L'écrivain namurois Hubert Antoine relate un "irrésistible penchant" dans son troisième roman, le premier chez Grasset
Kitano, étudiant en histoire de l'art, éprouve des sentiments amoureux pour Enea. Vêtue d'une jupe longue en cuir naturel, d'un chandail tricoté et de bottes hautes, son amie aux dents nacrées, étincelantes, ne le laisse pas indifférent. Mais pour Kitano, pas question de lui dévoiler son penchant pour elle de manière directe, il préfère lui déclamer des métaphores subtiles, chargées d'émotions.
L'étudiant de 22 ans a plutôt raison d'être prudent dans ses propos. Enea est déjà la compagne de Max-Igor, le meilleur ami de Kitano. Depuis le collège, lui et ce blond au nez droit, natif d'Irkoutsk, en Sibérie, sont inséparables, unis par des centres d'intérêt commun.
L'amitié du trio risque toutefois de se fissurer en raison de la relation ambiguë entre Kitano et Enea. Et une étrange vente aux enchères à New York va se transformer en un vaste jeu d'échecs.

Après Danse de la vie brève (prix Rossel 2016) et Les Formes d'un soupir, l'auteur namurois Hubert Antoine revient avec Un irrésistible penchant. Paru chez Grasset, ce troisième roman aussi drôle que romantique explore le désir et la fragilité d'un triangle amoureux. Interview.
Hubert Antoine, quelle est l'origine de cette histoire d'amitié… et d'amour ?
La genèse de ce livre est une nouvelle écrite, il y a plus de 30 ans, et qui est presque mot pour mot le premier chapitre érotique du roman, avec des bases autobiographiques. J'ai voulu développer cette dizaine de pages en présentant une relation entre trois amis, dont un couple. Les limites entre désir autorisé et amour interdit. La crainte presque paranoïaque d'endommager une amitié plus forte que tout.
Pourquoi le choix de la période post-adolescence, ancrée dans les années 80/90 ?
La nouvelle, qui ressemble comme deux gouttes d'eau au premier chapitre, a été écrite dans les années 90, quand je vivais avenue Reine Astrid, à Namur. Ma fenêtre donnait sur la citadelle. J'avais alors dans la vingtaine. J'ai donc poursuivi cette ambiance. Le roman se déroule sur une semaine de la vie des protagonistes.
Le personnage principal utilise des métaphores pour ne pas exprimer ses sentiments de manière directe. Qu'avez-vous trouvé intéressant dans cette attitude ?
Kitano est un dessinateur hors pair. J'ai utilisé un langage poétique pour que dans l'esprit du lecteur l'élégance verbale du héros soit associée à l'aisance du portraitiste.
La relation intime entre Kitano et Enea peut surprendre. Avez-vous craint la réaction de certains lecteurs ?
Aucun sujet ne doit être tabou. Toute censure est du fascisme, que ce soit sous des prétextes religieux, sous un régime totalitaire, ou sous n'importe quelle bannière. Il n'existe pas de lecteur, lectrice puriste, juste des goûts divergents. Il est d'ailleurs capital de ne pas faire l'unanimité. Après. soit on assume son style, soit on se vend aux courants à la mode. L'écriture ne représente pas spécialement la personnalité d'un écrivain. On peut donc encore tolérer un écrivain aimant parler de sensualité.
Il s'agit de votre premier roman publié chez Grasset. Comment est née cette collaboration ?
Verticales (NDLR: éditeur de ses précédents romans) n'a pas souhaité publier une première version de ce texte. Je l'ai donc retravaillé. Puis j'ai fait lire le nouveau manuscrit à une amie, qui l'a montré à sa mère, elle-même amie de Charles Dantzig, directeur d'une collection chez Grasset. Je suis donc arrivé chez cet éditeur par un concours de circonstances.
"Un irrésistible penchant", Grasset, 176 p., 17 €
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