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L’adaptation des forêts, le défi écolo qui rattrape Macron et ses aspirants successeurs

Les incendies monstres de cet été 2026 font craindre le pire pour les forêts françaises, sous-dotées financièrement dans l’adaptation au réchauffement climatique.

Emmanuel Macron, ici dans la  "Foret des Géants" à Libreville au Gabon en mars 2023 - photo d’illustration.

LUDOVIC MARIN / AFP

Emmanuel Macron, ici dans la "Foret des Géants" à Libreville au Gabon en mars 2023 - photo d’illustration.

Plus aucun arbre pour cacher la forêt. Les incendies déclarés courant juillet dans l’hexagone ont parcouru 117 000 hectares et détruit massivement la végétation. Les risques demeurent et la priorité des pouvoirs publics reste la protection des personnes et le soutien aux services de sécurité civile, devenu un enjeu politique. Mais dans une séquence où Emmanuel Macron tente de défendre son bilan sur l’adaptation climatique, les forêts apparaissent comme un angle mort.

Le 27 juillet, le président de la République s’est rendu en Gironde, où 45 000 hectares sont partis en fumée. « On aura à replanter, rebâtir, mais on devra replanter et rebâtir une forêt différente. Parce que cette forêt n’est pas la même, parce que les conditions structurelles de changement climatique dans lesquelles on va vivre, parce qu’aussi la pression de l’habitation et du tourisme qui s’est déployée ces dernières décennies, a changé », a-t-il déclaré.

Son propos en rappelle un autre, tenu en octobre 2022. À l’époque, les canicules de l’été et la destruction de 20 000 hectares en Gironde déjà font office de petit électrochoc. Le chef de l’État promet alors « la plantation d’un milliard d’arbres » - soit 10 % de la forêt française - d’ici 2032. « C’est faisable » assure-t-il.

Malgré un engagement affiché, la méthode Macron critiquée

Le gouvernement n’a pas attendu d’être face aux flammes pour plancher sur le sujet. Dès 2020, un volet forestier a été intégré au plan « France Relance » avec une enveloppe de 200 millions d’euros sur deux ans. En 2023, Emmanuel Macron met les mains dans la terre pour son plan « Un jeune, un arbre » et la même année, une loi acte la mise en place d’une « Stratégie nationale de défense des forêts et des surfaces non boisées contre les incendies ». Elle verra officiellement le jour en 2025 et sera intégrée au troisième Plan d’adaptation national au changement climatique (PNACC3).

Mais dans le document gouvernemental, la stratégie se concentre sur la culture du risque (cartographie, sensibilisation des populations exposées…) sans vraiment se pencher sur l’adaptation de la forêt. Pire : la politique de plantation massive impulsée par le président de la République est décriée par les spécialistes, qui déplorent qu’elle se traduise principalement par des « coupes rases ». Ce procédé consiste à abattre la totalité des arbres sur une parcelle, pour l’exploitation forestière ou pour des raisons sanitaires ou d’adaptation au réchauffement climatique en replantant des espèces plus résilientes.

Mais alors qu’elle est présentée par l’office national des forêts (ONF) comme « une décision de dernier recours », la méthode est si utilisée en France est telle qu’elle favorise « un déstockage immédiat du carbone contenu dans la biomasse » des arbres et des sols forestiers selon l’ONG Canopée. En avril 2025, c’est le directeur par intérim du secrétariat général à la planification écologique qui s’inquiète publiquement : dans une note publiée à titre personnel et repérée par Le Monde, Frédérik Jobert estime qu’en privilégiant ces coupes à d’autres procédés, « l’État subventionne la perte de biodiversité ». Une alerte forte, alors que ce secrétariat est directement rattaché à Matignon.

À ces critiques s’ajoutent les interrogations sur la faisabilité de la promesse d’Emmanuel Macron. Selon les chiffres du gouvernement au 1er juillet 2026, 126 millions d’arbres ont été plantés uniquement grâce aux deniers publics, ce qui représente environ 31,5 millions de plants par an. À ce rythme, ce sont donc environ 315 millions d’arbres qui pourront être plantés d’ici 2032. Très loin de la promesse initiale d’un milliard.

La forêt, une priorité sur le long terme

À l’issue du Conseil des ministres du 27 juillet, le gouvernement a pourtant avancé le chiffre de « 300 millions d’arbres plantés depuis 2021 ». Ce, grâce aux financements publics mais aussi à « l’appui du privé » qui semble donc indispensable pour concrétiser l’objectif d’Emmanuel Macron. Problème : la fédération forestière privée juge sévèrement l’action de l’État pour le renouvellement forestier. « Adapter les forêts aux changements climatiques est le quotidien des forestiers. (...) Tandis que le gouvernement a suspendu le fonds de soutien et n’a jamais remis en question des normes qui sont contradictoires avec une gestion active et durable », a dénoncé Fransylva dans une déclaration écrite à l’AFP le 28 juillet, au lendemain des déclarations d’Emmanuel Macron en Gironde.

Le financement représente une part importante de la tâche confiée à Monique Barbut, restée au gouvernement avec la forêt érigée en « priorité ». Le 21 juillet, la ministre de la Transition écologique avait estimé « entre 5 et 10 000 euros » le coût de restauration d’un hectare. Appliqué uniquement aux 42 000 hectares détruits en Gironde, cela représenterait un coût total minimal de 210 millions d’euros. Souhaitant « accélérer » sur sa mobilisation, le gouvernement a annoncé un « programme budgétaire dédié » à partir de 2027, le fléchage de 100 millions d’euros issus du Fond Verts, et la mise en place d’une « start-up d’État » pour une meilleure coordination entre les différents acteurs. La prochaine édition du Loto de la biodiversité devrait aussi être consacrée à la forêt.

Reste un paramètre sur lequel ni Sébastien Lecornu ni Emmanuel Macron n’ont la main : le temps. En Gironde, les pompiers mettent en garde sur un feu qui mettra « des semaines, au minimum, voire des mois » avant d’être éteint complètement dans le sous-sol. En parallèle, les experts environnementaux alertent sur les dangers pour l’écosystème à replanter immédiatement. « Il faut laisser le sol se reposer, se régénérer au moins 2-3 ans », estime auprès de l’AFP Arthur Guérin-Turcq, géographe enseignant à Sorbonne Université.

Emmanuel Macron quittera ses fonctions au plus tard le 13 mai. L’adaptation des 17 millions d’hectares de forêt hexagonale échoira donc à son successeur à l’Élysée. Et si l’écologie peine généralement à s’inscrire comme un thème de campagne, l’été 2027 qui suivra la présidentielle risque bien de remettre le dossier sur le haut de la pile.