« J’avais entre 20 et 40% de chances de rejouer au rugby » : enfin de retour avec Toulon, Patrick Tuifua s’est livré
Enfin le bout du tunnel ? Gêné par son genou droit depuis son arrivée au RCT à l’été 2025, Patrick Tuifua est redevenu un joueur de rugby samedi face à La Rochelle. Entré à la 71e minute de jeu, devant « tous ses oncles », « une partie de la chorale » de la cathédrale de Toulon, et avec, au fond de son cœur, « toute [sa] famille en Nouvelle-Calédonie devant [leur] télé », l’épais troisième ligne (1,91 m pour 115 kg) est annoncé comme un grand espoir à son poste. Après son faux départ (deux matchs avant sa blessure), le minot de 22 ans veut enfin montrer son vrai visage. Comme le club au muguet, en somme.
Face à La Rochelle, vous disputiez à 22 ans votre premier match pro avec Toulon à Mayol. Qu’avez-vous ressenti, malgré la défaite ?
C’était particulier. L’année dernière, j’avais déjà été dans le groupe, mais comme 24e. J’avais donc déjà pu traverser la foule à l’arrivée du bus. Mais là, le refaire cette saison, en sachant que j’allais jouer… C’était énorme. Ce n’était pas la même émotion. Je n’arrive pas vraiment à la décrire, mais c’était fou. J’avais un peu la pression, aussi. J’ai repensé aux dix derniers mois compliqués… Et j’ai essayé d’utiliser ça pour me donner confiance.
Justement, rembobinons. Que s’est-il passé en novembre 2025 ?
Mon genou a commencé à vraiment me gêner, jusqu’à lâcher. J’ai dû être opéré, à Lyon. À ce moment-là, le docteur m’a dit que j’avais entre 20 et 40 % de chances de revenir. De pouvoir rejouer au rugby. J’étais un peu… (il réfléchit) déçu. Mais j’ai décidé de tout donner sur ces dix mois pour récupérer et essayer de revenir.
Avez-vous été opéré du même genou que celui qui était touché à votre arrivée au RCT en 2024 ?
Oui… C’est au même endroit. En fait, c’est la blessure que je traînais depuis la Nouvelle-Zélande. J’ai fait ma rééducation, mais j’ai repris trop tôt. J’aurais dû prendre plus de temps. Au final, elle n’était pas assez guérie. Mais, maintenant, ça va beaucoup mieux. L’opération s’est bien passée.
Quand le spécialiste vous a annoncé que, possiblement, vous ne pourriez plus jamais rejouer au rugby, que s’est-il passé dans votre tête ?
J’étais mal. Sur cette période, j’ai passé beaucoup de temps avec mes parents au téléphone. J’ai surtout repensé à tout mon parcours. Et, pour ça, je devais tout donner. Après, si ça doit mal se passer, ça se passera mal… Mais je ne pouvais pas lâcher.
Vos parents ont-ils été vos meilleurs confidents ?
Oui. Et beaucoup au début. Mais au fur et à mesure, j’ai essayé de moins les appeler. (Il marque une pause) Surtout parce que je sentais que ça commençait à trop me manquer de les avoir loin de moi. Heureusement, ils m’ont donné beaucoup de courage pour revenir.
Cet été, vous aviez l’occasion de rentrer les voir, en Nouvelle-Calédonie. Finalement, vous avez fait le choix de rester ici, à Toulon, pour votre rééducation. Cette décision a-t-elle été difficile à prendre ?
Pas si difficile, non. J’étais à sept mois de rééducation. C’était déjà très long. Je voulais me concentrer sur ça. Ici, il y a le Campus, avec toutes les installations possibles. La salle, les machines, le bain froid… Bon, il y a aussi tout ça en Nouvelle-Calédonie, mais avec toute ma famille, j’aurais été moins disponible pour faire mes entraînements. Du coup, j’ai fait le choix de rester ici et travailler pour mettre toutes les chances de mon côté.
ESCOFFIER FLORIAN / Nice Matin
La foi occupe une place importante dans votre vie. Vous a-t-elle été utile durant cette période compliquée ? Essentielle ?
La semaine, j’avais la tête occupée par ma réhabilitation. Mais le week-end, moi, je ne jouais pas. Alors quand les mecs étaient à l’extérieur, je ne faisais rien le samedi. J’en profitais pour aller voir ma famille. On faisait, par exemple, les répétitions de la chorale pour l’église. Je continue d’y aller, même si j’ai moins le temps avec le rugby en ce moment. Mais c’est toujours aussi important pour moi.
Sur ces dix mois de convalescence, avez-vous pu douter ? Notamment sur vos capacités à retrouver votre meilleur niveau ?
Je doute un peu tout le temps. Je me dis souvent que ce que je fais ne va peut-être pas marcher. Mais pour chasser ça, je me raccroche à mon parcours. Je repense aux dix mois de galère. C’était long ! Tous les jours, j’essaye de progresser pour revenir au niveau que j’avais avant, et même plus fort.
Selon nos informations, vous auriez pu être prêté par le RCT cet été. Est-ce vrai ?
Oui. Le club m’a proposé d’aller à Vannes pour gagner du temps de jeu et engranger de l’expérience. Ici, il y a beaucoup, beaucoup de concurrence. J’ai dû faire mon choix… et j’ai décidé de rester à Toulon. Je veux essayer de m’imposer ici. Je ne voyais pas changer d’environnement. Je suis bien.
Quels objectifs vous êtes-vous fixé pour votre deuxième saison ?
Je veux mettre plus d’engagement dans les entraînements. L’an dernier, je trouve que j’étais un peu en retard. Là, j’essaye de mieux faire, de prendre des initiatives. Parfois, on va dire qu’il faut que je me réveille un peu plus. Mais j’ai aussi appris à connaître le groupe… et c’est plus facile.