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Jessica, auxiliaire de vie payée 500 euros par mois : "C'est pas évident parce que je travaille, mais c'est soit ça, soit je mange pas"

À 20 ans, Jessica, auxiliaire de vie en CDI à Rouen, vit avec moins de 500 euros par mois. Quand son frigo se vide, une porte s’ouvre aux Restos du Cœur.

Devant le centre des Restos du Cœur de Rouen, une file se forme pour les dernières inscriptions. Parmi eux, Jessica, 20 ans, petite silhouette d’auxiliaire de vie en blouse claire, serre un dossier de papiers. Elle travaille en CDI dans une maison de retraite, mais son budget alimentation ne tient plus : sans ce panier, sa semaine reste vide de courses.

Elle a longtemps repoussé ce moment, persuadée que, puisqu’elle travaille, elle ne correspondrait pas aux critères. Son contrat a pourtant été réduit au printemps, et son salaire presque divisé par deux. Les factures tombent, le frigo se vide. Elle résume sans détour : « C’est pas évident parce que je travaille. » Puis ajoute : « J’ai envie de dire c’est soit ça soit je mange pas hein ».

Jessica, auxiliaire de vie payée 500 euros par mois : « C'est pas évident parce que je travaille, mais c'est soit ça soit je mange pas » © Documentaire société

Auxiliaire de vie en CDI, mais seulement 500 euros pour vivre

En maison de retraite, Jessica accompagne des personnes âgées du lever au coucher, toilettes, repas, conversation volée entre deux soins. Jusque là, son contrat lui rapportait autour de 700 euros par mois. Après une baisse d’heures imposée, elle ne fait plus que 105 heures et tombe entre 400 et 500 euros, pour payer loyer, charges et transport.

La bascule remonte à mai. Depuis que son contrat a été « abaissé », Jessica se dit « un petit peu dans la panade ». Vingt ans, seule face au loyer et aux courses, elle découvre ce que signifie la précarité alimentaire alors même qu’elle enchaîne les journées de travail. Son cas ressemble à celui de nombreux travailleurs pauvres, coincés dans un temps partiel subi.

Restos du Cœur : en CDI, cette auxiliaire de vie ne touche que 500 euros par mois © Reworld Media

Restos du Cœur : en CDI, cette auxiliaire de vie ne touche que 500 euros par mois

Restos du Cœur : oser s’inscrire quand on a un CDI

Le déclic est venu d’une assistante sociale qui lui parle des Restos du Cœur. Jessica connaissait l’association de nom, pas ses règles. Elle confie : « Je pensais pas pouvoir correspondre aux critères comme je travaillais. » Au guichet, le bénévole épluche ses justificatifs, note son CDI, applique un barème de ressources et lui confirme qu’elle y a droit.

Ses revenus, une fois soustraits le loyer et les charges, passent sous le seuil fixé par les barèmes de l’association : elle obtient une carte d’inscription. Pour beaucoup de personnes qui travaillent, le blocage se joue là, dans l’idée qu’elles ne sont pas assez pauvres. L’expérience de Jessica montre qu’un CDI n’empêche pas de demander une aide alimentaire.

Un panier du mercredi pour tenir, au milieu des nouveaux précaires

Chaque semaine, Jessica repart avec un colis alimentaire censé couvrir sept jours : des denrées de base et quelques produits de dépannage. Ce panier représente environ 100 euros d’économies par mois sur son budget courses. Dans son équilibre fragile, cette somme fait la différence entre un frigo rempli et des repas sautés pour tenir jusqu’à la fin du mois.

La contrepartie, ce sont les contraintes d’horaires. Jessica doit venir tous les mercredis au centre, alors qu’elle termine certains soirs, comme le lundi, à 20 h 15 et qu’elle soigne des résidents jusqu’à tard. Elle décale des clients, s’organise au millimètre. Autour d’elle, de plus en plus de jeunes, d’étudiants et de mères célibataires suivent la même file d’attente.

En bref

  • 🗓️ Jessica, 20 ans, auxiliaire de vie en CDI à Rouen, voit son salaire réduit à 500 euros par mois depuis mai.
  • 📉 Malgré son emploi, elle s'inscrit aux Restos du Cœur pour obtenir une aide alimentaire indispensable.
  • 🍽️ Son expérience révèle que même avec un CDI, la précarité alimentaire peut toucher les travailleurs.