taraskuzio.com

L'édito de Thomas Porcher : c’est la rentrée des classes ! | Les Inrocks

Chaque mois, Thomas Porcher passe l’économie au crible dans sa nouvelle chronique “CAC 40 degrés”. Dans ce premier épisode, haro sur les incessantes rengaines médiatico-politiques !

La rentrée, c’est ce moment merveilleux où la France ressort ses chaussures fermées, retrouve ses présentateur·rices télé habituel·les bronzé·es et recommence à faire semblant de découvrir les mêmes sujets. Car la rentrée a elle aussi ses traditions et ses rituels immuables, que nous allons passer en revue.

D’abord, il y a la rentrée littéraire : 500 romans sortent en même temps, dont 490 racontent l’histoire d’un homme blanc, séparé, légèrement alcoolique, qui retourne dans la maison de son enfance pour comprendre pourquoi son père ne lui a jamais dit “je t’aime”.

Sur Instagram, les influenceur·ses littéraires vont nous expliquer, à raison de trois vidéos par jour, qu’il faut absolument lire douze livres par semaine et arrêter de passer autant de temps devant les écrans. Pour notre part, nous n’avons toujours pas terminé le roman commencé en juillet et notre téléphone nous informe, avec la cruauté des statistiques, que notre temps d’écran moyen atteint 7 h 30 par jour.

Éternelles obsessions

Ensuite vient la rentrée politique. C’est la saison où les énièmes candidat·es se déclarent pour la présidentielle, généralement au détour d’une interview dans laquelle ils et elles assurent ne pas y penser. Tout le monde veut rassembler, dépasser les clivages et, surtout, passer avant les autres au journal de 20 heures.

On annonce des “périls” et des “promesses de changement” avant que les médias ne se passionnent finalement pour la barbe de trois jours qu’un candidat a opportunément laissé pousser sur les conseils d’un cabinet en image grassement payé. Les articles se succèdent alors en boucle sur cette barbe, cette veste en jean ou ce col roulé censé révéler une nouvelle personnalité politique. Le pire, c’est que ça marche…

Puis arrive l’inévitable rentrée sociale vue depuis les chaînes d’information. Le sujet n’est pas le prix des fournitures, des loyers ou des transports. Non, le véritable scandale national consiste à savoir si une mère seule a utilisé trente euros de l’allocation de rentrée pour acheter un T-shirt Nike à son fils. Chaque année, un·e éditorialiste redécouvre avec stupeur que les pauvres consomment parfois autre chose que des pâtes premier prix et s’en trouve personnellement offensé·e. On organise alors un grand débat intitulé “Les aides sociales sont-elles trop généreuses ?” avec quatre invité·es qui n’en touchent aucune.

Il y a aussi la rentrée médiatique, celle où toutes les émissions changent de décor pour refaire exactement la même émission. On déplace une table, on ajoute un écran géant, on recrute un·e chroniqueur·se censé·e “bousculer les codes” et, dès le lundi matin, il ou elle demande si les Français·es ne seraient pas devenu·es un peu trop assisté·es. Les fauteuils sont neufs, le décor change, mais les obsessions, elles, demeurent.

Le retour à la normale

À cela s’ajoute la rentrée des bonnes résolutions. En septembre, tout le monde s’inscrit à la salle de sport, achète un agenda, promet de cuisiner maison, de lire davantage et de ne plus répondre aux mails après 19 heures. Le 12 septembre, l’agenda est perdu, la salle prélève toujours, on mange des pâtes devant une série et on répond “bien reçu” à 22 h 47.

La rentrée, au fond, c’est le grand théâtre du retour à la normale. Les riches reviennent de Capri, les classes moyennes découvrent que leurs vacances se sont prolongées sous la forme d’un découvert bancaire, et les plus pauvres, qui ne sont pas parti·es, retrouvent leur procès médiatique annuel. Les candidat·es repartent en campagne, les écrivain·es, en promotion et les expert·es, en indignation. Tout le monde prend de bonnes résolutions. Sauf le système, qui préfère conserver ses vieilles habitudes.

  • cafeyn