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J'ai testé pour vous... le Faena New York, élu meilleur nouvel hôte...

La chronique de Laurent Delporte

Élu meilleur nouvel hôtel du monde par Virtuoso, le Faena New York s’impose comme bien plus qu’une adresse de luxe, en mêlant art, gastronomie, architecture et expérience. Laurent Delporte a séjourné dans cet établissement ouvert en 2025 et décrypte les ingrédients qui lui permettent de se transformer en véritable destination au cœur de Chelsea.


Rédigé par Laurent DELPORTE le Vendredi 9 Octobre 2026 à 07:32


Laurent Delporte a séjourné au Faena New York, élu meilleur nouvel hôtel du monde par Virtuoso. Décryptage d'un lieu qui n'est plus un hôtel, mais une destination - Photo : LD

Laurent Delporte a séjourné au Faena New York, élu meilleur nouvel hôtel du monde par Virtuoso. Décryptage d'un lieu qui n'est plus un hôtel, mais une destination - Photo : LD

Aer Lingus

À la mi-août 2026, lors d'un gala à Las Vegas, le réseau Virtuoso a désigné le Faena New York meilleur nouvel hôtel du monde.

Le titre est décerné chaque année pendant la Virtuoso Travel Week, le rendez-vous des conseillers en voyage de luxe les plus influents de la planète.

Cette année, le Faena l'a emporté face à l'Airelles Palladio de Venise, au Park Hyatt Tokyo, au Waldorf Astoria New York et à l'Hotel del Coronado. Autrement dit, face à des maisons dont certaines écrivent l'histoire de l'hôtellerie depuis plus d'un siècle.

Le Faena New York, lui, a ouvert en septembre 2025. Moins d'un an d'exploitation.

J'ai eu la chance de séjourner dans cet hôtel avant cette distinction, et de le découvrir de l'intérieur : le dîner, la cuisine avec les équipes, le bar jusque tard, le petit-déjeuner en salle puis en chambre, les circulations, les œuvres, les conversations avec les collaborateurs et avec les habitants du quartier.

Ce que j'y ai vu explique, à mes yeux, pourquoi ce prix ne récompense pas un bel hôtel de plus. Il récompense un changement de nature.

Le Faena New York n'est plus tout à fait un hôtel. C'est un lieu d'expérience, un lieu de vie, une destination qui produit sa propre raison d'exister.

Un emplacement qui n'est pas un décor, mais une intention

Le Faena New York s'élève sur dix étages, et propose environ 120 chambres et suites - Photo : LD

Le Faena New York s'élève sur dix étages, et propose environ 120 chambres et suites - Photo : LD

Le Faena New York s'élève au 500 West 18th Street, à la jonction de la High Line et du quartier des galeries de Chelsea, dans les tours torsadées dessinées par Bjarke Ingels Group.

Dix étages, environ 120 chambres et suites.

Le choix du lieu n'a rien d'anodin. West Chelsea est l'un des quartiers artistiques les plus actifs de New York. En s'y installant, Alan Faena ne cherche pas une adresse prestigieuse, il cherche un terrain de jeu culturel.

C'est une première leçon : dans une ville où l'excellence est devenue un standard, l'emplacement ne suffit plus à créer de la valeur. Ce qui différencie un projet, c'est la manière dont il interprète son environnement.

Le Faena ne copie pas New York, il le réinterprète, avec une grammaire venue de Buenos Aires. Cette tension entre chaleur sud-américaine et précision new-yorkaise traverse tout le projet.

L'entrée : une traversée avant d'être un accueil

L'œuvre monumentale Ascension, de l'artiste argentin Diego Gravinese - Photo : LD

L'œuvre monumentale Ascension, de l'artiste argentin Diego Gravinese - Photo : LD

Le passage depuis la rue vers l'intérieur reste, à titre personnel, l'un des moments les plus marquants du séjour. Après quelques minutes passées dans l'intensité de Chelsea, le franchissement du seuil agit comme un ralentissement brutal du temps. Le corps lui-même semble réagir.

L'espace, que la maison nomme « la Cathédrale », impose naturellement un geste : lever les yeux. Face à moi se déployait l'œuvre monumentale Ascension, de l'artiste argentin Diego Gravinese. Une acrylique sur toile de 8,5 mètres sur 32 mètres, réalisée en 2025, qui a demandé près de deux années de travail.

