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Décryptage : Jalibert-Ntamack, l'inattendue alliance a fait des étincelles avec le XV de France

Romain Ntamack et Matthieu Jalibert ne sont pas spécialement amis dans la vie. Sur le terrain, ils sont l'eau et le feu, deux modèles très différents de numéro 10. Ils sont aussi des rivaux frontaux avec leur club, respectivement le Stade Toulousain et l'UBB, les deux meilleurs de l'Hexagone. Les deux joueurs sont aussi des concurrents directs en équipe de France, qui n'avaient pas réussi à briller lors de leur seule titularisation commune, en 2021 (contre la Géorgie, 41-15).

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À chaque occasion, la presse met en scène leur affrontement. Mais les discussions les plus animées sont finalement celles entre les supporters des deux camps, qui ont pour la plupart du mal à adorer l'un sans détester l'autre. Ce décor est celui d'une cohabitation sportive impossible, et c'est d'abord cette idée que Jalibert et Ntamack - ou l'inverse - ont fait voler en éclats lors du Championnat des nations.

Ils ont réussi à jouer ensemble sans faire doublon

Face au Japon, ce samedi (15-42), comme en Australie la semaine passée (26-42), ils ont réussi à jouer ensemble sans faire doublon, sans que l'un ne souffre de la présence de l'autre et en bonifiant leur équipe. Obligé de troquer le 10 contre le 15, Jalibert est celui qui avait le plus à perdre. Il a au contraire beaucoup gagné, avec deux prestations majeures et un doublé à Tokyo. Le secret de cette réussite ? Ils ont joué au même poste, ou plutôt aux mêmes postes, mi-10/15, mi-15/10.

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Ce système à deux ouvreurs et deux arrières n'est pas nouveau dans l'ère Galthié, mais il s'animait jusque-là avec un pur 10 (Ntamack ou Jalibert) et un 15 de métier (Thomas Ramos), pas avec deux ouvreurs concurrents. Pour comprendre à quel point le duo bordelo-toulousain s'est accordé, il suffit de replonger dans la première action du match, au cours de laquelle Romain Ntamack a sans cesse laissé la conduite du jeu à son arrière.

(TF1)

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(1/3) Après un dégagement japonais sur l'aile droite française, Jalibert (halo bleu) est le plus proche du ballon. Il se positionne naturellement en 10, et Ntamack (halo rouge) en deuxième attaquant, comme un centre.

(TF1)

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(2/3) Quand Moefana perce après une passe de Jalibert, Ntamack se glisse complètement dans son rôle de centre en se proposant au soutien. Il va ensuite déblayer dans le ruck, alors que Jalibert reste lui en retrait pour organiser la suite de l'attaque, à la manière de l'ouvreur qu'il est sur cette action.

(TF1)

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(3/3) Alors que le jeu a rebondi vers la droite, Ntamack (halo rouge) a repris sa place dans la ligne. Mais en « retard » par rapport à Jalibert, il lui laisse la main sans aucune hésitation ni de l'un ni de l'autre. Une entente qui fluidifie le jeu et permet d'avoir plusieurs menaces.

Cette bonne entente a été essentielle également sur les deux essais de Matthieu Jalibert, le premier étant la conséquence directe d'un bon service à hauteur de Romain Ntamack, et le second ayant été marqué grâce, notamment, à une juste répartition des rôles.

(TF1)

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(1/2) On est quelques instants avant le deuxième essai de Jalibert. On voit le Bordelais et Ntamack l'un derrière l'autre (halo blanc), dans ce qui ressemble à une structure d'attaque verticale. Pour comprendre ce positionnement, il faut remonter quelques secondes en arrière : quand Ntamack s'est replacé, il a vu Jalibert en numéro 10, et a donc décidé de se positionner derrière lui, à nouveau comme deuxième attaquant. Le ballon va d'abord passer entre les mains de Lucu, qui va attaquer la défense...

(TF1)

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(2/2) Quand Lucu s'engage, Ntamack et Jalibert lui proposent chacun une solution : le Toulousain en profondeur, et Jalibert en croisée.  C'est ce dernier que Lucu sert d'une subtile passe aveugle.

L'autre constat après deux matches est que cette alliance permet par ailleurs à chacun d'exprimer des qualités qui lui sont propres et qui ne sont pas la nature première de l'autre : la défense et la gestion pour Ntamack, la provocation et le punch pour Jalibert. Cela a été très marquant pour ce dernier, qui a conclu ses deux premiers tests à l'arrière avec des stats hallucinantes : 27 ballons portés, 15 défenseurs battus, 3 franchissements, 2 essais et 1 passe décisive.

La prochaine échéance pour l'équipe de France est en novembre. Si tout va bien d'ici-là, avec le retour de Thomas Ramos, laissé au repos en ce mois de juillet, ils seront trois surdoués pour deux postes, le 10/15 et le 15/10, avec quatre combinaisons possibles.  Deux que l'on connaissait déjà - Ntamack-Ramos et Jalibert-Ramos -, et deux que l'on sait désormais possibles : Ntamack-Jalibert, et même Ramos-Jalibert.  Vivement l'automne.