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"Je pense qu’on ne les reverra jamais…" : 80 000 euros de cartes Pokémon disparaissent mystérieusement, une famille toulousaine porte plainte

l'essentiel Une mère et son fils accusent d’anciens proches de ce dernier d’avoir fait disparaître une collection constituée pendant plus de vingt ans. Deux plaintes ont été déposées. Au cœur du dossier : quatre classeurs de cartes Pokémon dont la valeur est estimée par la famille à près de 80 000 euros.

En 2023, lorsqu’il arrive dans un palace du Vaucluse comme commis de cuisine, Steven a 21 ans et le sentiment d’avoir trouvé sa place. Formé au lycée hôtelier de Toulouse, le jeune homme se lie rapidement avec trois membres de la brigade : un couple de cuisiniers, d’une dizaine d’années ses aînés, et Y., le chef cuisinier. Eux se connaissent déjà pour avoir travaillé ensemble à Cannes, dans un restaurant réputé.

Très vite, les relations dépassent le cadre professionnel. Steven part même en vacances avec certains d’entre eux. À Toulouse, sa mère, Manuela, voit cette proximité d’un bon œil. "Je le sentais en sécurité. Comme si des gens bien l’avaient pris sous leur aile", raconte cette employée administrative de 59 ans à l’université de Toulouse. Sa mère le décrit comme sociable, mais aussi "un peu innocent", avec quelques difficultés. Alors, avec cette amitié nouvelle, elle est heureuse pour lui.

Trois ans plus tard, la confiance s’est fracassée. Steven et sa mère accusent désormais ces anciens proches du jeune homme d’avoir fait disparaître une importante collection de cartes Pokémon, constituée pendant plus de vingt ans et qu’ils estiment à près de 80 000 euros. En 2024, le groupe quitte le Vaucluse pour le Jura, près de Genève. Une opportunité s’est présentée dans un restaurant ayant perdu son étoile Michelin. Y. veut la reconquérir. Steven les suit.

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Au début de 2025, ses relations avec C., l’un des membres du couple, prennent aussi une dimension financière. Son ami lui avance de l’argent pour un voyage en Floride, puis pour l’achat d’une moto. Le 29 juillet, Steven est victime d’un accident et se fracture une vertèbre. Il interrompt son activité pendant quatre mois avant de reprendre son travail en novembre. À cette période, il loge chez le couple et lui doit, selon sa mère, environ 3 200 euros.

Des milliers d'euros dépensés 

Parti quelques jours à Lyon à la fin du mois de novembre, Steven reçoit un appel de ses amis. Ils lui reprochent notamment d’avoir fréquenté une jeune femme qu’ils désapprouvaient et lui annoncent qu’il doit quitter leur domicile et son emploi.

Lorsqu’il revient récupérer ses affaires, certaines ont été placées dans des sacs-poubelle. Son matériel informatique manque en partie. Surtout, quatre grands classeurs de cartes Pokémon ont disparu.

La collection est aussi celle de sa mère. "Ça a commencé avec moi en 2003", raconte Manuela. Au fil des années, mère et fils achètent régulièrement des cartes dans des magasins spécialisés. Toute la famille en offre à Steven pour les anniversaires et les fêtes. Manuela estime avoir dépensé entre 4 000 et 5 000 euros, son fils plus de 13 000 euros, auxquels s’ajouteraient plusieurs milliers d’euros de cadeaux.

Certaines cartes vaudraient aujourd’hui plusieurs milliers d’euros. L’une d’elles aurait été signée par Ken Sugimori, figure historique de l’univers Pokémon. La famille évalue l’ensemble à 80 000 euros et affirme disposer de factures pour une part importante des achats.

Un voyage périlleux

Steven menace alors de porter plainte. Il se rend à la gendarmerie, puis retourne voir ses anciens proches, sans récupérer la collection. Le 11 décembre 2025, Manuela quitte la banlieue toulousaine à 6 heures du matin avec 5 000 euros en espèces afin de solder ce qu’elle pense être la dette de son fils et récupérer ses biens. Après près de sept heures de route, elle retrouve Y., qui lui remet du matériel informatique et quelques affaires. Toujours pas les cartes.

"J’ai montré que l’argent était là. Je n’avais pas fait tout ce chemin pour repartir avec la moitié des affaires", explique-t-elle. Selon son récit, le chef cuisinier lui répond alors que les cartes ont été jetées. Elle conserve l’argent et se rend à la gendarmerie.

En février 2026, Manuela saisit Me Aurélien Serre. Deux mises en demeure restent sans réponse, selon l’avocat. Des plaintes avec constitution de partie civile visant notamment des faits de vol et d’abus de faiblesse sont ensuite déposées auprès des parquets de Bourg-en-Bresse et de Lons-le-Saunier.

Dans son cabinet toulousain, aux murs blancs et au parquet sombre, Me Serre pointe "des incohérences" et "un préjudice économique et sentimental conséquent".

Pour Manuela, l’affaire dépasse depuis longtemps la seule valeur marchande des cartes. "J’y pense tous les jours. Je vois encore une psychologue pour faire du ménage dans ma tête", confie-t-elle.

Steven travaille aujourd’hui en Corse. Sa mère le dit moins enjoué, plus isolé. Elle-même ne croit presque plus revoir les quatre classeurs. "Je pense qu’on ne les retrouvera jamais."