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Jean-Luc Mélenchon ou Raphaël Glucksmann: vers qui vont pencher les unitaires de gauche pour la présidentielle 2027?

De gauche à droite, Benjamin Lucas (Génération.s), Marine Tondelier (Les Écologistes), Lucie Castets, Olivier Faure (PS) , Clémentine Autain (L'Après) et François Ruffin (Debout!) à Bagneux (Hauts-de-Seine) le 2 juillet 2025

De gauche à droite, Benjamin Lucas (Génération.s), Marine Tondelier (Les Écologistes), Lucie Castets, Olivier Faure (PS) , Clémentine Autain (L'Après) et François Ruffin (Debout!) à Bagneux (Hauts-de-Seine) le 2 juillet 2025 - CARINE SCHMITT / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

François Ruffin, Marine Tondelier, Clémentine Autain... Les différents tenants d'une large union à gauche sont désormais presque contraints de choisir entre deux offres politiques, celles de Jean-Luc Mélenchon et de Raphaël Glucksmann.

À Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, la plupart des unitaires de gauche font scène commune le 2 juillet 2025. Il y a Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, son homologue des Écologistes, Marine Tondelier, les anciens insoumis François Ruffin et Clémentine Autain, le député Benjamin Lucas-Lundy ou encore Lucie Castets, que la gauche unie voulait envoyer à Matignon en 2024 après les législatives. La bande est venue prêter "serment": elle aura un "candidat commun" pour 2027, avec l'idée d'organiser un système de départage.

Plus d'un an plus tard, le 11 octobre 2026, il est bien question de primaire. Celle-ci a même rendu son verdict. Mais son vainqueur n'est pas passé par Bagneux. Il s'agit de Raphaël Glucksmann. Le député européen l'a emporté dans une compétition au périmètre bien réduit par rapport à celui dessiné par les unionistes dont il ne voulait pas entendre. Seuls les partis du "pôle socialiste" ont participé.

Pour lui, c'est un triomphe, une élection remportée dès le premier tour. En miroir, Olivier Faure encaisse une défaite cinglante. Sa stratégie d'union a été battue. Lui n'excluait pas toute alliance avec les insoumis, contrairement à son adversaire de Place Publique derrière lequel il est contraint de se ranger.

Les unitaires contraints de choisir entre Mélenchon et Glucksmann?

Que reste-t-il désormais? Deux offres bien distinctes, représentées par leur candidat respectif, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. L'affiche a des allures de gauches irréconciliables. Le leader insoumis et l'essayiste sont les seuls à réellement exister dans les sondages depuis des mois. Avec un avantage pour le premier, en position de se qualifier au second tour, même si son rival bénéficie d'un élan postprimaire.

Au milieu, rien n'émerge. Marine Tondelier ou François Ruffin, lorsqu'ils sont testés, n'atteignent pas les 5%. La situation ressemble à une impasse. Les unitaires sont-ils contraints désormais de choisir une gauche plutôt que l'autre?

"Je ne crois pas aujourd'hui que les conditions sont réunies pour faire autre chose qu'un choix entre ces deux options-là", reconnaît Benjamin Lucas, co-cordinateur national de Génération.s, le parti fondé par Benoît Hamon.

Son collègue de l'Après, Alexis Corbière, exclu de LFI aux dernières élections législatives, concède une forme d'échec: "j'ai essayé de porter un débat dans La France insoumise sur cette stratégie (d'union), on connaît le sort qui m'a été réservé. J'ai essayé de rassembler des forces sur le périmètre de Bagneux pour continuer la stratégie du Nouveau Front populaire (l'alliance de la gauche aux législatives 2024) y compris à la présidentielle. Le résultat à l'heure actuelle est que tout cela n'a pas marché."

"Est-ce que pour autant il y a une stratégie gagnante qui se met en place dans notre camp", questionne le député de Seine-Saint-Denis dans la foulée, rappelant que "pour l'instant, c'est Marine Le Pen qui gagne, ce qui devrait nous inquiéter collectivement", selon lui.

