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L'anti-GitHub européen dit non au code écrit par Claude et Codex

Pendant que GitHub continue d'intégrer Copilot à chaque recoin de sa plateforme, son concurrent européen a pris la direction exactement inverse. Le 22 juillet 2026, la communauté de Codeberg a voté à 71 % l'interdiction des dépôts majoritairement générés par IA, avec Claude et OpenAI Codex nommément dans le viseur. Une prise de position qui traduit autant un choix éthique qu'une contrainte économique très concrète.

Pour comprendre ce vote, rappelons ce qu'est Codeberg et pourquoi ce n'est pas juste une « forge européenne ». Fondée en 2018 sous la forme d'une association à but non lucratif de droit allemand (un Eingetragener Verein, pour ceux qui aiment les détails), Codeberg.org héberge des projets libres et open source sur une instance de Forgejo, le fork communautaire de Gitea. Avec un peu plus de 1 100 membres, deux salariés à temps partiel et un financement par dons, la forge opère à une échelle qui rend chaque unité de stockage et chaque requête d'intégration continue précieuse. Ce n'est pas GitHub, propriété de Microsoft depuis 2018 et adossée à des ressources industrielles sans commune mesure. C'est précisément pour ça que la décision a été prise.

La communauté a tranché : l'IA n'a pas sa place sur Codeberg

Le vote clos le 22 juillet a réuni 358 voix pour et 144 contre, avec 14 abstentions, sur une participation d'environ 50 %. L'amendement aux Conditions d'utilisation est sans ambiguïté : « Vous ne devez pas partager de projets qui consistent majoritairement en du code écrit par des outils d'IA générative (y compris des services tels que Claude, OpenAI Codex). » Codeberg cite deux raisons principales. La première est juridique : le statut du droit d'auteur sur le code généré par IA reste non tranché en droit européen (comme aux États-Unis d'ailleurs), ce qui expose l'hébergeur à des risques légaux sur du contenu dont la provenance et la propriété sont floues. La deuxième raison est, disons, plus crue : un SSD coûtait environ 700 € à la plateforme il y a quelques années. Il coûte désormais 3 700 €, soit une multiplication par cinq portée en partie par la demande en puces mémoire tirée par l'IA. Les dépôts « vibe-codés » (où une IA génère l'intégralité d'une application avec une intervention humaine minimale, souvent abandonnés dès la création) consomment du stockage et de la bande passante CI/CD sans apporter de valeur à la communauté. L'interdiction vaut aussi pour l'avenir : un second vote engage Codeberg à ne jamais entraîner de modèle IA sur le code hébergé ou les données de ses utilisateurs. Une promesse que GitHub n'a pas faite, pour ne pas la nommer.

Quelques précisions sur les limites de la décision. La règle s'applique aux projets « majoritairement » générés par IA, sans qu'un seuil technique ait été défini ni qu'une méthode d'enforcement ait été précisée : détecter du code IA reste un défi ouvert, surtout quand il a été édité ou mélangé avec du code humain. Il n'y aura pas non plus de purge immédiate des dépôts existants ayant une communauté active ou un historique antérieur à l'ère des LLMs. Armin Ronacher, créateur du framework Python Flask et par ailleurs cofondateur d'Earendil, une jeune pousse d'agents IA (l'information a son importance pour situer sa position), a pris le contrepied en jugeant publiquement la décision « très mauvaise » et en invitant Codeberg à reconsidérer sa position. Il n'a pas convaincu les votants.

GitHub pousse Copilot, Codeberg bannit Claude : deux visions du logiciel libre

Depuis le début de 2025, l'open source navigue dans un débat difficile sur le code généré par IA : Flathub a durci ses règles après que ses bénévoles de revue se sont retrouvés submergés par des soumissions automatisées de mauvaise qualité, et la communauté Fedora a rejeté un projet de distribution « AI Developer Desktop » après des discussions animées. Codeberg a d'ailleurs profité de la même assemblée pour bannir également les projets de cryptomonnaies, en s'appuyant explicitement sur le précédent posé par la forge SourceHut en 2023. OpenAI Codex, explicitement nommé dans les nouvelles CGU de Codeberg, était précisément le modèle sur lequel GitHub Copilot a été construit à l'origine. Le clivage n'est donc pas subtil : d'un côté, une forge commerciale adossée à l'une des entreprises les plus valorisées du monde qui voit le code IA comme un avantage compétitif ; de l'autre, un nonprofit européen de 1 100 membres qui voit le même code comme une menace existentielle pour le modèle FLOSS.

Pour les développeurs français et européens qui cherchent une alternative à GitHub sur des bases éthiques et souveraines, Codeberg devient de facto la référence la plus lisible. Pas parfaite (les zones grises d'enforcement sont réelles), mais lisible. Dans le contexte de l'EU Chips Act, des débats sur la souveraineté numérique et d'une Commission européenne qui commence à poser des questions sur l'exposition des données de développeurs européens aux clouds américains, une infrastructure qui s'engage explicitement à ne pas alimenter les labs IA avec le code de ses utilisateurs a, c'est le moins qu'on puisse dire, une certaine cohérence. La question de savoir si cette cohérence se traduit en adoption reste ouverte. Mais le camp de ceux qui voteront avec leurs dépôts existe, et il sait désormais où aller.