendies, notamment sur le débroussaillage, la gestion des forêts et la rapidité d’intervention des secours.
"Une épreuve exceptionnelle pour tout le monde"
Autres victimes du cocktail climatique de cet été: les agriculteurs. Les restrictions liées à la consommation d'eau n'ont cessé de s'étendre, touchant désormais une grande partie du territoire.
Les cultures souffrent, les éleveurs manquent de fourrage et certains agriculteurs ne peuvent plus semer dans de bonnes conditions. Pour la FNSEA, les conséquences de la sécheresse et des canicules pourraient se chiffrer en "milliards" d’euros.
"Les têtes (d'artichauts) sont presque reparties en terre tellement elles ont cramé. Il n'y aura pas moyen de les sauver, c'est trop sec et on n’a pas eu assez d'eau", regrettait le 13 août Erwan Jacob, producteur de légumes pour les maraîchers d'Armor, qui a perdu l'entièreté de sa parcelle.
La canicule et ses conséquences ont aussi laissé des traces invisibles, plus difficiles à mesurer. Selon les premiers résultats d’une étude de l’Observatoire de l’éco-anxiété, les incendies et les vagues de chaleur de cet été auraient contribué à faire basculer 2,6 millions de personnes supplémentaires dans l’éco-anxiété. Au total, les températures caniculaires de cet été hors-norme n’ont laissé que quelques jours de répit entre le 17 juin et la mi-août.
"Ça dépasse tout ce qu'on imaginait, résume Anthony Ferry. C'est à la fois dingue et alarmant. Ce qui est sûr c'est que l'année 2026 restera dans l'Histoire, ça a été une épreuve exceptionnelle pour tout le monde."
Si les températures ont commencé à diminuer et la pluie est de retour, l'épreuve pour la nature n'est sans doute pas tout à fait finie comme le signale Anthony Ferry: "Météo-France s'attend à un début d'automne plus chaud que la normale".
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