taraskuzio.com

« Je voulais qu’il se taise » : excédée par l’alcoolisme de son fils, elle le poignarde au thorax lors d’une dispute au Thoronet

Bénédicte, 54 ans, n’a jamais mis les pieds dans un tribunal. Encore moins dans un box de tribunal correctionnel. Et pourtant, là voilà ce lundi après-midi, mouchoir en papier à la main, devant répondre de violences avec arme en état d’ivresse manifeste.

Bénédicte, habitant au Thoronet depuis de longues années, n’a jamais mis les pieds dans un tribunal mais aurait pu se retrouver, pour quelques centimètres, accusée de meurtre sur descendant. Car c’est au thorax qu’elle a porté deux coups de couteau à son fils le 15 octobre dernier, le touchant au foie. Pour autant, le prronostic vital de la victime n’a jamais été engagé.

« Je voulais qu’il se taise, hoquette la prévenue. Il me pousse à bout, il m’insulte, m’empêche de dormir… Depuis ses 16 ans, il a de mauvaises fréquentations. On lui propose du crack, il prend de la cocaïne, il boit. Il faut l’éloigner du Thoronet. »

Depuis que Bénédicte est revenue dans l’appartement de son fils de 27 ans pour le sortir de ses addictions, les disputes sont légion. « J’ai appris qu’il y avait des squatteurs, qu’il ne payait pas le loyer, je voulais l’aider. »

Mais Bénédicte abuse elle aussi de l’alcool, avec un penchant prononcé pour le rosé. Alors, quand son fils frappe à la porte de sa chambre « toute la nuit » en l’inondant d’injures, elle finit par voir rouge. C’est ce qu’il s’est passé le 12 juin.

« J’ai pris un couteau pour l’intimider » assure la prévenue. Le coup est « parti tout seul », « c’était involontaire », et a fini dans la cuisse du fiston.

La qualification de tentative de meurtre un temps retenu

Rebelote cinq mois plus tard. Cette fois, selon l’oncle de la victime, il serait question du volume de la télévision. « Elle voulait que j’arrête mon vacarme » reconnaîtra Germain devant les gendarmes, sans vouloir porter plainte contre sa mère.

Quand elle se présente devant lui couteau de cuisine à la main, le jeune homme se protège avec la table basse. Il prend un premier coup au bras gauche, puis deux autres au thorax. Après les faits, Bénédicte avait envoyé un SMS à son frère indiquant « je l’ai planté ».

« Madame explique son geste par un excès de rage et de colère, il n’empêche que la qualification de tentative de meurtre a été un temps retenue, détaille la procureure Justine Poirieux. La victime reconnaît être difficilement gérable et devoir se faire soigner, mais nous sommes face à une gradation dans le passage à l’acte chez madame qui interpelle. Que se passera-t-il la troisième fois ? »

La détention « pour éviter un drame »

Malgré un casier judiciaire vierge, le tribunal décide de placer Bénédicte six mois en détention, afin de mettre un terme à la cohabitation et « d’éviter un drame ». À sa sortie, elle devra suivre durant dix mois un sursis probatoire comprenant une obligation de soins. Et elle ne devra plus entrer en contact avec son fils ni paraître à son domicile.

« Ce dossier est celui de la misère, soupire Me Jamel Guesmi en défense. Face à un fils qui lui mène la vie dure, une maman à bout de souffle, impuissante et vulnérable, a réagi de façon disproportionnée. »

Dans le box, hébétée, Bénédicte ne semble pas avoir compris ce qui lui arrive.