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L’association L214 porte plainte contre l’abattoir de Perpignan pour "actes de cruauté" et "sévices graves" envers des animaux

L’association de défense des animaux L214 a saisi le procureur de la République ce mercredi 26 août 2026. Elle a porté plainte contre l’abattoir de Perpignan pour "actes de cruauté", "sévices graves" et "mauvais traitements envers les animaux". Elle est en possession de vidéos chocs montrant les faits pointés du doigt. L’abattoir reconnaît des "gestes malencontreux" et indique avoir déjà sanctionné les salariés concernés. La préfecture, elle, a ordonné une inspection de l’établissement qu’elle maintient cependant ouvert.

L214 n’en est pas à son coup d’essai. Ces dernières années, l’association de défense des animaux a attaqué en justice toute une série d’abattoirs français. Elle a déjà obtenu plusieurs condamnations d’établissements ou de salariés pour "actes de cruauté", "non-respect des règles d’abattage" ou "mauvais traitements", mais aussi de l’État pour "carence fautive".

Ce mercredi 26 août 2026, L214 a donc déposé plainte auprès du procureur de la République contre l’abattoir de Perpignan pour "actes de cruauté", "sévices graves" et "mauvais traitements envers les animaux". Cette plainte se base sur l’analyse de vidéos qu’un lanceur d’alerte a transmises à l’association. Tournées entre mai et juillet derniers au sein de l’établissement, ces images chocs, que l’association comptait publier ce jeudi à minuit sur son site internet, montrent une série de scènes relevant, selon L214, de pratiques non conformes à la réglementation. On peut notamment y voir un salarié frapper des cochons à coups de poing. Ou encore des moutons et des bovins qui commencent à être découpés alors qu’ils semblent encore vivants.

L214 se base sur des vidéos tournées entre mai et juillet 2026 au sein de l’abattoir.
L214 se base sur des vidéos tournées entre mai et juillet 2026 au sein de l’abattoir. D. R. - D. R.

Des problèmes de comportement, mais aussi de structure

"Sur ces images, nous avons pu constater des problématiques liées au comportement de plusieurs salariés, mais aussi des problématiques de structure qui entraînent des pratiques d’abattage compliquées, des étourdissements ratés", assure le responsable du pôle enquête de l’association, Sébastien Arsac. "Or, le grand principe, c’est que les animaux doivent être étourdis lors de la mise à mort (hors dérogation pour l’abattage rituel). Par ailleurs, pour les cochons, les couloirs présentent normalement des courbes progressives. Or, ceux de Perpignan sont très larges et à angle droit, ce qui fait que les bêtes ne veulent parfois pas avancer. Du coup, certains employés s’énervent sur elles."

Aux yeux de L214, le dossier implique des "responsabilités multiples". Au-delà des salariés dont le comportement lui paraît poser problème, l’association pointe également du doigt un "manque de contrôle" de la part de la direction et des services vétérinaires qui se rendent quotidiennement sur les lieux. "L’abattoir de Perpignan n’est pas un cas isolé", précise Sébastien Arsac. "On voit souvent des étourdissements ratés ou un manque de contrôle de conscience des animaux au moment de la saignée. Ce qui est plus spécifique à Perpignan, c’est l’aménagement du couloir et les violences sur les animaux de la part de certains employés."

Concrètement, la plainte déposée ce mercredi cible l’abattoir et ses administrateurs. Cependant, L214 réclame aussi "la fermeture immédiate de l’établissement", au moins le temps de "remettre la structure d’aplomb". Et n’exclut pas de déposer par la suite un recours contre les services de l’État en fonction de leur réaction par rapport au dossier. Pour l’heure, la préfecture a ordonné une nouvelle inspection de l’établissement.

Le préfet et les dirigeants de l’abattoir réagissent : des personnels mis à pied et une nouvelle inspection ordonnée

Ce mercredi, en plus de son dépôt de plainte, L214 a également alerté les services de l’État. Et la réaction de ces derniers ne s’est pas fait attendre. "Le préfet a ordonné une nouvelle inspection complète de l’établissement, indiquent-ils par voie de communiqué. Celle-ci sera réalisée sans délai par les services de la direction départementale de protection des populations. Les constatations permettront de confirmer si les faits correspondent uniquement à des dérives individuelles, ou si des mesures correctives doivent être mises en œuvre."

Les dirigeants de l’abattoir ont également été prompts à réagir. "Nous avons découvert ces images ce mercredi matin et avons aussitôt mis à pied les salariés concernés, annonce le président de l’abattoir, Jean-Claude Coulet. L’un des salariés, celui qui met les coups de poing, a été licencié. L’autre doit partir à la retraite à la fin du mois et ne travaille déjà plus dans l’entreprise."

Sur le fond, Jean-Claude Coulet reconnaît que "sur certaines images, des salariés ont des gestes inappropriés et qu’on ne veut pas voir" : "Toutefois, il n’y a que deux situations qui posent problème. Il y a eu des fautes, et elles ont été sanctionnées dès qu’on a eu connaissance des images." Le président de l’abattoir annonce également qu’il compte déposer plainte pour "effraction dans un local privé" en lien avec la pose des caméras qui ont filmé les images.

De son côté, Bernard Guasch, qui fait partie des administrateurs de l’abattoir, se déclare "un peu étonné et peiné par cette mise en accusation" : "L214 n’a finalement trouvé que 5 ou 6 photos à nous reprocher sur plusieurs mois de prises de vues alors que nous abattons des milliers d’animaux par semaine. Je reconnais qu’il y a des gestes malencontreux sur certaines images mais il n’y a absolument pas lieu de fermer cet abattoir. On est sur des actes isolés, sur un épiphénomène, et il faut dédramatiser cette situation qui a été mise en scène pour créer un malaise."