L'échelle impressionne, mais ce n'est pas elle qui compte. Ce qui compte, c'est ce que l'œuvre fait au visiteur. Peinte avec une précision presque photographique, elle se lit à des distances différentes : de loin une composition, de près une multitude de corps en mouvement.

Le regard monte, circule, redescend. Le rythme ralentit. Une forme de silence s'installe, qui ne relève pas de l'acoustique mais d'un apaisement intérieur.

Cette œuvre ne se regarde pas frontalement, elle se traverse. Le visiteur arrive avec un état, souvent chargé, et l'environnement lui propose une transition. Avant même la réception, quelque chose s'est déjà déplacé.

Autre choix structurant : il n'y a pas de comptoir frontal. Le client est guidé vers un salon avant toute formalité. Cette nuance, discrète, transforme la relation au lieu. Le client se sent invité, pas attendu.

Ce que j'en retiens pour un projet hôtelier : l'entrée n'est pas un espace de traitement, c'est un espace de bascule. La plupart des hôtels investissent le lobby comme une vitrine. Le Faena l'investit comme un dispositif.

La conception : quand l'architecture devient un langage

Le rouge, omniprésent, dialogue avec des blancs très lumineux - Photo : LD

Le rouge, omniprésent, dialogue avec des blancs très lumineux - Photo : LD

L'architecture est signée Bjarke Ingels Group. Les intérieurs ont été conçus par les équipes design de Faena avec le designer Peter Mikic, avec une volonté assumée de créer une esthétique théâtrale inspirée du glamour new-yorkais.

Les volumes impressionnent, mais ne dominent pas. Ils guident, structurent le parcours, invitent à ralentir. Des circulations aux salons privés, des espaces de réunion aux chambres, rien n'apparaît neutre.

Cette cohérence se joue surtout dans les matières, et c'est un point que j'observe systématiquement dans mes audits, parce qu'il ne se rattrape jamais après coup. Le rouge, omniprésent, dialogue avec des blancs très lumineux, jusque dans les uniformes des équipes, qui prolongent la mise en scène architecturale.

Une signature olfactive accompagne discrètement les déplacements. Le bois massif travaillé par Frank Pallaro apporte une profondeur tactile, tandis que les velours créent un contraste immédiat avec la rigueur architecturale. Malgré la vue constante sur New York, une impression persiste : celle d'évoluer dans un univers autonome, où chaque détail contribue à stabiliser l'expérience.

Les 120 chambres et suites, réparties sur dix étages, disposent de baies vitrées du sol au plafond ouvrant sur l'Hudson et la skyline.

Ce qui m'a le plus intéressé n'est pas le confort, qui est au niveau attendu, mais la continuité narrative : les motifs et les figures découverts dans la Cathédrale se prolongent dans les chambres sous forme de tableaux. Le client ne quitte pas un univers pour en rejoindre un autre.

Cela suppose que l'art ne soit pas traité comme un poste de décoration attribué en fin de chantier, mais comme un fil conducteur défini dès l'origine du projet. C'est rare, et c'est précisément ce qui donne au lieu son épaisseur.

Je l'ai vérifié un matin, en prenant mon petit-déjeuner en chambre : une table complète, dressée avec élégance, installée dans la partie salon face à la vue. La chambre devenait un salon. Le rythme, et même le silence, appartenaient entièrement au client.

La table : La Boca, ou la restauration comme moteur du lieu

La Boca est une table de cuisine argentine contemporaine signée Francis Mallmann - Photo : LD

La Boca est une table de cuisine argentine contemporaine signée Francis Mallmann - Photo : LD

Le restaurant La Boca occupe une place centrale dans le dispositif, et ce n'est pas un hasard. C'est par la table qu'un hôtel s'ouvre à sa ville.

La Boca est une table de cuisine argentine contemporaine signée Francis Mallmann, construite autour de sa technique emblématique des Seven Heats, les sept feux, qui guide toute la carte. Le restaurant est présenté sur place comme une lettre d'amour de Mallmann à Buenos Aires, au tango, à l'asado, à cette culture où la table ne se résume jamais à l'acte de manger.

L'inspiration argentine pourrait facilement devenir un thème plaqué. Ici, elle prend la forme d'une grammaire : une parrillada de New York strip, branzino, côtelettes d'agneau et gambas saisies à la plancha, une empanada de bœuf de Mendoza à la sauce llajua.

Lors de mon dîner, la viande rouge a été l'un des moments les plus convaincants : une cuisson saignante, une texture nette, cette sensation d'un produit respecté plutôt que transformé.

