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« J’avais peur d’être perdue sans téléphone » : dans les colos déconnectées, des adolescents s’initient aux vacances sans téléphone

Privés de téléphone. Des petites structures de colonies de vacances ont développé une gamme de séjours avec une garantie : remiser les smartphones des ados au placard. Une approche qui séduit d’abord les parents.

Comme Frédéric et Laurence, qui ont inscrit leur fille Jessica* à son premier séjour déconnecté l’année de ses 12 ans. Alors qu’elle a l’habitude de colonies « avec plein d’activités », le couple mise sur un lieu « où elle pourrait peut-être un peu s’ennuyer, (…) et où aucun enfant n’a de téléphone », explique Frédéric.

Jamais eu « autant de choses à raconter »

Au camp de L’Abeille verte, dans le Gers, Jessica, obligée de s’éloigner de son écran pendant une semaine, redoutait au départ de ne pas pouvoir « parler avec (ses) parents » et « manquer des messages de (ses) copines ». « Mais ça a été parce que tout le monde était pareil », raconte l’adolescente de 15 ans, ravie, une fois rentrée, de pouvoir « envoyer des messages à (ses) copines » et de retrouver les réseaux sociaux.

Convaincue, elle part depuis régulièrement en colo déconnectée. Et n’a jamais eu « autant de choses à raconter » que cet été, selon son père, persuadé que ces séjours l’aident à retrouver sa « capacité à garder les choses et à les raconter après ». « L’immédiateté (des smartphones), c’est terrible », abonde Laurence, estimant qu’ils favorisent, chez les plus jeunes, l’échange continu de messages « pour ne rien se dire », souvent en « se parlant mal ».

Selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les pratiques des jeunes sur les écrans, comme le « switching » (basculement fréquent d’une application à une autre) et le « passive scrolling » (consistant à faire défiler des vidéos sur TikTok), entraînent « une altération directe » de leur développement physiologique, des risques accrus de troubles anxieux et dépressifs ou encore un état de sommeil sentinelle, où l’on reste inconsciemment en attente de notifications.

«Peut-être pas besoin »

Au Temps des vacances, colonie d’Auvergne qui restreint l’accès au téléphone portable depuis 2016, « la question de son usage s’est posée de plus en plus tôt » ces dernières années, certains ados en ayant un « à partir de 11-12 ans », explique Alexis Collaudin, directeur de séjour.

À leur arrivée, les adolescents le déposent dans un casier commun verrouillé. Mais ils sont libres de l’utiliser tous les trois jours, lors d’un temps calme de vingt minutes. « Certains s’en servent pour appeler leurs parents ou leurs copains de l’extérieur, d’autres pour aller sur les réseaux ou jouer en ligne avec leurs copains du centre », et d’autres encore préfèrent un jeu de société ou un livre à leur écran, constate le directeur.

« L’ambiance dans laquelle ils évoluent leur permet de se dire, 'finalement, je n’en ai peut-être pas besoin'» et de mieux « vivre l’instant présent », ce qui aide leur « confiance en soi et leur créativité », juge-t-il.

Une diète téléphonique aussi pour les parents

« Quand on leur propose autre chose, les ados s’y retrouvent », témoigne Benoît Callens, dont le fils Nils, âgé de 13 ans, est un habitué de ces séjours sans portable. « C’est ce qu’il faudrait dire aux familles, mais c’est un combat », ajoute ce père, favorable à l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans - adoptée en juillet au Parlement en même temps que l’interdiction du portable au lycée.

Un message selon lui valable autant pour les adolescents que pour certains parents, inquiets à l’idée de ne pas recevoir de nouvelles le temps du séjour. « On fait comme nos parents : on suppose que (notre fille) arrive, on suppose qu’elle repart. Et on suppose que ça se passe bien », conclut Laurence.

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*Prénoms modifiés