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Du pluralisme et de l'impartialité sur le service public

Patrick Cohen revient sur le conflit qui a mis France Inter à l’arrêt pendant deux jours.

Publié le mardi 15 septembre 2026 à 07:42

Je vais tenter de résumer ce conflit aussi simplement que possible. Au nom du pluralisme, la direction a recruté un ancien journaliste du Figaro et du Point, Charles Sapin, pour assurer l’édito politique du dimanche. Au nom des principes républicains, une partie du personnel de Radio France s’oppose à ce qu’une tribune soit donnée au n°2 de la rédaction de Valeurs actuelles, hebdomadaire que Sapin a rejoint début juillet.

Les deux parties campent sur des symboles. Chacun peut admettre qu’une chronique hebdomadaire de 2 minutes 30 ne représente ni une garantie de pluralisme, ni une violation de ce même principe. Mais les exigences particulières attachées à l’audiovisuel public se nourrissent d’apparences et de symboles.

Absence de parti pris

Quelles exigences ? L’impartialité. Notion spécifique à l’audiovisuel public, inscrite dans la loi depuis quarante ans. Là où les chaînes privées sont tenues de faire preuve d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme, la loi de 1986 dite loi Léotard exige du service public ce quelque chose en plus : l’impartialité. Concept explicité pour la première fois dans un rapport officiel, celui que l’ancien n°1 du Conseil d’État Bruno Lasserre a remis à l’Arcom fin mai.

Comment définir l’impartialité ? Comme la qualité qu’on attend des juges, des agents publics et des journalistes : l’absence de parti pris, de préjugé, de préférence ou d’idée préconçue.

Ce qui suppose, selon le rapport Lasserre, un "pluralisme exemplaire", avec "un enjeu crucial d’image et d’apparence". D’où la recommandation n°13, qui semble avoir guidé la direction : "Désigner des figures emblématiques, donnant à voir et à entendre un pluralisme effectif".

Un emblème contestable

Charles Sapin est donc un emblème ? Exactement. Mais appartenant à un emblème contestable : Valeurs actuelles. Les grévistes se tuent à le répéter : le problème, ce n’est pas la droite, ce n’est pas Sapin, ni le contenu de ses premières chroniques sur Inter, c’est son nouveau journal. Trois fois condamné pour provocation à la haine raciale ou injure raciste. Multipliant depuis quinze ans les unes injurieuses et discriminantes, contre les étrangers – ces "nouveaux barbares" –, contre les Roms – "l’overdose" –, Najat Vallaud-Belkacem – "l’ayatollah" –, etc.

Une ligne en contradiction flagrante avec le cahier des missions et des charges de Radio France, lui aussi fixé par la loi : cohésion sociale, lutte contre les discriminations, "promotion des valeurs d’une culture et d’un civisme partagé".

Qu'est-ce que le pluralisme sans impartialité ?

Et pourtant, je pourrais retourner l’argument… On pourrait soutenir qu’un emblème n’est efficace que s’il est contesté. S’il s’agit de corriger un "biais perçu", comme l’écrit le rapport Lasserre, recruter un éditorialiste dont personne ne contesterait la compatibilité avec la ligne existante ne corrigerait rien du tout.

Essayez d’y voir un effort d’impartialité ! Valeur à mes yeux, bien supérieure à celle du pluralisme. Qui n’est qu’un moyen, une condition de l’impartialité, mais ne la recouvre pas.

Qu’est-ce en effet que le pluralisme sans impartialité ? Une simple diversité d’opinions sans socle factuel commun, sans le souci d’exactitude des faits. En un mot : sans journalisme. En une phrase : on ne construit pas l’impartialité en additionnant des partialités.

À écouter

France Inter

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