J'ai également passé du temps en cuisine, auprès des équipes. En salle, le client perçoit l'énergie, la musique, l'art, la chaleur humaine. En cuisine, la réalité devient plus silencieuse, plus concentrée, plus technique. C'est souvent dans cette articulation entre le visible et l'invisible que se joue la qualité réelle d'une grande table d'hôtel.

Mais l'élément le plus significatif reste la salle elle-même. Le soir de ma venue, elle était pleine, et la présence de nombreux New-Yorkais donnait immédiatement une autre crédibilité au restaurant.

Un restaurant d'hôtel fréquenté par des habitants de la ville change de statut : il cesse d'être un lieu destiné aux voyageurs et devient une adresse de quartier. Un groupe de musiciens accompagné d'une chanteuse à la voix parfaitement maîtrisée a fait le reste. La musique live ne se contente pas d'accompagner le repas, elle installe une atmosphère.

Le lendemain matin, la même salle racontait une autre histoire. Rideaux ouverts, New York entre, les volumes se clarifient, les œuvres prennent une autre présence. La carte suit cette logique, avec des Eggs Benedict d'une exécution précise et des Gramajo Eggs au jambon de Paris pour la signature argentine.

Je le dis souvent aux équipes que j'accompagne : le petit-déjeuner reste l'un des indicateurs les plus fiables de la solidité opérationnelle d'un hôtel. Le soir, l'énergie masque beaucoup de choses. Le matin, plus rien ne masque rien.

Le bar : la scène où l'hospitalité se joue en direct

Dans un hôtel comme celui-ci, le bar révèle immédiatement la vérité du lieu. Le restaurant peut séduire par la cuisine, la chambre peut convaincre par le confort, mais le bar expose la manière dont un établissement vit réellement.

The Living Room assume une identité forte, portée par les fresques monumentales de Juan Gatti, directeur artistique argentin et collaborateur historique d'Alan Faena. Elles associent les monuments iconiques de New York, l'élégance Art déco et les symboles de la maison, dont la panthère.

Le procédé d'églomisé, qui consiste à appliquer à la main des feuilles d'or, d'argent et de laiton au revers du verre, leur donne une brillance particulière. Une galerie de près de 50 mètres relie ce salon à El Secreto, plus confidentiel, et à La Cava, la cave à vin et salle à manger privative.

Un point mérite l'attention de tous les professionnels : les règles d'usage. Le dress code « Elegant Chic » est strictement appliqué, et après 17 heures les ordinateurs portables ne sont pas autorisés. Cette information peut sembler secondaire. Elle dit pourtant beaucoup.

Un bar ne devient pas vivant par hasard : il le devient grâce à une intention, un cadre, un rythme.

Le service, lui, m'a surpris par un détail rare à ce niveau. Les mises en bouche ne sont pas arrivées d'un seul bloc, comme une formalité posée au début du verre. Elles se sont succédé progressivement, certaines particulièrement raffinées, avec du caviar.

Ce service par touches successives transforme la consommation en récit : le client a le sentiment que le moment est accompagné, et non simplement servi.

Un lieu de vie, ouvert sur son quartier

L'adresse est fréquentée pour elle-même - Photo : LD

L'adresse est fréquentée pour elle-même - Photo : LD

Au-delà de la table et du bar, le Faena organise une véritable économie de lieu : le spa Tierra Santa Healing House, inspiré de rituels sud-américains, le Faena Theater dédié à des performances immersives, une programmation artistique quotidienne, des terrasses qui offrent une respiration rare sous la High Line.

L'ambition est claire : créer un lieu où il devient possible de vivre plusieurs jours sans en sortir.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Lors de mon passage au bar, plusieurs échanges avec des habitants ont confirmé que l'adresse était fréquentée pour elle-même. L'un d'eux venait régulièrement, non pour y séjourner, mais pour retrouver cette ambiance.

Le lieu ne dépend plus uniquement de ses clients hébergés : il génère ses propres raisons d'être fréquenté. C'est exactement la définition d'une destination.

Reste la variable qui ne se copie pas : le service. Sur place, une expression revient pour qualifier l'art de recevoir new-yorkais, « friendly but not familiar », amical sans être familier. Elle résume une ligne difficile à tenir, qui ne peut pas reposer sur un script et suppose une vraie culture du recrutement et de la formation.

