« Je suis encore en forme à un âge ou d’autres ont jeté l’éponge » : François Holzerny, le traileur quinqua toujours là
Il est préférable de trottiner depuis quelques années dans les sentiers pour avoir entendu parler de son patronyme. Non pas que François Holzerny soit un inconnu. À 54 ans, l’Azuréen est plutôt un vieux de la vieille.
N’y voyez rien de péjoratif : son nom claque comme une référence. Longtemps nourri au tartan et à l’asphalte, le coureur s’est peu à peu habitué aux cailloux et aux racines. Avec succès.
Ce dimanche, il a encore chassé les premières places lors du trail de Valberg. Engagé sur le 42 km (1900m de denivelé) qu’il avait gagné en 2025, François Holzerny a passé la ligne à la deuxième place derrière un Théo Le Boudec intouchable et de 24 ans son cadet.
« Théo est parti seul devant et personne ne s’est occupé de lui, on savait tous qu’il était bien au-dessus, sourit celui qui compte plusieurs podiums sur l’Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour. Moi, je savais aussi que j’étais un ton en dessous par rapport à l’an dernier, j’avais été moins studieux à l’entraînement (sourire). Et puis avec l’âge, on part un peu moins vite que les jeunes... »
Bien se connaître pour contenir le déclin
Des jeunes de plus en plus nombreux sur les sentiers : en plein essor, le trail voit son nombre de pratiquants grimper en flèche et les pelotons se rajeunir. Un temps prisées par les traileurs chevronnés, les longues distances sont aujourd’hui plutôt dominées par la relève.
Avec les autres coureurs de sa génération, François commence forcément à faire office d’ancien parmi les jeunes loups. Avec de jolis atouts… « Sur du long format, on tire parti d’une bonne économie d’énergie, de l’endurance et de l’expérience, éclaire ce prof de maths dans un collège de Nice. La connaissance de soi permet de contenir un peu le déclin. Moi, je ne vais pas beaucoup plus vite sur un 25 km que sur un parcours de 40 ou 50 km. »
Ce qui a pu lui servir à Valberg ce dimanche, lui qui profite de ses trajets domicile-travail pour s’entraîner. « J’étais à la bagarre jusqu’à Beuil (km 27) avec des jeunes qui descendaient un peu mieux que moi. Mais parfois, certains flanchent quand on arrive autour de 3h de course. Avec l’habitude, je connais à peu près la vitesse que je peux maintenir et gérer. »
« Je me dis que je suis encore en forme à un âge ou d’autres ont jeté l’éponge »
À le voir galoper, on pourrait presque croire que c’est une formalité. Mais ses performances ne viennent évidemment pas de nulle part et l’Aspremontois a su faire fructifier ses belles qualités au fil des années.
« J’ai un passé sur marathon qui m’a donné des bases qui me permettent encore d’être dans le coup, situe celui qui visera encore moins de 2h30 ( !) sur la prochaine édition de Nice-Cannes. C’est sûr que je n’ai plus du tout la puissance musculaire pour faire ce que je faisais il y a dix ans. À partir de 45 ans, j’ai été obligé de faire attention à ce que je m’imposais. Avant, le seul risque que je prenais c’était d’être trop fatigué, mais je n’étais jamais blessé. »
Si l’exigence et l’envie de jouer la gagne ne se sont pas évaporées, la sagesse doit parfois prendre le dessus. « Souvent, je me lève en me disant : ‘‘Qu’est-ce que mon corps va supporter aujourd’hui ?’’. C’est sûr que c’est gratifiant de jouer devant, beaucoup de gens m’encouragent comme je suis sur les parcours depuis un moment. C’est d’ailleurs assez stimulant de voir comment on peut résister. Mais c’est du bonus, je n’ai pas ce stress du résultat à tout prix. Je me dis que, quoiqu’il arrive, je suis encore en forme à un âge ou d’autres ont jeté l’éponge. »