"Je ne vois pas de chemin de victoire, c'est à eux de nous en faire la démonstration"

Les Écologistes sont sur la même ligne. Ils répètent les arguments déployés depuis des mois. "Moi, mon critère de choix, c’est qui peut gagner la présidentielle à gauche et aujourd’hui, personne n’est capable de l’emporter seul. Vous pouvez dire que moi je n’en suis pas capable, mais les autres non plus, seul ça ne marchera pas", a souligné Marine Tondelier sur BFMTV mercredi 14 octobre.

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Sa porte-parole, Léa Balage El Mariky renvoie ses concurrents de gauche à leurs responsabilités: "je veux bien que l’on nous refile à chaque fois le mistigri de l’union, mais en réalité celles et ceux qui devraient répondre sur leur capacité à s’élargir, c’est Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. Et moi je n’ai entendu ni de l’un, ni de l’autre, une vraie volonté d’élargir son camp pour pouvoir l’emporter", dit-elle, avant de poursuivre: "je ne vois pas de chemin de victoire. C'est à eux de nous en faire la démonstration."

Reste que Les Écologistes font face à des pressions internes. Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, les deux finalistes de la primaire du parti au tournesol pour la présidentielle 2022, ont déjà tranché. Le sénateur soutient Raphaël Glucksmann, tandis que la députée pousse pour une alliance avec LFI.

Pour régler l'épineuse question stratégique, les militants verts voteront entre le 10 et le 13 décembre: veulent-ils une candidature autonome ou plutôt un soutien envers un autre candidat? En attendant, "on va rencontrer tout le monde", a assuré Marine Tondelier, qui souhaite notamment définir un "contrat de gouvernement" avec ses partenaires en vue des prochaines élections législatives.

Car, la course élyséenne n'est pas la seule élection que la bande de Bagneux a en tête. Si "l'union pour la présidentielle" lui semble désormais "compliquée", "il va falloir penser à s'unir aussi pour les législatives", a prévenu François Ruffin sur LCI jeudi 15 octobre.

Raphaël Glucksmann accusé de vouloir faire alliance avec la droite

Or, sur ce point les unitaires critiquent ouvertement Raphaël Glucksmann. Ce dernier "ayant fermé à double tour toute alliance avec LFI, doit-on s’attendre demain à un accord avec le mal nommé "bloc central", qui n'est rien d'autre que la droite", a interrogé Clémentine Autain sur le réseau social X à l'issue de sa victoire lors de la primaire, même si le principal intéressé se défend de vouloir suivre une telle stratégie.

"On ne sent pas un fan-club de Raphaël Glucksmann très fort chez nous", confie un proche de Marine Tondelier, estimant que l'écologiste Yannick Jadot, qui a soutenu le social-démocrate, est "resté très seul" dans sa démarche, "en dépit de ses efforts pour avoir d'autres élus à emmener avec lui".

Jean-Luc Mélenchon a pour lui de s'être allié à ses principaux partenaires lors des deux dernières élections législatives. Si bien que "l'hypothèse de (le) soutenir n'est pas totalement farfelue", d'après Benjamin Lucas-Lundy. Lequel rappelle qu'en 2022 la gauche avait fait campagne avec l'idée que l'insoumis devienne Premier ministre.

Pour autant, personne ne veut insulter l'avenir. Chacun temporise. Alexis Corbière spécule, se demandant ce qui peut "bousculer" la situation actuelle et pousser à l'union. Interrogé avant les manifestations du 17 octobre, l'ancien porte-parole de Jean-Luc Mélenchon s'interrogeait sur "une accélération du calendrier", avec des législatives anticipées. Il évoquait également l'hypothèse où "le bloc central se rassemble et peut-être, s'il le fait, montre la difficulté qu'il y a pour la gauche à être au second tour".

L'heure du choix n'est pas (encore?) venue.

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