"J'avais encore un contrat d'U23", "Le seul jeune à ne pas avoir eu sa chance avec Kompany": les vérités du départ de Théo Leoni d'Anderlecht
Il aurait aimé jouer à vie pour Anderlecht, mais au lieu d'aller au Cercle avec le Sporting ce samedi, Theo Leoni (26 ans) rendra visite à Nantes avec Reims, son club de Ligue 2 depuis plus d'une saison. Nous avons profité de son passage en Belgique – vendredi passé, il est revenu pour la première fois au Lotto Park – pour réaliser son interview vérité. Lieu du rendez-vous : sa ville de Charleroi.
Le hasard fait que le Cercle était la victime préférée de Leoni : il a marqué trois fois contre le "petit" Bruges. "Dont cette reprise de volée du pied droit, tu t'en souviens ?", s'amuse le sympathique Carolo, devenu l'heureux papa du petit Roméo il y a quatre mois. Roméo était d'ailleurs au Parc Astrid vendredi passé.
"Anderlecht est plus fort que quand je suis parti"
Le Lotto Park était vide pour le retour de Leoni. "Tout résonnait, ça faisait bizarre. J'ai eu un pincement au cœur en arrivant au stade, puis ça a été mieux. J'aurais été plus ému si le stade avait été plein. En un an, tout a changé ! Je ne connaissais plus que Colin (Coosemans), Marco (Kana) et Mario (Stroeykens) !"
Anderlecht a gagné 3-0. "Ils ont 30 à 35 joueurs de haut niveau, notre noyau est plus réduit. On jouait sans six ou sept internationaux et ça se sent. Le meilleur Anderlechtois ? Cet Antman m'a laissé une bonne impression… Je crois qu'Anderlecht est plus fort que le Sporting que j'ai quitté en 2025. Il y a non seulement tous les nouveaux joueurs, mais il y a aussi un plan de jeu. Le coach est peut-être un peu spécial, mais j'entends aussi qu'il est bon."
"Des promesses n'ont pas été tenues"
Leoni s'est évidemment demandé s'il aurait encore sa place dans cette équipe. "Mais ensuite, je me dis : si ça se trouve, j'aurais été dans la situation de Stroeykens. Rits a dû partir, Yari n'a pas prolongé, ils n'ont pas fait d'effort pour Toto (Hazard). J'avais l'impression qu'Anderlecht voulait tourner la page et marquer la fin d'un cycle."
L'occasion d'évoquer sa situation contractuelle : "Oui, Olivier Renard m'a fait une proposition de contrat. Si c'était une proposition ridicule ? C'était de l'argent, mais mes anciens agents m'ont déconseillé de signer. Ils m'ont dit qu'ils avaient des joueurs dans la deuxième partie du classement qui gagnaient plus que ça. J'avais joué 80 matchs en équipe A, j'avais presque gagné le titre, j'avais joué l'Europa League…"
Et le milieu d'ajouter : "Des promesses m'avaient été faites à l'époque de Fredberg, et elles n'ont pas été tenues. Et pourtant, je n'en veux pas à Renard. J'étais le premier joueur qu'il voulait prolonger, mais il devait tenir compte des limites que le directeur financier et d'autres personnes lui avaient fixées."
"Je ne voulais pas le salaire de Dolberg, mais quand même"
Leoni souligne qu'il n'a pas pensé qu'à l'argent en quittant Anderlecht. "Bien sûr qu'il y a aussi l'amour du blason qui compte. Et bien sûr que je suis aussi parti parce que je ne recevais plus ma chance. Mais il faut aussi savoir que j'ai toujours joué avec mon contrat d'U23. Au début, j'avais des bonus quand je jouais avec les A. Après un certain temps, ces avantages disparaissent. Donc je gagnais moins lors de ma deuxième saison que lors de la première. Et je gagnais beaucoup moins que les joueurs qui débarquaient. Si c'était un tiers ou un quart de leur salaire ? Encore moins !"
Une situation étrange donc : "Je comprends qu'un Dolberg touche beaucoup plus que moi, mais d'autres joueurs du même niveau ? Non, désolé… Je crois qu'ils se sont dit : 'Théo n'ose rien dire ; il joue, il est content, c'est un enfant du club, il est patient.' Mais je devais penser à mon avenir. La vie est chère. Je viens de faire mon plein d'essence, à 2,50 euros le litre… Et je ne voulais pas prendre le risque de me retrouver sans club."
"Anderlecht bloquait quand l'Union me voulait"
Parmi les clubs qui ont fait une proposition à Leoni, il y avait l'Union Saint-Gilloise. Leoni raconte : "Cela a été très concret. Le dernier jour du mercato, l'Union a téléphoné à Anderlecht, qui a pris contact avec moi."
"Si Anderlecht aurait été d'accord que j'aille là-bas ? Non. Ils m'ont fait comprendre que ça ne plairait pas aux supporters. Ils m'ont dit : 'Tu as quand même dit que tu étais un Mauve ? Tu ne vas quand même pas faire ça ?' À l'inverse, quand Reims est arrivé, Anderlecht m'a carrément dit : "Théo, il est 19 heures, ne traîne pas. À 20 heures, le mercato ferme.'"