Au bout de deux jours, une impression rare a émergé : celle de croiser non plus des collaborateurs, mais presque des visages familiers. Le client ne se sent pas seulement accueilli, il se sent progressivement intégré.

Ce qu'il faut retenir

Depuis plus de quinze ans, mon travail consiste à analyser des lieux qui reçoivent et à comprendre ce qui, au-delà de l'esthétique et du service, crée une expérience réelle.

Le Faena New York m'a paru exemplaire sur cinq points, qui valent bien au-delà de l'hôtellerie de luxe, pour tout lieu qui accueille du public.

1. L'entrée décide de tout. Le premier seuil franchi conditionne la disponibilité du visiteur pour tout ce qui suit. Un espace d'accueil traité comme un espace de bascule, et non comme un espace de traitement, change la nature du séjour.

2. La cohérence prime sur l'accumulation. Architecture, art, matières, parfum, couleur, uniformes, règles d'usage : tout raconte la même histoire. Un lieu ne devient mémorable que lorsque ses composants cessent d'être indépendants.

3. Une destination se juge à sa clientèle locale. Un restaurant et un bar fréquentés par les habitants du quartier valident un projet mieux que n'importe quel classement.

4. Les règles d'usage protègent l'ambiance. Interdire les ordinateurs après 17 heures n'est pas une coquetterie, c'est une décision d'exploitation. Trop d'établissements subissent leur atmosphère au lieu de la construire.

5. Le service reste la variable qui ne se copie pas. Le décor s'achète, la relation se cultive.

Ce triptyque - le sens du lieu, la vie du lieu, la relation au lieu - illustre ce que peut être une hospitalité contemporaine réussie. C'est ce que j'appelle l'hospitalité généreuse : accueillir ne consiste pas uniquement à proposer un service ou un confort, mais à créer les conditions permettant à une personne de se sentir mieux.

Le Faena New York ne cherche pas seulement à impressionner. Sa cohérence lui permet de dépasser le statut d'hôtel pour devenir un point d'ancrage dans la ville. C'est sans doute ce que les conseillers en voyages du monde entier ont reconnu à Las Vegas.

Mon conseil, pour celles et ceux qui veulent le découvrir : ne vous contentez pas d'un dîner. Restez. Revenez le matin. Installez-vous au bar. Le Faena ne se visite pas, il se traverse.

Quelques repères clés

• Ouverture en septembre 2025, au 500 West 18th Street, le long de la High Line, à West Chelsea

• Architecture Bjarke Ingels Group, intérieurs par les équipes design de Faena avec Peter Mikic

• Environ 120 chambres et suites sur dix étages

• Ascension, fresque de Diego Gravinese, acrylique sur toile de 8,5 m sur 32 m, près de deux ans de travail

• Restaurant La Boca, cuisine argentine contemporaine de Francis Mallmann, autour des Seven Heats

• The Living Room, fresques à l'églomisé de Juan Gatti, galerie de près de 50 mètres, terrasse sur la High Line

• Espaces privés : El Secreto et La Cava

• Spa Tierra Santa Healing House et Faena Theater

• Élu « Best New Hotel » aux Virtuoso Global Awards 2026, à Las Vegas, devant Airelles Palladio Venise, Park Hyatt Tokyo, Waldorf Astoria New York et Hotel del Coronado

Laurent Delporte

Laurent Delporte - Delporte Hospitality

Laurent Delporte - Delporte Hospitality

Laurent Delporte est le président et fondateur de DELPORTE Hospitality.

Après 25 ans d'expérience dans l'hôtellerie de luxe, notamment au sein du groupe Accor, il combine esprit visionnaire, culture internationale de l'hospitalité, compétences managériales et opérationnelles et réseau d'experts indépendants pour accompagner les décideurs en matière d'hospitalité au service de leurs clients, collaborateurs et partenaires.

À la fois consultant reconnu dans l'industrie hôtelière, executive coach auprès de dirigeants, conférencier dans le monde de l'hospitalité, il dirige également le magazine DH-Mag dédié aux tendances en hôtellerie et intervient auprès de grandes écoles et salons (HEC, Sup de Luxe, EquipHotel, Maison & Objets…).

Par ailleurs, Laurent Delporte a intégré la 8e place du classement international des influenceurs de l’hôtellerie en 2024 par le magazine américain Global Hospitality et l’organisation International hospitality Institut (IHI) basés aux Etats-Unis. Il a été sélectionné aussi dans la liste des 25 conférenciers du secteur luxe dans le monde.



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