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L’Arabie Saoudite désarçonnée par le défi des Houthis du Yémen

Les attaques des Houthis du Yémen contre l’Arabie saoudite placent le prince héritier Mohamed Ben Salmane face à une situation délicate, alors que la protection américaine est singulièrement décrédibilisée. Ses rêves de modernité et de grandeur sont ramenés à la réalité politique de la région.

Mohamed Ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite, l’un des hommes théoriquement les plus puissants du monde, vit ces jours-ci dans des palais dotés de bunkers, entouré par une sécurité triée sur le volet. Son royaume, qui rêve de modernité et de grandeur, a dû interrompre ses liaisons aériennes, les ambassades étrangères donnent des conseils de prudence à leurs ressortissants, et une conférence pétrolière internationale s’est ouverte hier à Ryadh sans la participation des patrons des plus grandes entreprises du secteur.

« Le mot peur n’existe pas dans le dictionnaire saoudien », a néanmoins proclamé un des dirigeants du Royaume wahabbite. Peur peut-être pas, mais dilemme stratégique oui… Car l’Arabie Saoudite est confrontée à une menace qu’elle a du mal à contenir.

Ce sont les Houthis du Yémen voisin qui sont à l’origine de cette situation. Ces rebelles soutenus par l’Iran disposent d’un arsenal de missiles qui ont frappé ces derniers jours l’aéroport de Ryadh, faisant 13 morts et 300 blessés, et précédemment d’autres cibles dont un avion Airbus heureusement vide.

L’hostilité entre les Houthis et l’Arabie Saoudite n’est pas nouvelle : l’un des premiers gestes de Mohamed Ben Salman lorsqu’il est devenu prince héritier a été d’entrer en guerre contre les Houthis en 2015, un conflit impitoyable autant qu’inconcluant, qui s’est achevé sur un retrait saoudien du Yémen en 2022. Aujourd’hui, la reprise des hostilités est à replacer dans le cadre plus large de la guerre avec l’Iran, lancée en février dernier par les États-Unis et Israël, et qui s’est élargie à la péninsule arabique.

Les Houthis sont liés à Téhéran, et l’escalade des dernières semaines s’inscrit dans cette logique-là : notamment leur offensive en direction du détroit de Bab el Mandeb, le pendant, sur la mer Rouge, du détroit d’Ormuz aux confins du Sultanat d’Oman et de l’Iran. Leur but est de priver l’Arabie Saoudite de sa capacité à exporter son pétrole en échappant au contrôle iranien d’Ormuz.

En frappant en profondeur le territoire saoudien, les Houthis lancent un défi auquel le royaume a du mal à répondre. C’est d’abord dû à la protection américaine de l’Arabie Saoudite, qui remonte à 1945, et qui est aujourd’hui sérieusement décrédibilisée. Donald Trump a certes déclaré dimanche, après les attaques contre les aéroports, qu’il pourrait aider les Saoudiens contre les Houthis. Mais on se doute qu’à trois semaines d’élections où il joue la fin de son mandat, Trump n’a pas envie d’entrer dans une nouvelle guerre.

Les Saoudiens n’ont pas d’autre choix que de replonger dans ce conflit dont ils pensaient s’être extirpés pour se consacrer aux projets pharaoniques du prince, qui sont aujourd’hui suspendus ou menacés. Ils cherchent des alliances, notamment auprès des signataires du Pacte de La Mecque, la Turquie et le Pakistan, qui n’ont pas manifesté un grand empressement non plus ; et une rencontre remarquée avec les Émirats arabes unis avec lesquels les relations étaient au plus froid.

Mais la grande leçon pour l’Arabie Saoudite, c’est qu’elle a eu tort de déléguer sa sécurité aux États-Unis en pensant qu’elle pourrait rester à l’écart du conflit avec l’Iran. C’est une leçon qu’elle paye au prix fort, et qui l’amène à réviser ses plans stratégiques.