Et si cela dépendait de Leoni, serait-il allé à l'Union ? "D'un côté, il y avait le prestige de ce club et la Champions League. D'un autre côté, vous le savez bien : je suis un Mauve dans le sang. Et mon histoire avec Anderlecht était trop belle. Je suis donc allé à Reims. Je suis parti en paix avec moi-même. Je peux me regarder dans le miroir."
"Je me vois revenir à Charleroi"
Parmi les autres clubs intéressés, il y avait la Sampdoria ("via Fredberg") et… le Sporting Charleroi. "Charleroi était très concret. C'est l'un des seuls clubs belges où je me vois revenir. Je suis un vrai Carolo, c'est d'ailleurs pourquoi j'aimais qu'on fasse cette interview ici. J'ai commencé le football ici, de mes 6 ans jusqu'à mes 12 ans. Je connais très bien Mehdi (Bayat) aussi. Quand j'avais 10 ans, j'allais voir jouer le Sporting au Mambourg. Mais finalement, j'ai dit oui au projet de Reims. Je sais que la Ligue 2 n'est pas très suivie en Belgique, mais le foot français, c'est quand même autre chose. Un simple exemple : on a un avion privé à notre disposition pour les déplacements qui prennent plus de trois heures en car."
Dernièrement, Leoni a assisté à un événement du BX Brussels où Vincent Kompany a lancé, à la fin de son discours : "Pas de questions ? Même pas de Théo Leoni pour me demander pourquoi je ne l'ai jamais fait jouer ?" Leoni réagit aujourd'hui : "Elle était trop forte, sa remarque. Sortir ça devant une salle comble… Je ne m'y attendais pas. Ah, Vincent, là il m'a bien tué là (rires)…"
Mais est-ce que Leoni connaît la réponse ? "On en a déjà discuté plusieurs fois ensemble. À ce moment-là, il estimait que je n'étais pas prêt pour entrer dans ses plans. Je ne sais pas s'il s'est trompé. Mais il doit juste se dire : j'ai donné une chance à tous les jeunes – que ce soit Anouar (Aït El Hadj), Marco (Kana), et tant d'autres – mais pas à Théo."
Est-ce que Leoni en veut à son ex-coach ? "Non, parce que je vois que les plus grands entraîneurs au monde se trompent sur certains joueurs. Mourinho, par exemple, n'a pas cru en De Bruyne, Lukaku et Salah. Et il faut dire que Vincent avait de bons milieux de terrain. D'abord Zulj, puis Olsson et Cullen."
"Mes parents m'ont dit de montrer une vidéo à Hasi"
Besnik Hasi, par contre, lui a laissé un moins bon souvenir que Kompany. "Il faut savoir qu'avant son arrivée, Hasi m'avait qualifié de 'l'un des meilleurs milieux du championnat'. Même si je trouvais le licenciement de David Hubert injuste – je me souviens de cette réunion à 9 heures du matin, on n'avait même pas pu prendre notre petit-déjeuner au club –, je me disais que Besnik aimerait les 'joueurs de ballon'. Or, après deux titularisations et quelques montées au jeu, je n'ai plus jamais eu ma chance. On n'a pas bien compris. Mes parents m'ont dit : 'Va montrer à Besnik la vidéo où il a fait cette déclaration.' L'injustice dans le foot me rend fou. Il ne m'a jamais donné d'explication. Même quand j'ai été le trouver pour lui dire qu'on ne peut quand même pas juger un joueur sur un match ou deux… Mais Besnik est quelqu'un qui, lorsqu'il a pris sa décision, ne revient plus dessus."
"Revenir à Anderlecht un jour est dans un coin de ma tête"
L'amour de Leoni pour Anderlecht ne disparaîtra jamais. Un retour est-il possible ? "Oui, c'est dans un coin de ma tête. À court ou à long terme : aucune idée…"
Leoni est d'ailleurs resté en contact avec ses anciens coéquipiers. "Thorgan (Hazard), Jan (Vertonghen), et même Kasper (Dolberg). Je lui ai envoyé un message après sa grave blessure au genou, et il m'a répondu."
C'est Nathan De Cat qui a pris sa place dans l'entrejeu. "J'ai un regret : c'est de ne jamais avoir pu jouer aux côtés de Nathan. En U23, j'avais pourtant l'habitude d'évoluer avec des joueurs plus jeunes autour de moi. C'est d'ailleurs ce que je fais à Reims."
"J'ai retrouvé le plaisir du foot à Reims"
Focus sur Anderlecht oblige, on a à peine évoqué le sujet Reims, où Leoni est capitaine et avec lequel il occupe la 3e place. La saison passée, il a été élu meilleur joueur de la saison. "J'y ai retrouvé le plaisir du football, surtout grâce aux entraîneurs Karel Geraerts, Tim Smolders et Samba Diawara. On a raté de peu la montée : on était à deux points des playoffs et à quatre points de la promotion directe. On avait une bonne équipe mais, à la suite de la relégation la saison précédente, certains n'avaient plus vraiment le feu sacré. Maintenant, on a une toute nouvelle équipe, avec de bons jeunes qui ont très faim. Mais parfois, ils manquent de régularité. Saint-Étienne est premier. Ils jouent encore devant 40 000 spectateurs, nous devant 10 000 ou 12 000, et 15 000 pour les grands matchs. La ville de Reims est très jolie mais plus calme que Bruxelles. Bruxelles est une ville de foot, Reims plus une ville de champagne."
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