"J’ai tourné la tête et je l’ai vue pondre ses œufs à trente mètres de moi" : Une tortue caouanne aurait pondu sur la plage de Canet-en-Roussillon
Dans la nuit du mardi 21 au mercredi 22 juillet, plusieurs témoins ont aperçu une tortue caouanne pondre des œufs sur la plage de Canet-en-Roussillon. Depuis, le secteur a été sécurisé par le Parc marin du Golfe du Lion et les services techniques de la commune. L’incubation devrait durer entre 55 et 75 jours.
Sous les regards curieux des passants, Thierry Auga-Bascou, technicien de l’environnement à l’Office français de la biodiversité (OFB) depuis 23 ans, barricade avec les agents des services techniques de la commune une "zone de sable". "Que s’est-il passé ?", se demande un couple de retraités en observant le camion, les pelles et les filets étendus sur la plage de Canet-en-Roussillon. "Une tortue caouanne a pondu", leur répond un touriste américain, posté en observation depuis apparemment plus longtemps.
Aux alentours de minuit ce mardi 22 juillet, de jeunes vacanciers profitaient d’une soirée sur la plage lorsqu’ils ont aperçu la tortue, large de près d’un mètre. "J’ai tourné la tête puis je l’ai vu pondre des œufs à trente mètres de moi", raconte Baptiste, qui a averti le Parc marin dans la foulée.
Un phénomène rare
De l’Océan Atlantique à la mer Méditerranée, la caouanne demeure la tortue marine la plus présente. Dans les Pyrénées-Orientales, la présence de sa nurserie reste récente. "La première ponte a eu lieu en 2024 dans le département. Depuis, il y en a eu cinq", détaille Thierry Auga-Bascou.
Ne pas ingérer du plastique, échapper aux pollutions chimiques, aux noyades dans les filets de pêche et dans les chaluts, aux collisions avec les navires… Tant de facteurs qui "forcent le respect" aux tortues qui parviennent à fouler les plages pour pondre.
Mais pourquoi ici ? Les raisons d’une nouvelle localisation de ponte demeurent méconnues. Le responsable des tortues marines du Golfe du Lion précise : "Les nidifications nous permettent de récolter un tas de données scientifiques. Mais il nous faut aussi du recul pour mener aux conclusions."
Protéger les tortues des dangers humains
Un doigt dans le sable, Thierry Auga-Bascou illustre ses propos aux trois agents des services techniques avec qui il travaille afin de construire un espace sécurisé pour les tortillons. "Il ne faut pas que les panneaux leur fassent de l’ombre. Installons les poteaux plus vers la gauche", leur indique-t-il en pointant une zone bien précise. Tout est orchestré au centimètre près par le passionné des tortues marines. "Le Parc marin est tenu de protéger la biodiversité marine au mieux possible", justifie-t-il en sensibilisant les passants à ne pas utiliser de flashs ou autres lumières pouvant perturber la future éclosion.
Après une matinée de mise en place sous les rayons du soleil, l’équipe repart essoufflée. À l’issue de la manœuvre, une véritable file d’attente de passants s’est formée autour du nid protégé. Derrière les panneaux de sensibilisation, touristes et locaux s’amusent à lire l’histoire du cycle des tortues caouannes. "J’ai tellement hâte de voir tous ces petits éclore", glisse une baigneuse intriguée par le phénomène.
"Pourquoi on en voit si rarement en mer ?", "Comment avez-vous su qu’il y a eu une ponte ?", "Dans combien de temps pourrons-nous voir les petits ?"… Les questions fusent vers Thierry Auga-Bascou, qui porte sa casquette du Parc marin. Mais pour lui, il faut toujours prendre le temps d’y répondre "avec patience et bienveillance" car la connaissance permet de sensibiliser à l’importance de la préservation marine.